Chronique : À l’inventeur du Tylenol

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Par Brigitte Lavoie
Chronique : À l’inventeur du Tylenol
Les acétaminophènes sont très utiles lorsque l'on a un virus.

Il y a des choses qui font partie du quotidien sans qu’on se pose de question. Et puis un soir on se rive le nez au fond du pot de pilules et on se demande comment on va pouvoir survivre jusqu’à l’ouverture de la pharmacie le lendemain matin avec nos symptômes grippaux… Petite incursion dans le fabuleux monde de l’acétaminophène.

L’acétaminophène est le médicament le plus consommé dans le monde. Ce sont des millions de doses qui se consomment dans le monde chaque année. La molécule se retrouve dans 600 différents médicaments en vente libre ou sur ordonnance. Dans la vie d’un être humain terrassé par la grippe en février 2020, la petite bouteille et son précieux contenu font parfois la différence entre quelques degrés de fièvre de plus ou de moins et des douleurs musculaires supportables. Vive la modernité !

Cette molécule du quotidien a été «isolée» pour la première fois il y a 120 ans, en 1878…

Quand on lit l’historique proposé par l’Institut de la santé publique du Québec, on se croirait presque chez un apothicaire d’une saga littéraire écossaise.

Mais même à l’époque de l’Antiquité, les gens avaient découvert que des mixtures faites à partir de certaines écorces, comme celle du saule, ou d’autres contenant de la quinine, pouvaient avoir un effet sur la fièvre. On oublie parfois qu’il y a un début à tout.

Avec les années, d’autres chercheurs ont étudié la molécule et quelques ennuis de toxicité nuiront à la commercialisation du produit. Finalement, on arrivera à prouver l’innocuité de l’acétaminophène dans les années 1940. La vente du médicament sera autorisée en 1955 aux États-Unis, et en 1957 au Canada. Depuis, les ventes ne cessent de croître. Une visite à n’importe qu’elle pharmacie d’ici permet d’ailleurs d’en constater la disponibilité et l’accessibilité. Et qui n’a pas d’acétaminophène dans une armoire à la maison ?

À elle seule, l’entreprise Johnson & Johnson derrière la marque de commerce populaire Tylenol propose pas moins de 30 produits différents dérivés avec le même nom. Aux différentes formules pour enfant s’ajoutent désormais des sirops en plus de tous les produits spécifiques aux maux de dos, rhume et grippe, fièvre, entorse et autres petits bobos musculaires qui hantent la vie des humains du XXIe siècle. Mar-ke-keting, comme dirait les Boys. Et quelques crises et rappels de produits pour tester les nerfs des dirigeants de l’entreprise.

Si vous voyagez, il est possible que vous ayez du mal à retrouver de l’acétaminophène comme celle que vous avez l’habitude de voir ici. Ailleurs, le médicament s’appelle souvent « paracetamol » ou APAP. Car même une molécule aime jouer avec les contractions linguistiques de sa composition.Et si la science connait assez bien les effets toxiques de l’acétaminophène et de l’un de ses métabolites plus problématiques, elle connait encore mal comment elle arrive à avoir un contrôle sur la fièvre. Alors que l’ibuprofène (Advil) et l’aspirine agissent sur la fièvre en réduisant l’inflammation, l’acétaminophène agirait d’une autre façon. Et c’est encore mal compris par les chercheurs.

Évidemment, ces capelets ne sont pas des bonbons. S’ils aident à survivre aux virus et aux petits maux d’aujourd’hui, ils peuvent avoir des effets néfastes sur la santé, notamment sur la santé du foie. Un adulte et encore plus un enfant peut également s’intoxiquer sérieusement avec le contenu d’une de ces bouteilles mal géré. Certains lanceurs d’alertes reprochent même la trop grande accessibilité de ces médicaments alors que se joue au pays la crise des opioïdes.

Échouée sur le divan avec le contenu de ma pharmacie de survie à portée de main, j’ai attendu que le virus fasse son temps et je me suis demandé ce que ça devait être d’être grippé avant l’avènement de ces molécules en vente libre. J’imagine qu’il fallait s’en remettre aux connaissances autochtones et aux guérisseuses en vogue à l’époque, avaler quelques potions grumeleuses et amères de morceaux d’écorce et accepter de voyager sur les ailes de la fièvre à même un lit de paille en attendant des jours meilleurs. Nonobstant que toutes ces pilules sont emballées dans un plastique qui finit par donner la grippe à la planète, le XXIe siècle a son charme.

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