La peur de La Malbaie

Par Dave Kidd 1:57 PM - 03 décembre 2021
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Photo courtoisie

Le plan de sauvetage en milieu isolé de la MRC de Charlevoix-Est est bien plus un plan politique qu’un plan pour aider les mal pris. La peur de la « grande ville » semble omniprésente dans ce qui a été adopté.

Il y a un plan. C’est la bonne nouvelle. Les services de sécurité incendie concernés seront équipés sur le sens du monde. C’est aussi une excellente nouvelle. On va leur acheter ce qu’il faut pour répondre aux urgences.


Un moment donné, la passion et le dévouement des pompiers ont leurs limites. Le pompier qui prête sa motoneige n’est pas tellement utile lorsqu’il décide -et j’espère bien qu’il le fait- de partir pour une longue sortie avec ses amis.


Ce sont les politiciens qui semblent avoir dicté le plan. Donc, il devenait évident que le modèle qui fonctionne à merveille dans l’Ouest ne serait pas repris dans l’Est. Des fois que les médias écriraient que c’est un copier-coller. On aurait l’air de quoi? Non, non. Notre territoire, nos pompiers, notre plan. J’oubliais en passant, c’est l’argent de tout le monde, qui comme dans l’Ouest, paiera une partie importante de la facture.


Le communiqué officiel de la MRC de Charlevoix-Est dit : « un rapport a été déposé, il contenait trois scénarios, mais le conseil des maires a toutefois tenu à mandater son comité de sécurité incendie, formé du préventionniste de la MRC et des directeurs des services de sécurité incendie des municipalités, pour travailler à une version optimale d’un des scénarios proposés, qui collerait davantage à la réalité de la région, sans toutefois compromettre la sécurité et la légitimité de l’équipe comme le proposait le consultant. »


Alors donc, au lieu de donner la coordination du sauvetage à un seul service, on coupe la poire en trois. Il y aura de l’équipement à Notre-Dame-des-Monts, La Malbaie et Saint-Siméon. On saura où est le VTT quand on en aura besoin. C’est important aussi que ce soit les services du secteur qui répondent aux appels sur leur territoire. La trail qui passe à telle place, eux savent comment y accéder rapidement.


La confection du plan a d’abord débuté par une étude réalisée au coût de 30 000$. Elle était probablement nécessaire pour éventuellement obtenir des fonds de Québec puisque la MRC avait raté le bateau quand le gouvernement avait mis sur pied un programme expressément pour les sauvetages en milieu isolé.


L’ancien préfet Sylvain Tremblay s’obstinait dur comme fer que les sauvetages étaient l’affaire de la Sûreté du Québec. La recherche, oui, relève de la SQ.


Le sauvetage, c’est l’affaire des municipalités. Le directeur général de la MRC de Charlevoix-Est avait, comme tous les autres du Québec, repéré le programme et il comptait bien s’en prévaloir. Politiquement, Pierre Girard s’est fait dire : on n’embarque pas dans ça. Non seulement cela a fait perdre un temps fou, mais la MRC doit travailler plus fort pour avoir de l’argent qui ne demandait qu’à être ramassé.


Une chance que la préfet Odile Comeau a de bonnes relations avec la députée Émilie Foster.


Il aurait été bien plus compliqué de sauver le plan de sauvetage que ce le sera présentement. La MRC doit passer par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation pour obtenir des fonds pour équiper les services.


Le service incendie de La Malbaie aurait pu facilement s’occuper de la coordination. Au moins trois officiers sont présents à la caserne chaque jour. C’est quoi gérer une dizaine d’appels de plus par année? Franchement rien. Le chef Savard et son équipe auraient été facilement en mesure de procéder au déploiement des effectifs concernés.


Bien non, le SSILM , comme on l’appelle dans le milieu de l’urgence, n’aurait pas joué les héros partout sur le territoire en répondant à tous les appels. Chaque service s’occupe de son territoire. Ça se fait déjà et ça va se poursuivre.


La Malbaie est la ville centre de Charlevoix-Est. Elle est aussi la plus grande et la plus populeuse de ce qu’on appelle encore le Charlevoix traditionnel. Mais elle fait peur, on dirait. Peur de quoi ?


Elle a plus de moyens, mais cela ne veut pas dire qu’elle veut jouer au boss partout. « Malbaie. Toujours Malbaie», on entend ça régulièrement. Oui, mais La Malbaie, c’est le cœur de la MRC. Si le cœur ne bat plus, les chances de survie pour le reste du corps sont nulles.


Il y a plusieurs années, au congrès de L’Association des gestionnaires en sécurité incendie et civile du Québec qui se tenait au Manoir Richelieu, le président disait que le regroupement des services était la voie de l’avenir et que souvent c’était « le casque blanc » (le directeur du service) qui mettait des bâtons dans les roues.


Il ne visait personne dans Charlevoix, mais il mettait quand même le doigt sur le bobo. Pour un chef, sa ville c’est son territoire. On ne touche pas à ça.


Dans ce temps-là, c’était l’Association des chefs en sécurité incendie du Québec.


On constate que le nouveau nom témoigne aussi d’un changement au niveau des responsabilités. Les services sont appelés sur tous les genres d’événements.


C’est terminé depuis longtemps, le temps où les pompiers sortaient uniquement pour un feu et à la parade de la Saint-Jean-Baptiste.


Je m’attendais à ce que la MRC innove et que la solidarité entre les services de sécurité incendie passe à une nouvelle étape.


Les chefs ont de bonnes idées. On les verra possiblement dans le déploiement du plan.

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