Chronique : Histoire de basse-cour

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Par Brigitte Lavoie
Chronique : Histoire de basse-cour

Entre le printemps qui se fait lentement une place et les scénarios de déconfinement qui renvoient les enfants à l’école, il y a cette famille de mouffettes qui a élu domicile sous le cabanon à bois et le renard qui reprend ses bonnes vieilles habitudes de japper en pleine nuit. Espérer la chaleur, se questionner sur l’immunité communautaire, houspiller les intrus noirs et blancs et rester réveillée une partie de la nuit à s’inquiéter pour les poules est une routine comme une autre, semble-t-il.

Avez-vous déjà entendu un renard japper ?

Son wouack aigu et un brin éraillé est un réveille-nuit assuré. Car il se fait toujours entendre entre 1 h et 3 h du matin. C’est le moment où le renard du coin en tournée tombe face à face avec l’intrépide chatte familiale ou la mouffette de service et jappe afin de poursuivre sa route.

Mais ce grand chien au nez effilé, aux babines retroussées, au jappement anxiogène et à la queue touffue n’a peur de rien, sauf du chat! Ce qui me donne envie de vous raconter ma petite histoire de faune et d’animaux de compagnie. Question de se changer les idées du printemps timide et des nouvelles tristes. Alors, allons-y !

L’été dernier, deux jolies poules brunes s’installent à la campagne. Elles sont charmantes et rapidement adoptées et adorées. Une fois leur œuf du matin pondu, elles sont libres d’aller ici et là pendant le jour, de picorer ce qui leur plaît et de prendre des bains de sable dans les plates-bandes. Un bonheur facile : chaleur, nourriture à volonté et liberté.

Mais cette vie paisible est de courte durée. Un nuit, le renard du coin, encore méconnu puisque hypocrite oiseau de nuit, n’en peut plus de rêver à son St-Hubert et décide qu’il a droit à son festin de poulet. Au petit matin de cette nuit tragique, l’une des poules vaque tranquillement à ses occupations sur le gazon alors que le grillage de la cage est éventré et que sa collègue est introuvable. Une touffe de plumes et le trou dans  le grillage témoignent de la sauvagerie de l’attaque perpétrée quelques heures plus tôt.

L’épisode barbare donnera lieu à une série de recherches Google sur l’art de bien entreposer ses poules et sur la vie des renardes affamées avec des bébés à nourrir. Quelques voisins ayant vécu semblables homicides ont aussi quelques astuces. Finalement, la poulette
survivante poursuit sa vie en solitaire, libre d’aller où elle veut le jour, mais passant ses nuits dans un bunker.

Sur le même territoire vit une chatte à l’humeur placide et intransigeante. La tueuse en série d’oiseaux a toujours ses griffes et joue à Spider Man sur le poteau de corde à linge malgré son léger embonpoint et son âge adulte bien sonné.

Une nuit, les jappements incessants du renard du coin réveillent la maisonnée qui découvre avec effroi, et un brin de fierté, que la chatte familiale tient tête au renard: tapie au sol et faisant face, le poil droit sur le dos, la chatte de la famille ne quitte pas des yeux le grand chien orange qui ne peut que japper sur cette boule de poils malcommode lui bloquant l’accès au terrain. Selon Google, consulté une fois le calme revenu, les chats avec des griffes peuvent remettre un hypocrite poltron renard à sa place assez
rapidement…

Ceci dit, quelques jours plus tard, la poule survivante entreprend de remettre les pendules à l’heure. Avec un caquètement n’ayant rien d’amical, des ailes battant la chamade et armée de son bec, la voilà qui pourchasse la chatte dans la cour. Alors que la chatte se réfugiait sur la galerie, la poule a bombé le torse et relevé la tête, caquetant sa victoire avec satisfaction avant de retourner picorer son coin de pelouse.

C’est quand même particulier; un renard qui a peur du chat, mais qui mange la poule, un chat qui affronte un renard, mais qui a peur de la poule et une poule qui n’a rien à perdre à faire peur au chat. Non, rien n’est simple.

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