Dany Dufour a orchestré le plus gros coup de la SQ

Photo de Dave Kidd
Par Dave Kidd
Dany Dufour a orchestré le plus gros coup de la SQ

La plus importante opération policière en Amérique du Nord contre un réseau d’importation de tabac, de trafic de stupéfiants et de blanchiment d’argent  réalisée la semaine dernière a été orchestrée par un Charlevoisien. Le sergent Dany Dufour, du Service des enquêtes de la contrebande de la Sûreté du Québec, est originaire de l’Isle-aux-Coudres. Il savait tout du réseau et a donné le « go » pour l’assaut final de l’opération Mygale. 

Le projet Mygale a été réalisé en collaboration avec plusieurs corps policiers. Il est né aux États-Unis d’une série de quatre autres projets. «  Des moyens d’enquêtes exceptionnels ont été utilisés pour la plus importante opération en matière de criminalité transfrontalière », reconnait le lieutenant Dufour, qui n’ira pas plus loin puisque les 56 individus arrêtés vont devoir revenir devant les tribunaux. « Le partage de la preuve était un élément majeur. L’encadrement de cette dernière n’est pas le même partout.  Aux États-Unis, les « US Attorneys » sont impliqués dans l’enquête, contrairement aux procureurs de la Couronne du Québec. La crédibilité de la SQ est bonne, ce qui a facilité le partenariat. L’élément judiciaire était un souci de tous les instants », ajoute-t-il.  

Dany Dufour a beaucoup voyagé pour attacher toutes les ficelles de l’enquête. L’objectif était de coincer un réseau qui se serait livré à la contrebande du tabac, au trafic de stupéfiants et au blanchiment d’argent et qui avait des ramifications en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Europe. Depuis 2013, lui et trois autres enquêteurs de son service sont assermentés comme agents de la paix aux États-Unis. « C’est ce qui a permis d’initier et d’offrir de plus grandes possibilités à cette enquête. Tout est parti des États-Unis », admet-il. 

Le limier soutient ne pas avoir rencontré de problèmes majeurs en cours d’enquête ni lors de la frappe de mercredi dernier. « C’est l’opération la plus complexe de ma carrière. J’y travaillais à temps plein environ 60 heures par semaine depuis le retour du congé des Fêtes. Nous avons dû obtenir 200 autorisations. La confidentialité et la discrétion devaient être observées. Plus de 700 policiers et des employés de l’Agence des services frontaliers du Canada ont participé à l’opération. Tous avaient un rôle spécifique et important. Un détail aussi anodin que les fuseaux horaires est devenu un élément majeur pour coordonner le tout », explique-t-il.

Stress et fierté  

Le responsable opérationnel de l’enquête était assisté de quatre  chefs d’équipe. « Tout arrivait sur mon bureau. C’est un niveau de stress très élevé et beaucoup de pression. Quand la frappe se fait, tu souhaites ne pas t’être trompé. Tout s’est bien déroulé. Le groupe tactique d’intervention (SWAT) est intervenu et aucun coup de feu n’a été tiré. Le sentiment du devoir accompli t’habite quand tout est fini », avoue l’officier.  

L’important coup de filet a permis de démanteler un réseau  qui, selon les chiffres de la SQ, aurait importé plus de 52 800 kg de tabac, ce qui représente une fraude de près de 13,5 M $. Les policiers ont aussi saisi plus de 1,5 M $ en argent comptant qui proviendrait de transactions illicites au Canada, 3 M $  en argent comptant américain, 836 kg de cocaïne, 21 kg de méthamphétamines et 35 livres de cannabis en cours d’enquête. La semaine dernière, 67 perquisitions ont permis de saisir plus de 600 000 $ en argent canadien, plus de 12 000 $ en argent américain, 2 armes prohibées, 5 véhicules volés et des stupéfiants. 

« Ce n’est pas les taxes [du tabac] qu’on récupère, comme le prétendent certains. On combat la criminalité. L’argent généré par le réseau sert à d’autres types d’opérations illégales. Le produit saisi n’est pas important. C’est la rentabilité qui intéresse les réseaux. Avec le tabac, ils ont fait 20 M $ en 18 mois. C’est substantiel. Les liquidités financent autres choses, dit-il. Cette enquête démontre  que notre organisation est capable de « leader » des opérations. La DEA  (Drug Enforcement Administration) nous a fait confiance. Des membres étaient avec nous », ajoute le sergent.

Dany Dufour n’a pas l’intention de se réfugier derrière son bureau après le plus important coup en carrière jusqu’ici. « Je veux demeurer aux enquêtes contre le crime organisé. J’adore la gestion. Je ne vise aucun grade en particulier, mais mon ascension n’est pas finie », dit-il pour conclure. 

Partager cet article

Laissez un commentaire

avatar
  S'inscrire  
Me notifier des