Chronique : quatre ahurissements et un espoir

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Par Brigitte Lavoie
Chronique : quatre ahurissements et un espoir
Les policiers se sont rendus à Saint-Aimé-des-Lacs après le lancer du maillet.

C’est vendredi. Il neige, il pleut, on ne sait plus. Les super traversiers sont (encore) sur le carreau à Baie-Sainte-Catherine, les amis agriculteurs manquent de propane pour sauver les récoltes et la Bolivie s’enflamme. J’entends aussi toutes sortes d’histoires d’école qui me donnent envie de
pleurer… C’est moi ou ça va mal ?

En fait, la semaine dernière était une semaine étrange, dans laquelle espoir et ahurissement ont joué du coude. Commençons par l’ahurissement, puisque nous pourrons ainsi laisser l’espoir gagner la partie.

Ahurissement no 1 : je suis ahurie, comme plusieurs d’entre vous, devant ce qui s’est passé à la séance spéciale du conseil municipal de Saint-Aimé-des-Lacs. Dans mon ancienne vie de journaliste régionale, j’ai assisté à un nombre vertigineux de séances de conseil municipal et d’assemblées publiques. Si les discussions étaient
parfois vives, je n’ai jamais rien vu de semblable que ce groupe de coqs incapables de se discipliner et de laisser la mairesse diriger la séance. OK boomer ! Entre ça et une cour d’école, je choisis la cour d’école, là où grandit la génération la plus outillée en gestion de conflits de l’histoire de l’humanité. Ici pointe l’espoir. Si vous
montrez la vidéo de la séance du lancer du maillet à votre enfant du XXIe siècle, il est fort probable qu’il réagisse ainsi: «Ben non, tu ne peux pas faire ça ! C’est un manquement majeur! Est-ce que quelqu’un va appeler leurs parents ? Faut se gérer dans la vie!»

Ahurissement no 2 : la pénurie de propane. Des hôpitaux et des CHSLD menacés de manquer de chauffage parce que des travailleurs du CN sont en grève et que le propane reste en gare… Le mot rationnement circule, nous pourrions aussi manquer de farine, puisque les céréales aussi sont transportées par chemin de fer, des fermes aux usines de farine… Et ça prend aussi du propane chez le fermier, pour faire sécher le grain attendu à l’usine. La tranche de pain du petit- déjeuner, c’est à la fois le labeur et l’angoisse d’un agriculteur aux prises avec une fin de saison 2019 catastrophique, une usine qui a besoin de grains de qualité, séchés dans les temps, pour moudre la farine, un chemineau qui souhaite améliorer son sort, un boulanger qui attend sa farine, un vendeur de propane qui a besoin d’un train, une épicerie qui a besoin de pains, un citoyen qui veut manger des toasts. L’ahurissement, c’est de constater à quel point on mène notre petite vie sans s’émouvoir pour celles des autres, alors que nous sommes imbriqués tous ensemble et que l’équilibre est, au final, plutôt fragile. La réalité de l’opulence insouciante, made in Canada.

Ahurissement no 3 : la Bolivie. Les soulèvements populaires et les crises politiques qui se multiplient là-bas et ailleurs, font parler d’eux jusqu’ici. La crise politique paralyse le pays, des mamas pleurent leur fils et des amis y voient leur quotidien et leur vie bousculés et rêvent de calme et de paix. La paix. Un si petit mot, mais tellement grand pour ceux qui l’espèrent.

Ahurissement no 4 : La traverse Baie-Sainte-Catherine-Tadoussac. La semaine dernière, c’est un bris de bateau qui aurait causé la mauvaise manœuvre et entraîné la collision du Jos-Deschênes avec le quai, contraignant les responsables à interrompre le service, et du coup, la fermeture de la route 138 vers la Côte-Nord et le petit détour par le Saguenay. Encore une jolie réaction en chaîne avec chute organisée des dominos. L’idée du pont s’argumente presque toute seule…

Et pour finir, l’espoir. Il se passe parfois des choses bouleversantes dans les écoles et dans les vies des enfants. Le monde des adultes a ses hauts et ses bas alors que celui de l’enfance et de l’adolescence connait aussi ses soubresauts et ses drames. Mais l’espoir qui semble parfois faire défaut à l’univers complexe et égoïste des grands s’accroche à celui des petits. Un espoir comme un baume, appliqué ici et là par des enseignants, des intervenants et des professionnels armés d’un cœur. Qui œuvrent pour du meilleur, dans les limites du possible et sans changer le monde, mais souvent avec une délicatesse bienveillante qui réchauffe l’âme des témoins impuissants. Que j’admire ces adultes indulgents, empathiques, gentils et humains qui veillent sur les enfants, même sans en avoir l’air. Les gens de cœur ont la couenne dure, c’est bon pour l’espoir.

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