Chronique: Tricher un peu, beaucoup, confinement

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Par Émélie Bernier
Chronique: Tricher un peu, beaucoup, confinement
Jouez dehors, mais n'oubliez pas de rentrer à la maison avant 20h!

Et rebelote. Un troisième confinement. Ou un second qui s’étire et se raffermit? Avec couvre-feu généralisé de surcroît. Le Québec n’a jamais connu telle mesure, pas même lors des deux grandes guerres. Nos propres corps et le réseau de la santé sont les champs de bataille de cette guerre-ci. L’ennemi est invisible et infatigable. Au grand mal covidien, les grands moyens.

Tricher, ne serait-ce qu’un tout petit peu, c’est quand même tricher. Parlez-en aux joueurs de cartes. Il n’y a pas de petite fraude! Il y le jeu loyal, honnête et droit. Et le jeu truqué. C’est noir ou blanc, pas noir et blanc.

Le 23 décembre, les règles du jeu établies par Québec étaient claires et ne laissaient aucune place à l’interprétation. Pourtant, un Québécois sur deux a admis avoir visité un proche durant la période des Fêtes. Du nombre, tous ne sont pas des filous évidemment.

Parmi eux, des proches aidants, des personnes seules autorisées à se joindre à une cellule familiale, de grands enfants de retour au bercail… Mais un Québécois sur deux, c’est quand même plus de 4 millions de personnes qui ont franchi le seuil d’une habitation qui n’était pas la leur.

Parmi elles, on s’en doute, la grande majorité n’a fait qu’étirer un tout petit peu l’élastique.

Comme Louis, qui s’est dit qu’aller boire un petit gin sur le bord de la porte de chez sa marraine le 1er, à deux mètres de surcroît, ne pouvait pas faire grand tort.

Et Marie-Ève, qui a tenu à aller porter des beignes au sucre à la crème, la recette de sa défunte grand-mère, à son grand-père. Le sourire sur le visage de papi l’a confortée dans sa décision. Ou Solange, cette gentille veuve qui a passé le 24 chez son fils… et le 25 chez sa fille. Il faut bien vivre un peu avant de mourir, non, Solange?

Ils n’ont rien fait de bien vilain, une toute petite entorse, un imperceptible écart…

La faute au biais

Vous êtes familier avec le concept des biais cognitifs? « Un biais est une distorsion que subit une information en entrant dans le système cognitif ou en sortant. Dans le premier cas, le sujet opère une sélection des informations, dans le second, il réalise une sélection des réponses » (Source : Jean-François Le Ny, Grand dictionnaire Larousse de psychologie).

Plus simplement, le biais fera dévier notre pensée rationnelle du droit chemin de la réalité… jusqu’à ce terrain de compromis un peu flou qui fait notre affaire.

Louis, Marie-Ève et Solange ont sans doute pesé le pour et le contre avant de flancher, soutenus par leur biais d’optimisme.

Ce type de biais (il en existe une trâlée) incite l’humain à croire, contre toute logique parfois, qu’une situation négative ne peut pas lui arriver.

Il y a Louis, Marie-Ève et Solange et leur micro délit, mais il y a tous les autres aussi.

Ceux qui ont fait la java en gang et en toute inconscience durant les quelques jours de vacances des Fêtes.

Ceux pour qui la notion de voyage essentiel englobe le tout inclus à Punta Cana.

Ceux qui se réclament à hauts cris de la « libârté » pour faire fi sans vergogne des règles élémentaires.

Comme si tout ceci n’était qu’un jeu où la tricherie est aussi banale qu’au Monopoly.

Les « conspis » de tous acabits qui se moquent de la science et font leurs fameuses recherches en périphérie de la réalité.
Ceux-là sont des abonnés au biais de confirmation qui incite à dénicher et ne considérer que les informations qui viennent corroborer leurs croyances en discréditant tout ce qui s’y oppose.

Ils sont nombreux, se ressemblent et s’assemblent dans un bruyant déni.

Pensez-vous vraiment qu’une pandémie aussi meurtrière peut n’être qu’un complot orchestré par quelque reptilien avide de pouvoir dans l’objectif complètement disjoncté d’ébranler l’ordre mondial?

Vraiment? À go, on se confine. Pour vrai cette fois.

On peut toujours aller patiner, skier, marcher, sans amis, mais avec les membres de nos bulles. Comme Cendrillon, il faudra rentrer à la maison avant que le carrosse ne se transforme en citrouille…

Soyons bons joueurs, car contrairement au poker, au Rummy ou au bridge, si on triche ici, on s’assure de perdre.

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Louis Asselin
Louis Asselin
1 mois

Excellente analyse qui fait prendre conscience qu’une fois la période de Fêtes passée nous n’avons plus aucune bonne raison de tricher et qu’il faut faire ce dernier effort collectivement dans l’attente de la vaccination.