La première chance de Pierre Thibault

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Par Emelie Bernier
La première chance de Pierre Thibault
(Photo : Maude Gohier Murray)

 Pierre Thibault n’avait pas 30 ans lorsqu’il a fait la connaissance de la femme derrière le centre d’exposition de Baie-Saint-Paul, Françoise Labbé, à l’occasion d’une de ses visites rituelles au Symposium de la jeune peinture du Canada devenu depuis le Symposium international d’art contemporain. Il admet que cette rencontre,  déterminante dans sa vie et sa carrière, l’a lié à perpétuité à Baie-Saint-Paul.

«Le musée d’art contemporain est le premier projet que j’ai signé, ce qui a fait que j’ai créé mon atelier d’architecture, soit le début d’une aventure qui dure depuis 30 ans. Le fait que tous les membres du conseil d’administration de l’époque aient cru en moi alors que je n’avais pas 30 ans, ce n’est pas habituel et j’en suis encore reconnaissant», confie Pierre Thibault.

Dès les premiers coups de crayon, Pierre Thibault se rappelle avoir travaillé dans une perspective d’infrastructure muséale.

«On a eu à défendre le projet de musée dès le début. Un centre d’exposition n’a pas de collection, mais ici, il y avait déjà une importante réserve. Mme Labbé était persuadée que ça deviendrait un musée. Ça a pris du temps, mais c’était dans les cartons à partir du jour 1 », se rappelle le créateur qui a consacré beaucoup de temps au rêve de l’ambitieuse directrice.

«Pendant mes premières années,  j’ai été dédié presqu’entièrement à ce projet, de la préparation des plans à la construction ! J’étais à Baie-Saint-Paul une ou deux fois par semaine. Pris dans les caps durant les tempêtes de neige, j’ai bien pensé acheter quelque chose  ici… », rigole-t-il,  avalant une fois de plus les kilomètres entre Québec et Baie-Saint-Paul. Celui qui est aussi porte-parole du symposium et du Musée cette année  offrait hier sa conférence« Et si la beauté rendait heureux » dans le cadre du Symposium.  La Fabrique culturelle a d’ailleurs profité du passage de Pierre Thibault au symposium pour tourner une capsule destinée à sa plateforme de contenu web. A voir dans les prochaines semaines.

Difficile donc pour Pierre Thibault de dire non, lorsqu’on lui demande de donner de son temps à l’institution qui l’a en quelque sorte mis au monde comme architecte « Quand on me demande mon implication, je fais des pieds et des mains!  Je crois en la mission de l’institution parce que j’y ai participé comme acteur dès le départ. Il n’y a pas beaucoup de ville de l’envergure de Baie-Saint-Paul au Québec, au Canada et même dans le monde qui ont un rayonnement culturel de cette importance. Je le dis souvent, cette relation entre la ville et l’art est impressionnante ! »

Et si la beauté rendait heureux ?

La beauté est dans l’art, l’architecture, le paysage…  Comme enfant,  je l’ai découvert d’abord dans le paysage.  Mes parents venaient d’une région très éloigné, la route était longue et je tombais souvent amoureux des paysages… », explique celui qui s’est découvert très tôt un intérêt pour le dessin.

Son grand père, qui avait transformé sa grange en immense atelier de menuiserie, l’a beaucoup inspiré. «Quand on entrait dans cette cathédrale de bois, avec la lumière qui filtrait à travers les vieilles planches, je voyais son visage se transformer ! Il devenait un capteur de lumière quand il rentrait dans son univers, avec ses créations. Il avait l’amour du matériau », dit celui qui a ainsi perçu très tôt que la beauté pouvait en effet rendre heureux.

Ce précepte a sous tendu le récent projet de Lab-École mis sur pied avec Pierre Lavoie et Ricardo Larrivée afin de réfléchir à l’école du futur. « Depuis des décennies, on investit de façon microscopique dans nos milieux scolaires. On doit faire une prise de conscience : si on est dans un bel événement, on est plus généreux, plus attentif, on est un meilleur élève, un meilleur prof, un meilleur citoyen !  Investir dans l’environnement scolaire, c’est  croire en l’avenir,  en l’éducation, croire qu’on peut créer un monde meilleur », affirme avec conviction l’architecte.

On lui a demandé de se prêter au jeu de repenser les centres jeunesses. « Quand je suis entré là la première fois, j’ai failli perdre connaissance. On met des enfants en situation de vulnérabilité extrême dans des cachots ! Quel message on leur lance ? Ils ont besoin d’amour, d’être réconforté… J’ai vu l’effet bénéfique de la beauté sur moi, mes proches, dès l’enfance. On doit leur donner un environnement qui leur permette de se sentir rassurés, en contact avec la nature, qui leur dit « on s’occupe de vous » ! », poursuit celui qui n’a vraisemblablement pas fini sa croisade en faveur de l’esthétisme des institutions de service public.

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