Fêtes d’antan des sages d’aujourd’hui

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Par Emelie Bernier
Fêtes d’antan des sages d’aujourd’hui

Petits cadeaux, grand bonheur

Par Marie Paule Tremblay

«Le soir de Noël, on accrochait nos bas et pendant qu’on dormait, nos parents nous mettaient des petits bonbons dedans. Le 25, on mangeait nos bonbons et on était fier et content! Ça prenait pas grand-chose dans ce temps-là pour être content… Au jour de l’An, c’était bien tranquille. Les gens passaient de maison en maison et venaient nous souhaiter la bonne année. Desfois, on allait voir notre grand-mère. A la messe de minuit, on ne pouvait pas y aller toute la gang… ça embarquait pas toute dans la carriole! Et il y en avait de la neige dans ce temps-là. Souvent, les grandes, on restait à la maison pour garder les plus petits. Ma mère a eu 14 enfants! On aidait nos parents. C’était comme ça, dans ce temps-là… »


Marie-Paule Tremblay, 98 ans, Résidence des Bâtisseurs, La Malbaie

Un mois de jour de l’An

Par Olivier Gaudreault

«On a passé des beaux Noëls… On accrochait nos bas après la porte de la chambre pour avoir nos cadeaux de Noël. Dans ce temps-là, c’était des pommes, des oranges, des sucres a la crème, des bas, des morceaux de linge… Tout ce que nos parents pouvaient trouver qu’on aimait. A Noel, on recevait la famille, les cousins, la famille de ma femme… Notre maison était celle où toute la famille venait. J’ai toujours aimé décorer dans le temps des Fêtes, j’étais ben fort sur les décorations. Ça me prenait mon sapin! Ma femme et mes filles le faisaient en dedans, moi je faisais des décorations et je mettais des lumières dehors. J’ai gagné des concours de plus beaux arbres de Noël, dans ce temps là, pour mes gros sapins tout illuminés! Je commençais à décorer de bonne heure! Au jour de l’An, on se levait à 2h du matin, on habillait les enfants, on se réunissait toutes les familles et on allait déjeuner chez nos parents. Tant que mes parents ont été capables de nous recevoir, ils l’ont fait! On allait visiter toutes les autres familles. On allait chez mes frères, mes sœurs, les cousins de ma femme… Ça durait quasiment tout le mois de janvier!! »


Olivier Boudreault, 87 ans, RPA La Noyée, Notre Dame des Monts

 

Se souvenir des grandes réunions de famille

Par Rita Girard

« Mes plus beaux souvenirs de Noel? C’est qu’on se faisait tous des cadeaux entre nous. On mettait un sapin dehors pis un autre en dedans. Nos parents nous faisaient des cadeaux, desfois on avait même un 2 piastres! Desfois, c’était des cadeaux qu’ils faisaient eux autres même. Il fallait attendre la messe de minuit pour déballer les cadeaux. Quand on déballait ça, on était heureux! On faisait un repas et après c’était le party! C’était pas juste la famille : tous les « mononcles, « matantes », cousins, cousines… On se ramassait 25 dans la maison! C’était un beau Noël et un beau jour de l’An! Mes parents avaient tout le temps de la visite, ils étaient accueillants! On avait tellement hâte à ces moments-là… Mais pour le moment, on pense pas à ça. Tout le monde est dispersé et va rester chez eux. Je verrai pas mes enfants dans le temps des Fêtes… Je viens juste de laisser ma maison pour venir vivre ici, dans ma petite chambre. C’est pas un vrai Noël…»


Rita Girard, 92 ans,  RPA La Noyée, Notre Dame des Monts

La Cadillac des carrioles

Par Rose-Anna Tremblay

« Quand j’étais jeune chez mes parents, ça se passait à Noël. On n’avait pas beaucoup d,argnet pour acheter des cadeaux, c’est la marraine ou le parrain qui donnait un cadeau, mais au jour de l’An. A Noël nos parents nous donnaient des bonbons, une pomme, un orange, ils mettaient c¸a dans un bas. Desfois, ils faisaient des petits cadeaux en plus, desfois pas. Dans le temps des Fêtes, mon père sortait sa belle carriole de Noël c’était comme une Cadillac d’aujourd’hui! Elle était précieuse, la carriole de Noël. Il la prêtait des fois pour des mariages, des funérailles, mais fallait pas qu’elle revienne grafignée! Au jour de l’an, on allait souper chez les parents de ma mère, une Boily. C’était une grande maison! Je sais pas on était combien… Toutes les petites filles, on s’assoyait dans l’escalier. Y’avait de la musique à bouche et mon frère Benoît jouait de l’accordéon. On faisait un beau repas, avec la dinde, les patates pilées, les betteraves, un beau gâteau roulé… C’est ma mère qui la faisait! Tout ça, c’était plaisant… »


