Larmes de champions

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Par Brigitte Lavoie
Larmes de champions
Josée Gervais de la boulangerie Pains d'exclamation! a aussi eu ses larmes de championne. (Photo : Karine Dufour-Cauchon)
Souvent, pour ne pas dire la plupart du temps, le succès est vu comme un arrêt sur l’image. Une représentation plus que parfaite qui fait oublier tout le dessous de l’iceberg, cette immense portion de glace immergée sous l’eau qu’on ne voit pas, mais qui pourtant permet de faire flotter la masse.
Il y a deux semaines et des poussières, le fondeur Alex Harvey fondait en larmes sur la ligne d’arrivée des Plaines d’Abraham. C’était la course du samedi. Sa deuxième position a fait sauter la digue.
Les semaines précédentes, l’athlète avait plusieurs fois affirmé sa volonté, son désir, de terminer sa carrière de fondeur en beauté devant sa famille et ses partisans à Québec. Il se disait prêt pour autre chose, et on le sentait bien. L’hiver avait été difficile. Il est même rentré à la maison quelques jours, en pleine saison de course, pour prendre une pause et se refaire un moral.
Comme simple observateur extérieur de la vie glamour d’un athlète du Circuit de la coupe du monde, on n’a aucune idée de ce que ça représente de passer plus de la moitié de l’année loin de chez soi à faire courses de ski de fond sur sorties d’entraînement, à vivre dans ses valises, à se nourrir à la cafétéria, à vivre avec des collègues de sport, à ne pas pouvoir se faire cuire deux toasts et un œuf le dimanche matin et les manger avec sa blonde à l’ilot de la cuisine en discutant du lavage.
On peut difficilement imaginer que ce qui remplit nos vies fait défaut à celui qui représente la réussite ultime dans son sport.
Personnellement, j’aime bien quand les dessous de l’iceberg se dévoilent un peu. Pas que je me réjouis de voir pleurer Alex Harvey, mais plutôt parce que j’y vois un émouvant rappel que la réussite est tout sauf un arrêt sur l’image.
Et je trouve ça réconfortant. En faisant ses entrevues avec les sanglots dans la voix et en expliquant pourquoi, Alex Harvey nous a dit que lui aussi, parfois, il en bave un peu. Qu’il a le succès humain, c’est-à-dire fait de moments de doutes, de déceptions et de sacrifices, mais aussi de rêves, d’espoirs et de joies.
Quelques jours avant Alex, c’est Josée Gervais de la boulangerie Pains d’exclamation! qui nous servait le même genre de leçon lors de l’activité de la Chambre de commerce « Un pro à l’apéro ».
Josée qui a construit une brique à la fois une entreprise prospère, chaleureuse et authentique, mais qui raconte avec émotions les premières années difficiles de son démarrage. Josée qui nous a appris à aimer le pain croûté et à faire le détour pour en acheter. La même Josée, battante incroyable, qui raconte aussi en riant qu’elle a parfois beaucoup pleuré et qu’elle est prête pour la retraite.
Dans nos vies à vitesse grand V, où les victoires et les échecs vont et viennent sans qu’on prenne le temps de les voir passer et d’en peser la véritable valeur, les larmes de nos champions sont un rappel authentique que le succès est avant tout humain. Que même encore aujourd’hui, le travail acharné, la persévérance, la patience et la bienveillance envers soi ne se voient pas, mais sont sans aucun doute ce qui permet à l’iceberg de flotter.
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