Confinement dans les résidences pour personnes âgées privées: déjouer l’ennui

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Par Emelie Bernier
Confinement dans les résidences pour personnes âgées privées: déjouer l’ennui

Les Centres d’hébergement et de soins longue durée sont sur la sellette en ces temps de pandémie et l’emphase est en général mise sur les défaillances du système public, mais qu’en est-il des résidences privées pour personnes âgées?

Charlevoix compte plusieurs de ces résidences qui, bien qu’indépendantes, cultivent des liens étroits avec le système de santé pour le suivi médical de leurs pensionnaires. La Résidence La Noyée, à Notre-Dame-des-Monts, est du nombre. Sise dans l’ancien presbytère de la municipalité, elle accueille une dizaine de résidents.

« Ici, tout le monde va bien, personne n’est malade!  On a fermé nos portes à tous les visiteurs depuis le début,  ça ne rentre plus comme ça veut», explique la gérante de l’endroit, Angèle Guay. Seuls les employés, le personnel infirmier et les contractuels de l’Agence pour vivre chez soi ont le droit de franchir la porte principale, avec les précautions d’usage.

La Résidence La Noyée est sise dans l’ancien presbytère de la municipalité.

Bien que la pandémie crée de l’inquiétude, le moral des résidents tient  bon, selon elle. Les résidents s’ennuient de leur famille. «Ici, on n’a pas internet à la résidence, donc nos résidents parlent à leur monde au téléphone. Il y a des proches qui viennent dire bonjour par la fenêtre ou livrer des petites choses qu’ils laissent sur la galerie », poursuit Mme Guay. Tous les membres de l’équipe tentent d’alléger l’effet de confinement. « On met de la musique d’époque, on essaie de leur changer les idées, de les écouter », explique la dame.

Les résidents ne peuvent plus partager leurs repas comme avant, distanciation oblige. «À la salle à manger, on fait deux services. On a aussi un service aux chambres… Ça ajoute du travail et on a engagé une ressource supplémentaire pour nous aider. Ce n’est pas facile à trouver en temps normal, alors en temps de pandémie, on se considère chanceux d’avoir réussi à trouver quelqu’un! », renchérit Angèle Guay.

Entre les murs de la résidence, les usagers font preuve de patience. «On leur a expliqué que c’est temporaire, ils comprennent, même si ça bouleverse leurs habitudes. Les personnes âgées n’aiment pas le changement!»

Suivre les règles à la lettre aux Bâtisseurs

À une toute autre échelle, la Résidences des Bâtisseurs de Baie-Saint-Paul accueille presque 200 résidents, dont plusieurs membres de la congrégation des Petites Franciscaines de Marie. Le directeur Alain Madore se fait rassurant. «Les équipes sont au travail, on applique évidemment toutes les mesures demandées par le ministère : les résidents n’ont plus de visiteurs ni aucun contact avec les personnes extérieures.  On a fermé notre salle à manger et les repas sont maintenant pris aux chambres », résume M. Madore.

Même si le gouvernement a ouvert une brèche et indiqué que des proches aidants pourraient franchir les seuils des CHSLD, il n’en est pas question pour l’instant aux Bâtisseurs qui possèdent plusieurs autres résidences dans la province, dont une à La Malbaie.

Des proches ont profité du spectacle en plein-air organisé pour les résidents pour venir leur dire un petit bonjour de loin!

« Notre politique est clair, on laisse entrer le moins de gens. C’est certain qu’avec la parenté, les enfants qui venaient faire leur tour, tenir compagnie à leurs proches, les accompagner au repas par exemple, c’était plus facile pour nos équipes, mais pour ce qui est des soins de tous les jours, on est encore capable de gérer le travail. »

La fermeture de la salle à manger a modifié le travail de certains employés qui livrent désormais les plateaux-repas directement aux chambres.

Alain Madore consent que la vie des résidents est moins animée qu’avant la COVID-19. «Tout est annulé: les messes, les activités communes… On a un circuit de télévision fermé sur lequel on diffuse des exercices et des activités tous les jours. On utilise les technologies pour pallier et on essaie quand même de faire de l’animation dans les corridors. Les gens peuvent aller sur les terrasses, en respectant la distance. À Pâques, un employé avait amené sa guitare, on a offert du chocolat. La Sûreté du Québec est venue faire son tour, dire bonjour aux résidents et expliquer la situation… », détaille Alain Madore.

