Précieuse deuxième chance

Par Emelie Bernier 4:00 PM - 07 décembre 2021
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Mathieu et Séléna.

Par une belle journée d’automne, Mathieu Bouchard et sa copine décident d’aller faire un petit tour de l’île en vélo. Le vent est doux, la balade agréable, mais Mathieu ressent un petit inconfort. L’expression « pisser le sang » sied littéralement à la tournure de cette soudainement moins bucolique promenade automnale…

Le diagnostic de cancer du rein est tombé peu de temps après. Mathieu Bouchard l’a reçu comme «un coup de poing dans le front». Et il a remis son sort entre les mains du système de santé. « Disons que rendu là, tu n’as pas trop le choix. Soit tu fais confiance, soit tu te laisses crever. »

Le plus sombre épisode de sa vie est arrivé alors qu’il était en pleine campagne électorale. Dans l’entrevue qu’il avait sollicitée pour annoncer sa candidature, Mathieu, candidat dans ma municipalité, m’avait expliqué que la pandémie avait fait de lui un sédentaire et qu’il souhaitait dynamiser son village natal.

Ceux qui le connaissent savent qu’il n’a pas attendu de se présenter aux élections pour ce faire. Le tournoi international de pêche à l’éperlan sur le quai de Saint-Joseph-de-la-Rive est une de ses nombreuses initiatives. 12 000$ ont été remis au Camp Le Manoir, à l’OPP de l’École Léonce-Boivin et à la Maison des jeunes La Baraque grâce à cet événement qui fait la part belle à la tradition.

Membre actif (voire hyperactif) du comité des loisirs de la municipalité depuis deux ans, il a organisé une panoplie d’activités spectaculaires et saugrenues, entouré de fidèles acolytes qui n’hésitent pas à embarquer dans ses folies : feux d’artifices monstres, soirées thématiques, parades d’Halloween bouffonnes… Mathieu est copropriétaire du « limo-bus», chouchou des fêtards.

Mathieu Bouchard a tenu à enfiler sa tenue d’Aquaman lors de la dernière parade de Halloween, et ce, malgré un état de santé précaire.

« Quand on m’a annoncé que j’avais le cancer, j’ai passé proche d’enlever mon nom de la liste électorale, mais ça aurait été comme de m’avouer condamné… et les pancartes étaient déjà imprimées! » Le 8 novembre, un « merci » a été apposé sur lesdites pancartes.

Son dernier dada? Transformer le sous-sol de l’école Jean XXIII à Saint-Joseph-de-la-Rive en club social intergénérationnel pour offrir un lieu de rassemblement à ses concitoyens. « On va mettre des caméras et sur Facebook, tu vas pouvoir voir ce qui se passe. Y’a une game de 500, ça joue au billard, au ping-pong, y’a un film, pis ça te tente d’y aller? Ben go! Il faut que le monde ait une place pour se rassembler! »

Un « wake up call » nommé cancer

Oui, sa route a parfois divergé du droit chemin. Non, on ne lui donnerait pas le bon Dieu sans confession. Mathieu Bouchard est le premier à l’admettre. «Nous sommes tous humains, personne est parfait, mais j’aime le monde et j’ai envie de continuer à faire ma part.» Cette part, il l’a beaucoup fait dans les pays du Sud.

« J’ai jamais parlé des vélos qu’on descendait au Guatemala, de l’autobus plein de souliers pour enfants…», dit-il, évoquant en riant l’odeur de la cargaison. « En partant du Québec, aux États-Unis, ça allait… mais rendu au Mexique, la chaleur aidant, l’odeur était insoutenable!», rigole-t-il. Qu’à cela ne tienne : des milliers de petits pieds ont été chaussés. Des centaines d’enfants ont pu rouler les longs kilomètres les séparant de l’école au lieu de les marcher…

Et Mathieu a fait du commerce équitable avec des artisans du Sud bien avant que l’expression ne soit à la mode. « J’en ai acheté, des cossins pas beaux, juste pour aider du monde. J’ai des filleuls dans chaque pays où j’ai vécu… et je les aide avec leurs études, leurs projets… »

Mais l’envie de voyager n’est plus aussi omniprésente qu’avant. « Avant, l’automne arrivait et j’avais toujours envie de sacrer mon camp. Il y a de la neige? Je m’en vais au Costa Rica, au Guatemala, au Pérou… J’étais bien partout, je faisais ma « run de lait», mais en m’arrêtant, surtout à cause de la pandémie, j’ai compris un paquet d’affaires. Entre autres que si on ne s’implique pas, ça bougera pas. »

Et devenir le père de sa belle Séléna a donné un tout nouveau sens à sa vie.

«Être père, c’est le plus beau des voyages! Ma fille est à l’école et là, je suis rentré dans l’OPP, la seule place où j’étais pas, pour faire le lien entre les loisirs et l’école. Moi, je veux que les enfants soient fiers de vivre aux Éboulements, qu’ils se disent que c’est la meilleure place au monde!»

Vivre, c’est ce qu’il souhaite plus que tout, alors qu’il vient de frôler la mort. «Je ne suis pas complètement tiré d’affaire, mais je bois des jus verts, j’ai lâché le sucre… Je buvais une boisson énergisante tous les midis, c’est fini! On est la somme de nos actions! »

Il y a quelques années, Mathieu avait souscrit sans trop y penser à une assurance maladie privée. Son cancer lui a valu un chèque dont il a choisi de remettre une partie à la campagne de financement en cours pour doter l’Hôpital de Baie-Saint-Paul d’un appareil de tomodensitométrie, communément appelé TACO ou scan.

«La prévention, c’est la clé. Je ne dis pas que s’il y avait eu un TACO à Baie-Saint-Paul avant, j’aurais pas eu le cancer, mais je pense que si ça peut faciliter l’accès au dépistage, c’est un service essentiel. »

Il invite les Charlevoisiens à donner généreusement, mais d’abord à prendre soin d’eux. «La santé, ça n’a pas de prix!»

Une deuxième chance non plus.

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