Mélissa Deschênes: une vie rêvée en couleurs

Mélissa Deschênes: une vie rêvée en couleurs

Le 3 mars prochain, Mélissa Deschênes ouvrira toutes grandes les portes de sa maison-atelier. Les murs seront couverts d’œuvres des 20 dernières années qui seront bradées à des prix exceptionnels, histoire de faire de la place pour les nouveaux élans de l’artiste vagabonde.
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Pourquoi faire maintenant ce grand ménage? « C’est simple, le renouveau est l’essence de l’évolution : il faut que je libère le passé pour laisser la place au nouveau! », dit Mélissa Deschênes. Ceux qui la connaissent et l’apprécient, et ils sont nombreux, savent que « la petite Deschênes » a reçu un diagnostic pas très jojo il y a maintenant 2 ans et demi. Cette maladie l’a fait passer par toute la gamme d’émotion, mais l’a rendue, au final, plus vivante encore.
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« Les dernières années m’ont permis d’avoir un regard différent sur ce que je fais et qui je suis! Je fais la belle vie. Bien sûr, je pourrais me passer de lui aujourd’hui, mais au fond, la maladie m’a sauvée! », philosophe la sympathique artiste qui l’a échappée belle, bien qu’elle ne soit pas tout à fait tiré d’affaire.
Elle a hésité un peu avant de parler de ce crabe devenu un peu son colocataire… « Avec la maladie, j’ai appris des enseignements incroyables qui m’ont permis de devenir la femme que j’ai toujours voulu être. Je n’ai pas eu le choix! La maladie m’a dit ce que je refusais d’entendre! Grâce à elle, je suis allée dans tous les racoins. C’est en faisant le chemin qu’on trouve le chemin », dit celle qui s’est abreuvée à la littérature des David Servan Schreiber, Guy Corneau et autres bouquins inspirants et « éveillants» comme Radical Remission. « J’ai tout tenté : l’alimentation végé, le bio, la méditation, le yoga… Ça m’a fait grandir et maintenant, je suis dans le lâcher prise… Je pensais que c’était des histoires de « matante », mais c’est vrai qu’il faut lâcher prise sur la mort, sur la peur de la mort, sur les autres qu’on va laisser derrière à qui on va manquer… La peur est un piège qui te paralyse! On passera le pont rendu à la rivière! » lance Mélissa Deschênes, convaincante et convaincue.

L’expérience de la chimiothérapie a été plutôt traumatisante pour elle qui suit désormais un protocole d’immunothérapie. « La chimio peut fonctionner pour certaines personnes, et ça sauve probablement du monde. Aujourd’hui, je suis en vie après avoir passé très proche de la mort et c’est une chance d’avoir un traitement d’immunothérapie. Je me sens mieux dans mon corps », confie-t-elle.507t2204b

Elle ne qualifie pas sa « relation » avec le cancer de combat, mais plutôt d’apprentissage. «Avec lui, j’ai appris à être patiente. Des fois, je l’haïs, c’est un ennemi, des fois je lui parle. Mais il faut arrêter d’avoir peur de ça. Je ne suis pas morte et j’ai décidé de profiter de la vie! »

Selon elle, le cancer lui a imposé de se poser des questions «qu’on devrait tous se poser tous les jours.» «Il faut se calmer les nerfs, être moins dans la culpabilité, s’aimer comme on est! Oui, je suis marginale et j’adore ça, je ne me verrais pas vivre autrement… Et il faut s’écouter! La vie m’a donné un tas de signes que je n’ai pas écoutés, alors mon corps m’a parlé deux fois plus fort parce que j’ai une tête de cochon», philosophe-t-elle avec passion, invitant à « se dorloter, prendre soin les uns des autres et ouvrir son cœur. »

Elle rêve de grands projets, de fresques éclatées et éclatantes, de vastes pages blanches en forme de murs à égayer, comme dans les villes qu’elle a visité récemment : Barcelone, Brisbane… « Vous êtes pas game de me donner la ville! Exploitez-moi, ça va me guérir! », lance-t-elle comme une bravade aux élus de la Malbaie et d’ailleurs avec un grand rire.
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Graphiste de formation, elle prend son pied avec des projets où elle peut se lâcher lousse ! « Une carte blanche comme celle que m’a donnée Danielle Ricard de Champignons Charlevoix pour « designer » l’étiquette de son dernier produit, ça me groove, ça m’allume!»

À travers ses projets, qu’elle a nombreux, (un été à moto, sur sa bien nommée Triumph, l’initiation à la course de baril avec sa jument Irma, l’écriture d’une BD…) Mélissa Deschênes laisse toujours une place de choix à la peinture. «La peinture m’a toujours accompagnée, c’est le fil conducteur de ma vie. La seule chose que je n’ai jamais laissé tomber. Je me suis laissé tombée, parfois, mais jamais la peinture! »

Mélissa Deschênes est une survivante, mais surtout une vivante.
«On veut être parfait, tout contrôler, on se compare beaucoup… Arrêtons de nous prendre au sérieux et allons à l’essentiel, parce que de toute façon, et c’est l’ironie du sort, c’est la vie qui décide! », conclut avec un de ses rires formidablement contagieux celle qui n’a pas dit son dernier mot, ni libéré son dernier geste créateur…