En général, les résidents vont bien, selon le dg, qui admet que la fin de la crise est attendue avec impatience par plusieurs. « Les gens sont relativement calmes et ils nous font confiance.! On avait déjà des protocoles d’isolement en cas de gastroentérite et de grippe. On fait extrêmement attention! Les gens qui doivent se rendre à l’hôpital sont placés en isolation 14 jours au retour. On travaille avec une clientèle à risques, certains sont fragiles, on ne prend aucun risque », conclut-il.

Animer pour contrer l’ennui

Animatrice aux loisirs à la Résidence des Bâtisseurs de Baie-Saint-Paul, Gabrielle Audet doit faire preuve d’inventivité ces derniers temps, confinement oblige. « On essaie de trouver des moyens pour les divertir les résidents. Les Petites Franciscaines de Marie ont créé une brigade. Elles vont les encourager à faire des coloriages, des poèmes, à écrire sur leur vie, sur la pandémie, sur tout ce qui leur tente! On souhaite leur donner une voix et un espace pour s’exprimer », explique Mme Audet.

Une bénévole de l’endroit, Gabrielle Coulombe, contribue à cet espace d’expression en impliquant les aînés dans son projet Simone et tous les autres. (voir texte ici)

Depuis peu, Gabrielle Audet a transformé un petit espace en studio d’enregistrement. Les aînés sont invités à venir jouer le jeu et à s’exprimer sur différents sujets. On leur offre aussi la possibilité de créer un vidéo destiné à leur famille.

 

Au quotidien, Gabrielle Audet et ses collègues rejoignent les résidents au moyen de capsules vidéo, diffusée sur le réseau interne. « On s’en sert pour tenir les gens au courant des consignes, pour leur donner des informations, mais aussi pour donner des sessions de yoga, de zumba, de méditation! On projette des films, des documentaires et des concerts.  En fin de semaine, on a organisé un petit spectacle dehors, les gens ont pu y assister des balcons…  Il faut aller à leur rencontre parce que le temps s’allonge! », dit celle qui est constamment à la recherche de nouvelles idées.

Gabrielle Audet lors du spectacle du chansonnier Marc-André Belliveau organisé pour les résidents.

La fin du confinement sera accueillie avec soulagement tant par l’équipe que par les résidents. « En attendant, on fait tout ce qu’on peut pour tromper l’ennui! On ne pourrait pas se donner plus, je pense. On a une merveilleuse équipe, tout le monde a très à cœur le bien être de gens qui ne sont pas de leur parenté.  C’est beau! » , conclut Gabrielle Audet.

 

 

Renfort attendu d’Afrique

Les Bâtisseurs embauchent 55 personnes  à Baie-Saint-Paul. Certains besoins en main d’œuvre doivent être complétés via des agences privées. «On a quelques préposés aux bénéficiaires qui viennent nous prêter main forte. On les loge, on les nourrit sur place. Ils repartent pour leurs congés, mais ils font très attention et évitent les contacts à l’extérieur. Quand ils reviennent, ils doivent remplir un questionnaire. Si on a le moindre doute, on ne peut pas les laisser entrer », explique Alain Madore, directeur général des Bâtisseurs.

Du renfort plus permanent est attendu en provenance de Madagascar. «Le directeur des ressources humaines des Bâtisseurs a effectué une mission de recrutement l’an dernier. Il hésitait entre quelques pays, mais Madagascar est ressorti du lot. Les gens y parlent français, ils ont un grand respect pour les aînés. Les Petites Franciscaines de Marie ont des liens importants avec la communauté malgache et ce lien nous a aidé », avance-t-il.

Juste avant la pandémie, les premiers employés malgaches sont arrivés à la résidence de Chambly. Malheureusement, les 7 Malgaches qui deviendront Charlevoisiens d’adoption sont encore coincés au pays. « Il y a des cas de COVID à Madagascar, alors on doit attendre la fin de la crise », explique le directeur général.

 

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