Chronique : dix ans de broutilles

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Par Brigitte Lavoie
Chronique : dix ans de broutilles
Jean Fortin, Pauline Marois, Yves Bolduc, Guy Thibodeau et Diane Mailloux. Les acteurs de septembre 2010. (Photo : Archives)

L’année 2020 cogne à la porte. Un beau chiffre rond, garni d’une nouvelle dizaine. Mais il y a 10 ans, vous étiez où, vous faisiez quoi ? Pour ma part, j’étais enceinte jusque aux oreilles de ma petite dernière… et c’est l’essentiel de ce dont je me souviens. C’est drôle quand même comment la vie fait elle-même le tri dans ce qui la remplie. Pourtant en 10 ans, il s’en passe des choses.

En 2010, Jean Charest était le premier ministre du Québec. Le salaire minimum était de 9 $ / heure. La Romaine était un tout nouveau chantier et l’ancien chef de l’Action démocratique du Québec Mario Dumont devenait animateur à Montréal après avoir connu une campagne électorale difficile.

Dix ans plus tard, c’est la Coalition avenir Québec qui est au pouvoir, les libéraux tentent de reprendre pied et Jean Charest donne des conférences sur la place du Canada dans le commerce international. Le salaire minimum est à 12,50 $ / heure et Mario Dumont, tout comme sa femme, poursuit sa carrière à l’antenne.

Dans Charlevoix, en 2010 Le Massif annonçait la construction de son hôtel à Baie-Saint-Paul. C’était aussi le premier Rodéo de Charlevoix et l’entrée en scène des « mesures sismiques». Vous vous souvenez de la très sérieuse conférence de presse du ministre de la Santé, Yves Bolduc, et de Pauline Marois, chef du Parti québécois, sur la fragilité de nos deux hôpitaux en cas de séisme majeur? Bien oui, ça fera 10 ans à l’automne ! C’était, comment dire, un élément déclencheur digne d’un roman.

Dix ans plus tard, l’hôtel du Massif à Baie-Saint-Paul est désormais l’affaire du Groupe Le Germain et on cogne du marteau à Petite-Rivière-Saint-François pour un futur hôtel du Club Med. Le Rodéo de Charlevoix entretient une popularité qui ne se dément pas, bien que ses chevaux et ses quelques bovins aient une soif taxable difficile à chiffrer. Pour les hôpitaux, les tremblements de terre ont continué à modeler notre paysage sismique et politique : Baie-Saint-Paul a reçu un hôpital tout neuf jugé parfois trop vide par des citadins, alors que l’Hôpital de La Malbaie bénéficie d’un corset de béton et de la promesse d’un avenir meilleur hantant les élus tel un ressac.

En 2010, Bernard Maltais (Saint-Aimé-des-Lacs) était le préfet de la MRC de Charlevoix-Est, et Dominic Tremblay (Isle-aux-Coudres) son homologue du côté ouest. Lise Lapointe était mairesse de La Malbaie et devait construire le nouvel hôtel de ville et sa bibliothèque, qui font aujourd’hui partie du décor et des habitudes. Jean Fortin, qui avait gagné ses élections municipales de 2009, célébrait du coup 10 ans de mairie (ce qui lui fera cette année 30 ans de politique municipale dont 20 ans à titre de maire !) Étaient aussi déjà en selle et armés d’un petit maillet de bois Gérald Maltais à Petite-Rivière-Saint-François, Claudette Simard à Saint-Urbain et Sylvain Tremblay à Saint-Siméon.

Il fait bon également se souvenir de l’engagement municipal de Jean-Claude Simard à Notre-Dame-des-Monts, Bertrand Bouchard aux Éboulements, Pierre Boudreault à Saint-Irénée et Albert Boulianne à Baie-Sainte-Catherine.

Au cours des 10 dernières années, des gens ont voté pour Barack Obama et Donald Trump, pour Stephen Harper et Justin Trudeau. Des étudiants sont descendus dans les rues avec des casseroles pour dénoncer la hausse des frais de scolarité et sont devenus le Printemps érable. Des trains ont ravagé des vies et la municipalité de Lac-Mégantic.

Les gestes à caractère sexuel et la notion de « consentement » ont fait et font encore les manchettes.

Pendant la même période, les écolos et le discours pour la protection de l’environnement sont devenus des sujets d’actualité quotidiens. Malgré tout, depuis 10 ans, l’obsolescence programmée vous a sans doute permis de changer au moins 4 fois de cellulaires, 2 fois d’ordinateur, 8 fois de lumières de Noël, ainsi que peut-être même une fois de voiture, de laveuse, de lave-vaisselle et de cuisinière.

Pendant une décennie, un adulte va nécessairement au moins une fois au salon funéraire, ou à l’église, ou à une petite cérémonie mortuaire intime afin de pleurer un proche décédé. Depuis 10 ans, la mort s’enterre toujours, ou se promène dans une urne, ou se jette les cendres à l’eau. Au cours de la décennie, l’aide médicale est aussi devenue une aide à mourir.

Dans la dernière décennie, il y a eu des drames qui ont bouleversé des communautés,des familles, des gens.10 ans, c’est à la fois peu et beaucoup. C’est un grand bond par en avant, propulsé par tout plein de petites et grandes choses. C’est un enfant en apprentissage de la propreté qui devient un ado cultivant l’acné. C’est une maladie qui éclos et qui sème la peur et le courage, la résilience et l’entraide, l’abandon et le deuil. C’est un arbre qui se déploie, des cheveux qui passent au gris, des étudiants qui diplôment, des enfants qui naissent, des vieillards qui meurent, des saisons qui vont et viennent, mais qui toujours apportent leurs couleurs.

Dix ans, c’est 10 réveillons de Noël, 10 messes de minuit, ou 8, ou 4, ou 0. Nécessairement quelques parties de cartes, des cadeaux, plusieurs poignées de main, de la visite, quelques rhumes, une grippe ou deux, des tourtières (celles du Lac-Saint-Jean et de Charlevoix, les vraies quoi!), des glissades et des patins à glace, des joues rouges, beaucoup de Ciné-Cadeau, de longs matins en pyjamas, de longues soirées en bas de nylon, des biscuits pour le Père Noël…Je vous souhaite une bonne fin de décennie et une période des Fêtes comme vous l’aimez!

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