Jamais sans mon VR

Par Emelie Bernier 7:59 AM - 08 juin 2022
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Jean-François Savard, directeur général de Caravanes Charlevoix.

La popularité des véhicules récréatifs a fait un bond spectaculaire depuis 2020. La pandémie, les confinements répétés, les mesures sanitaires et les nombreuses restrictions imposées aux voyageurs internationaux n’y sont évidemment pas étrangers. Bien que le prix de l’essence soit de plus en plus prohibitif et que les frontières de la planète soient rouvertes, 10 % des vacanciers québécois feront d’un VR leur moyen de transport principal pour leurs vacances estivales, soit le double des résultats d’avant la pandémie, selon CAA Québec.

Qu’en est-il du marché du camping-caravaning dans la région?


Chez le détaillant de Clermont Caravanes Charlevoix, si les ventes se maintiennent à un bon niveau, on sent que la frénésie des deux dernières années s’est un peu calmée.


« Pendant la pandémie, il manquait de véhicules récréatifs partout. Des gens des quatre coins de la province nous appelaient, prêts à faire des milles pour venir chercher un véhicule et à acheter à peu près n’importe quel type de VR sans trop réfléchir à leurs besoins. Pour l’instant, il n’y pas de ralentissement, mais c’est clairement moins la folie furieuse», raconte le directeur général Jean-François Savard.


En 2022, il perçoit un changement dans les intentions des propriétaires et des futurs propriétaires de VR.
« On ne voit pas tant d’impact sur la vente des véhicules, mais on dirait que le monde est un peu plus rationnel. Ils ont une idée claire de ce qu’ils veulent, et ne se déplacent pas pour rien. Il y a moins de free for all. Plusieurs envisagent des modèles un peu plus petits, par exemple », précise M. Savard.


Davantage de clients pourraient être tentés par des modèles avec moteurs plutôt que des remorques.
« Ici, on vend davantage des roulottes, mais beaucoup de gens remettent en question d’avoir à traîner leur VR parce que ça implique d’avoir un gros camion qui va être aussi leur véhicule de tous les jours. C’est un pensez-y-bien. Certains vont choisir de réduire la taille de leur véhicule et donc ne pourront pas traîner une 30 pieds avec 3 extensions. Il vont alors opter pour un modèle de roulotte plus petit», illustre M. Savard.


La nature même des séjours évolue. « Les propriétaires de VR nous parlent de rester plus longtemps au même endroit, de limiter leurs déplacements. On est en contact avec plusieurs propriétaires de camping et ils ont beaucoup de demandes de gens qui au lieu de se promener partout, veulent s’arrêter quelque part et attendre un peu que ça passe, profiter du camping en étant saisonnier. C’est certain qu’au prix de l’essence, faire le tour du Québec a perdu un peu de son charme», indique M. Savard.


Il estime à la va-vite qu’une tournée de la Gaspésie en camionnette F250 avec un véhicule de type Fifthwheel coûterait environ 750 $ d’essence, auxquels s’ajoutent les autres dépenses. « Rendu là, faire le tour de la Gaspésie revient au même prix qu’un tout inclus dans le Sud! », rigole M. Savard.


Certains, toutefois, ne modifieront pas leurs plans initiaux. « Beaucoup de clients vont traverser en Floride ou aux États-Unis quand même. Leur petit plaisir, c’est le camping et même si ça coûte un peu plus cher, ils ont envie de se gâter… C’est ça qu’ils aiment! »


À moyen terme, difficile de prévoir quelle tangente empruntera le marché du VR. «Il y a un ensemble de facteurs à considérer. Le prix de l’essence, la fin de la COVID, la guerre qui a un impact sur l’économie… On parle de récession, de hausse des taux d’intérêt. Ça amène à réfléchir a toutes les décisions dans le récréatif. C’est souvent la première chose que tu vas couper, idem pour les rénos. Depuis le début de la COVID, les clients arrivaient sur le « fly », plus impulsifs, mais je pense que les gens vont y aller davantage avec leur capacité de payer. Ils seront plus réfléchis », conclut M. Savard

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