L’oiseau qui rend heureux

Par Michel Paul-Côté 8:00 AM - 05 décembre 2021
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Une randonnée en forêt boréale ne manquera pas de vous mettre en contact avec le mésangeai du Canada, anciennement appelé geai gris. L’oiseau, fort sympathique, viendra volontiers vous visiter, surtout si vous êtes en train de prendre une collation. Il demandera ou prendra son dû… Courtoisie

Le mésangeai du Canada, communément appelé geai gris ou «whisky jack», passe sa vie dans nos forêts boréales. Il est présent dans toutes les provinces du Canada. Rencontrez l’oiseau le plus canadien qui soit!

Ici au Québec, on le retrouve surtout dans les secteurs situés au nord du Saint-Laurent et dans les hautes montagnes de la Gaspésie.

Charlevoix se situe à la limite sud de son aire de dispersion. On le croise souvent lors des visites dans nos parcs nationaux, et lors d’excursions dans l’arrière-pays.

Les amateurs de plein air qui fréquentent nos forêts du nord de Charlevoix le connaissent bien.

C’est un oiseau apparenté aux corneilles et geais bleus. De la taille du geai bleu, il montre un dos gris, collier blanc, petite calotte noire sur l’arrière de la tête, dessous blanc, face blanche, un œil curieux bien dégagé.

C’est un oiseau peu farouche qui aime et recherche la compagnie des humains. Les bûcherons d’autrefois l’appelaient «camp robber», à cause de son habitude de dérober la nourriture laissée dehors pendant l’heure du lunch.

En anglais, on l’appelle communément «whisky jack», déformation de son nom algonquin, « wiskedjak », qui signifie «esprit espiègle toujours prêt à jouer des tours».

Et c’est la raison pour laquelle la rencontre de cet oiseau nous rend heureux.

Le mésangeau sait depuis longtemps que l’humain est synonyme de nourriture, et que nous ne représentons pas de danger pour lui. Il vient vers nous, et nous suit dans la forêt.

Clairement, le lunch du midi est à risque si vous laissez un sandwich sans surveillance, ne serait-ce que quelques secondes. Si vous n’offrez pas un morceau de pain, le mésangeai n’a aucun scrupule à se servir lui-même.

Il aime son territoire, environ 150 hectares, et y réside toute sa vie. Pas de migration pour lui. Il aime le froid, et est bien équipé poury résister grâce à des plumes bien duveteuses. Très tôt en hiver, ils se préparent à recevoir leur nouvelle famille.

Dès le début mars, ils sont déjà en train de couver, dans un nid confortable et très bien isolé, bâti dans un conifère, abrité des vents et exposé aux chauds rayons du soleil.

Les grands froids des nuits de mars, parfois -30c, n’atteignent pas les œufs qui demeurent bien au chaud sous maman.
Début mai, alors que nos oiseaux migrateurs commencent tout juste à se pointer, les jeunes ont déjà effectué leurs premiers vols. Ils sont généralement 3 à 4.

Courtoisie

Ils demeureront avec les parents pendant environ 50 à 60 jours. Par la suite, suite à des disputes de plus en plus fréquentes, les jeunes seront expulsés du territoire par le jeune dominant qui demeurera .

Le dominant est généralement un mâle qui demeurera avec ses parents pendant 1 an.
Les jeunes «expulsés» sont souvent des femelles. Certaines trouveront une famille d’accueil auprès d’un couple qui n’a pu mener à terme sa couvée. Mais le taux de mortalité des «expulsés» est de 80%.

Côté nourriture, le mésangeai se nourrit d’insectes, de champignons, de fruits sauvages, d’araignées.
Menu intéressant, mais difficile à trouver en hiver. Son secret: à partir de la fin de l’été et pendant tout l’automne, le mésangeai accumule de la nourriture qu’il cache sous l’écorce des arbres.

Avant d’insérer la nourriture dans sa cachette, le mésangeai va l’enrober de salive collante, ce qui protège l’aliment d’une détérioration prématurée et lui permet de mieux adhérer à l’écorce. Il peut créer jusqu’à 1000 caches différentes par jour.

Le froid est son allié, car la nourriture ainsi cachée est préservée pendant tout l’hiver.
Fait exceptionnel: le mésangeai garde en mémoire ces dizaines de milliers de cachettes.

Les scientifiques qui ont étudié le phénomène ont conclu que c’est la mémoire qui les dirige vers leur nourriture, et non l’odorat ou le hasard.

Un impact de l’omniprésent changement climatique: la diminution de la fréquence et de la durée des grands froids nuit grandement à l’oiseau.

Les réchauffements en plein cœur de l’hiver nuisent à la préservation de la nourriture cachée.

L’oiseau peut difficilement se déplacer plus au nord, car il dépend pour sa survie des grandes forêts boréales.

Que lui réserve un Canada aux hivers moins rigoureux? Probablement une diminution de son aire de distribution.
Mais il est toujours bien présent chez nous, et ira vous rendre visite lors de votre prochaine randonnée hivernale en forêt.

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