Rose-Anna Tremblay, 91 ans,  vit avec sa fille à Clermont

Émouvante bénédiction

Par Denise Tremblay

«Chez nous, c’était important, Noël. Ça se passait surtout avant la messe de minuit. On était pas une famille qui avait beaucoup d’argent, on vivait de la terre, mais on a toujours eu tout ce dont on avait besoin la maison était remplie d’amour, on était pas dans le luxe, mais on était heureux. Je demeurais à Sainte Agnès, à 7 miles de l’église et pour aller à la messe de minuit, il fallait partir en carriole avec les chevaux. Comme c’était les Fêtes, mon père sortait la belle carriole, Il faisait chauffer des briques pour nous réchauffer parce que c’était un grand trajet. On était 9 enfants! On partait vers 10h et si on arrivait trop de bonne heure, on allait se réchauffer chez mononcle Maurice, qui restait pas loin de l’église. Après la messe, on faisait la route de retour. On restait en famille… Chez mes parents, après la messe de minuit, on mangeait un petit peu et il fallait se coucher. Au matin, ils nous donnaient des étrennes, chacun un sac. Des bonbons, des petites affaires, un petit cadeau qu’on appréciait, du linge qu’on aimait. Ils mettaient ça sur le montant de l’escalier. On avait ben hâte de se lever le matin, voir ce que le père Noël avait donné… On croyait à ça! Ma mère préparait toujours une petit réveillon, mais le lendemain de Noël, c’était vraiment la fête. Le grand père, la grand-mère, la famille… Et le jour de l’An, c’était surtout la bénédiction. Mon père nous la donnait, c’était un bout « émotionnant ». Mon mari l’a fait avec les enfants tous les jours de l’An. Jusqu’à son dernier. Maintenant, c’est moi qui la donne à mes enfants. C’est un héritage. »

Denise Tremblay Notre-Dame-des-Monts

 

 

Cuisiner l’amour!

Par Rita Desmeules

« Chez nous, il n’y avait pas de réveillon. On vivait à Cap-à-l’Aigle, mais on allait à la messe de minuit à La Malbaie, parce qu’on n’avait pas d’église dans ce temps-là. On descendait souvent à cheval avec la sleigh et il y avait une étable à côté de l’église, ils attachaient le cheval là. Après, on revenait se coucher. Le 25, on n’avait pas de cadeau, juste quelques bonbons, une orange, une pomme dans l’arbre. J’aidais dans la cuisine, j’aimais ça cuisiner. Le dîner de Noël, c’était dans la parenté de ma tante qui nous a élevés. On faisait deux services. Nous, on mangeait les restes… Au jour de l’An, on allait chez notre grand-père, les parents de ma mère. On couchait là. Le lendemain, on s’en revenait à la maison. Moi, je n’ai pas connu ma mère, elle est morte quand j’avais 4 ans. Elle m’a manqué beaucoup. C’était plus difficile dans le temps des Fêtes. Plus tard, j’ai aimé ç’a recevoir! On faisait un réveillon de Noël. Le père Noël venait de temps en temps. Quand j’étais jeune, je ne recevais pas de cadeaux, mais avec mes enfants, ça été différent! Je me suis repris! Ils n’ont manqué de rien! Ils avaient leurs cadeaux dans l’arbre. On commençait très tôt à cuisiner. Les pâtés à la viande, les tourtières, les beignes, les gâteaux, les mokas, les dominos, le sucre à la crème, les carrés aux dattes, les biscuits… Mes enfants, ils ont mangé à leur faim! »

Rita Desmeules, 89 ans, Résidence des Bâtisseurs,La Malbaie

 

