Chronique de Francis Savard-Leduc: l’histoire de Bob et sa gang

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Par Lisianne Tremblay
Chronique de Francis Savard-Leduc: l’histoire de Bob et sa gang
L’équipe de l’Auberge de jeunesse de La Malbaie. Photo : Dave Kidd

«Le temps tourne au ralenti, ici. » Combien de fois l’a-t-on entendu ? Après quatre ans dans un demi-sous-sol de la Ville de Québec, à courir entre les événements à bas prix et les remises de travaux scolaires, je vous le confirme : à Beaupré, exactement à mi-chemin de cette grande côte terriblement taxante sur les réserves d’énergie de ma pauvre Nissan Leaf, l’horloge se met à tourner bien moins vite. Les battements fébriles de nos cœurs anxieux se calment et chaque inspiration devient une bouffée d’air frais, loin des soucis de la ville.

Le dénivelé charlevoisien étant ce qu’il est, j’avais besoin de recharger. C’est donc à la caisse populaire, sur la borne du Circuit électrique flambette de Desjardins que j’ai branché, en me disant que j’aurais quelques heures pour déambuler au centre-ville et bien saisir l’ampleur du malaise qu’il représente. Voulant saisir le pouls des gens du milieu, j’ai été m’asseoir au Resto-Pub La Chope de l’Auberge de jeunesse de La Malbaie. C’est là que j’ai rencontré Bob et toute l’équipe. Bob a pas mal de bonnes bières à faire goûter, mais surtout, il a de sacrées bonnes anecdotes à raconter sur LE COMMERCE écoresponsable de l’année dans Charlevoix.

Ça fait quatre ans que Bob est « aubergiste.» Il y a quelques années, il avait sauvé le chien de David, le propriétaire, après que ce dernier ait été happé un soir d’hiver par une automobile à La Malbaie. Ils sont devenus amis. Le temps et le destin auront fait le reste: incapable de continuer le dur métier qui mettait du pain sur sa table pour des raisons de santé, Bob a trouvé sa vocation quand David, débordé par le succès de son établissement lui a offert à ce moment de venir l’aider. « Mon père m’avait dit, trouve un métier qui te donne envie de te lever le matin. Tu ne travailleras jamais de ta vie. » Bob ne travaille pas à l’auberge. À l’image de ses prédécesseurs datant d’aussi loin que le moyen âge, il vit l’auberge.

Curieux, je ne pus que commander une deuxième et dernière pinte, histoire d’en apprendre un peu plus. Aventureux, on m’a recommandé L’infusée, une bière aux trois thés particulièrement funky que je n’avais, sacrilège diront certains,  jamais dégustée. Elle restera dans mon catalogue de bière d’été à recommander, allez-y sans plus tarder. Dans le décor chaleureux du pub, autant par son décor que les visages qui y défilent, il m’était impossible de retenir mes instincts d’économistes alors qu’une question me pendait au bout des lèvres : La pénurie de main-d’œuvre, comme aubergiste dans Charlevoix, comment on le vit? La réponse de Bob, à son image, était plutôt détendue: « C’est la beauté d’une auberge de jeunesse, travailler ici, c’est plus que seulement un emploi, c’est une expérience. Les gens aiment et veulent travailler ici, ce n’est pas seulement une question de salaire.»

Sur la question sempiternelle de la basse saison, on m’a affirmé que c’est l’offre de restauration qui permet de payer les factures, mais les bonnes décisions d’affaires qui assurent sa survie. Parce qu’au-delà des parties visibles, l’auberge peut se targuer de coûteuses, mais judicieuses rénovations. « En plus des gaz à effet de serre, on sauve 45% des coûts par rapport à notre vieux système de chauffage à l’huile ». Suffisait de faire le saut dans la modernité, ça coûte cher sur le coup, mais on rentre rapidement dans notre argent!

L’Auberge de jeunesse de La Malbaie est à l’image de sa région : chaleureuse, colorée, parfois tranquille, mais bien vivante. J’irai même jusqu’à dire que le temps s’y écoule encore un peu plus lentement. Des gens de partout y défilent, mais des âmes s’y retrouvent et de solides liens humains s’y forment, simplement parce que l’ambiance y est propice. C’est sans compter sa solide sélection de produits locaux en constante évolution, un fait d’armes dont on cache avec difficulté la fierté.

J’ai finalement demandé à David et Bob si je pouvais prendre une photo, question de mettre en tête de cette chronique. Ce dernier a accepté à condition que toute l’équipe y soit. « Ç’t’une maison de chums icitte. Ç’pas compliqué ». Je me suis mis à penser aux quelques fois malheureusement trop rares où j’avais mis les pieds dans cet établissement et j’ai été surpris par l’exactitude de ces simples et authentiques paroles.

À l’Auberge de jeunesse de La Malbaie, jeune, vieux, local ou voyageur, le temps s’arrête. On est chez soi.

 

 

 

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