Le gallon maudit

Par Dave Kidd 9:11 AM - 03 février 2022
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Le gallon maudit, en plus d’avoir un goût détestable, m’a coûté 25 piastres.

Je déteste parler de moi dans ma chronique. J’entends parler encore de celle de Noël. Merci de me lire. On écrit pour être lu. Mais ce que je déteste encore plus, c’est aller à l’hôpital…

Dans ma tête, je suis le plus mauvais client du système de santé. L’hôpital, je n’y vais pas.


Je lutte depuis très longtemps, à ma manière, contre l’engorgement des urgences. Je laisse ma place aux autres.
Je me dis qu’il y aura toujours une personne qui en a plus besoin que moi. Les rares fois où j’y suis allé, je me suis dit que plusieurs auraient intérêt à penser comme moi. Ça, c’est un jugement que je ne devrais pas faire, mais qui fait du bien!


Or, là, je ne peux plus éviter ce rendez-vous. À l’été, j’avais volontairement ignoré l’appel pour cet examen parce que tout allait bien dans ce temps-là.


Évidemment, ça n’a pas duré. La vie et ma santé étant ce qu’elles sont, j’ai dû retourner voir le doc qui m’a traité et qui m’a fixé ledit rendez-vous.


Vous pouvez dire: «hey, fallu y aller quand c’était le temps». Oui, mais je pensais être guéri.


Mais là, je dois y aller. Ce sera fait quand vous lirez cette chronique. Je l’ai rédigée avant, des fois que ça virerait mal.
Oui, j’ai mis un bout tragique dans mon texte. Je ne doute pas du personnel de l’établissement de santé qui aura réalisé l’examen en question. Ce sont des professionnels.

Juste pour vous aider à comprendre comment je n’aime pas me prévaloir des services de santé. Je ne suis plus avec la mère de mes enfants depuis 17 ans. Je n’ai jamais pensé à la vasectomie même si je ne voulais plus d’enfant. Je ne me disais surtout pas: «des fois que tu rencontrerais une femme qui en voudrait… bla-bla-bla.» Non.


Je n’en voulais plus. J’ai fait ce qu’il fallait pour suivre mon plan de match sans qu’on aille jouer en bas de ma ceinture!
Je reviens à ce qui m’attend. L’agente administrative du bloc opératoire m’appelle. Ça se passe bien jusqu’à ce qu’elle prononce: diète liquide avant l’intervention. C’est là que même si je t’ai trouvée très sympathique Sabrina, tu as généré trop de spins dans ma tête.


Ton approche est parfaite. C’était complet. Si vous êtes son patron, félicitez-la, elle est super. Ce n’est quand même pas elle qui détermine qui subit une coloscopie longue.


C’est ça, l’examen. Je ne me plains pas, je ne fais pas pitié non plus. Je ne suis pas des traitements de chimiothérapie comme un de mes amis. Je ne lutte pas contre la mort comme plein de gens que je connais. Ce n’est rien à côté de tant de personnes dont je salue le courage et la détermination.


Et non, je ne tomberai pas dans la prévention. Ma collègue Émélie Bernier me disait: tu pourrais l’aborder.» Pantoute. Je ne suis pas un exemple à suivre sur le plan des conseils santé. Vous avez probablement tous un médecin qui excelle en ce domaine.


Je suis juste un peu pas mal nerveux. La dernière fois que j’ai consulté, on m’a déclaré diabétique de type 1. Donc, j’anticipe un peu. Je ne suis pas hypocondriaque. Je ne suis pas paranoïaque non plus. C’est simplement que je déteste devoir me rendre à l’hôpital.


Tant qu’à être entre nous, on va se le dire: ce n’est pas la partie de l’anatomie avec laquelle on rigole le plus quand il est question d’examen!


Je reviens donc à Sabrina qui me dit que ma pharmacie va me préparer ce qu’il faut en vue de l’examen.
Bang! Un quatre litres de préparation pour lavage gastro-intestinal et laxatif.


Je pensais que la pharmacienne voulait me faire une blague. Mais non. C’est ça que je dois ingurgiter dans un délai précis. Il y a une couple de pilules qui viennent avec ça et ce sera une diète liquide de 24 heures.
Le gallon maudit frappe mon imaginaire.


Ce récipient ressemble à un gallon de vinaigre ou de lave-vitre cheap et me fait presque angoisser.
J’ai dû écouter trop de films ou de séries comme Dexter ou Walking Dead. Il y a aussi le document de neuf pages qui décrit la marche à suivre pour la coloscopie qui vient avec la «potion ensorcelée».


C’est là que j’ai appris que je dois vider le gallon en deux shots de deux litres. Merci pour la précision. Je pensais tellement me faire un cocktail sans alcool avec. J’ignore si la «saveur de fruits» changera bien des choses aux quatre litres du liquide suspicieux que je dois préparer moi-même…


C’est comme du Kool-Aid, on ajoute de l’eau jusqu’à la petite ligne. Ensuite, on brasse le sapristi de gallon. Je dois écrire sapristi: mon quota de jurons est dépassé.

Avec le télétravail, j’ai eu le temps de le regarder, le «Saint-Cibole» de gallon. Je l’ai haï.
C’était une corrida. Lui le taureau, moi le matador.


Pour être certain d’être super mal à l’aise, je discute avec une infirmière d’un bloc opératoire dudit examen. Toutes mes questions trouvent réponse. La circonférence, la longueur de l’appareil utilisé, etc… Tout ce que je n’avais pas besoin de savoir, je lui ai demandé. Ne faites pas ça à la maison. Grave erreur. Dans ma job, j’ai besoin de tout savoir. Mais là, ma curiosité est allée un peu trop loin. Tant que c’est juste ma curiosité…


Tout ça pour vous dire que je suis convaincu qu’on est tous un peu craintifs lorsqu’on doit subir un examen médical un peu plus poussé.


Je vous raconte ça pis je sais que mes amis vont m’envoyer des blagues douteuses. Je l’ai déjà fait. C’est comme une revanche pour eux. Je donne des coups alors j’en reçois.


Je vous parle de ça surtout dans le but de saluer tous ceux et celles qui œuvrent en santé.
Travailler dans ce domaine, surtout dans un contexte de pandémie, c’est pas mal plus compliqué que de faire analyser un bout d’intestin.


Parce qu’en plus des cas de COVID et de tous les autres cas graves que vous devez traiter, vous devez aussi gérer les gars qui arrivent anxieux après avoir bu quatre litres d’un repoussant mélange dont je préfère ignorer la composition.

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