Des Fêtes d’amitié

Par Jean-Marc Dubois

«Quand j’étais jeune, on faisait un beau temps des Fêtes! On rencontrait toute la famille, on faisait des belles réceptions, on était heureux! On était une dizaine d’enfants chez nous, mais quand on se retrouvait chez mon grand-père, on était 35, 40 petits-enfants, cousins et cousines! Mes oncles et mes tantes étaient 10. Des petits-enfants, il y en avait beaucoup! Quand on visitait mon grand-père, tous les petits-enfants s’amusaient ensemble. On ouvrait les cadeaux. Mon grand-père nous racontait des histoires. Il nous amenait voir les animaux à la ferme. C’était plaisant! Il élevait des renards à Clermont. Nos parents étaient heureux de nous faire des cadeaux. D’habitude, c’était des casse-tête, des articles de sports, pour qu’on puisse sortir de la maison. On avait des bons parents! Les Fêtes duraient jusqu’aux Rois. À tour de rôle, un oncle nous recevait. Il y avait toujours des Fêtes. Ça prenait un petit verre de vin, c’était l’amitié et l’amour, on était moins isolé qu’aujourd’hui et c’était plus intéressant pour les enfants. Aujourd’hui, les enfants regardent leurs programmes à la télévision… Les temps étaient pas faciles, mais y’avait beaucoup d’amitié, de l’amour, des rapprochements… C’était les réjouissances. On était confinés, tous ensemble! On avait le bonheur plus complet, comme on dit. »


Jean-Marc Dubois, 92 ans,Résidence des Bâtisseurs, La Malbaie

Un bas de Noël

Par Rachelle Tremblay

« Je viens de L’Isle-aux-Coudres. Noël, ça se passait chez nous. Nos parents étaient doux, mon père nous a jamais donné un tape ni même à ses animaux. Maman faisait de la bonne nourriture. Elle accrochait un bas après le poêle ou les armoires, elle mettait une pomme à l’intérieur. Quand ils ont eu plus d’argent, ils achetaient des bonbons. Nos tantes, notre grand-mère venaient nous voir et ça nous faisait plaisir. Entre le 25 décembre et le 1er janvier, toute la famille passait. À la maison, on était sept enfants. On s’amusait, on faisait des jeux. Quand on visitait notre grand-mère, elle nous donnait des bonbons, c’était plaisant! On mangeait des tartes, plein des bonnes choses. Notre belle-sœur, elle faisait de la petite panse. C’était comme une tourtière, mais dans une panse de porc! Je me souviens qu’une année, quand ma sœur Marie-Paule s’est mariée, elle était venue à cheval à la maison et là, y’avait eu un réveillon, je devais avoir 12 ans. Édouard était le bébé…»


Rachelle Tremblay, 91 ans, De L’Isle-aux-Coudres, vit dans sa maison à La Malbaie

 

Parler fait du bien

Par Édouard Tremblay
« Le bébé est devenu un vieillard… Moi, je ne me rappelle pas tout ce qu’on faisait, mais on avait des traditions. À Noël, on avait un bas accroché à la cheminée, avec une orange, des fruits… C’était pas grand’chose, mais c’est certain qu’on avait hâte à Noël, comme tous les jeunes! On avait des petits cadeaux et on mangeait bien : ils avaient fait boucherie. Y’avait des pâtés, de la tourtière… On digérait bien quand on était jeune. Quand on allait en carriole chez nos grands-parents, là, y’avait beaucoup de monde. Dans un livre sur L’Isle-aux-Coudres, y’a une photo où tous les enfants sont posés… Au jour de l’An, papa nous bénissait toujours. Agnès, la première de la famille, demandait la bénédiction et c’est la première chose qu’il faisait. Ça a si vite passé. Me semble qu’hier, j’avais 20 ans et là, je suis rendu à 88. La vie a tellement changé, on peut pas s’imaginer ça. Ma mère a pas connu l’électricité à l’isle. Elle est morte en 51 et l’électricité est arrivée en 52. Elle est morte deux semaines après que je sois parti travailler dans le bois en Ontario avec mon cousin Gaston. J’avais 18 ans. Avant que je parte, elle s’est assise à côté de moi. Les larmes lui coulaient des yeux… Elle savait qu’elle me verrait plus vivant.. Moi, je le savais pas. J’étais un peu inconscient… Des fois, quand je suis couché, je refais ma vie. Des souvenirs comme ça, j’en ai plein… Ça m’a fait du bien d’en parler. Tout le monde peut écrire un livre sur sa vie.»


Édouard Tremblay 88 ans, De L’Isle-aux-Coudres, vit avec sa sœur Rachelle à La Malbaie

 

 

Merci à Pascale Sabourin, éducatrice spécialisée et dévouée auprès des aînés pour le CIUSSS dans Charlevoix, qui a recueilli avec toute sa douceur et son cœur grand ouvert les témoignages si beaux de ses « clients ». chéris. Ils sont chanceux de t’avoir, mon amie. Et je sais que tu te considères aussi chanceuse de travailler auprès de ces porteurs de mémoire. Je te dis merci, ainsi qu’à tout ceux qui, comme toi, font des pieds et des mains pour tenter d’adoucir ces jours amers.

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