Salut, l’élu (e)

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Par Émélie Bernier
Salut, l’élu (e)

 

 

Quand vous lirez ceci, le sort des élections fédérales 2019 sera jeté. Vous saurez lequel des 7 candidats aura la tâche de mener le comté jusqu’aux prochaines. Peu importe qui sera ce candidat, même si comme tout un chacun, j’ai bien sûr ma préférence. Ces mots s’adressent à celui, ou plus vraisemblablement à celle, qui aura réuni le plus grand nombre d’adhérents.

Salut, l’élu (e)

Tu permets qu’on se tutoie? On va dire que oui… Au pire, tu me gronderas la prochaine fois. On risque de se revoir souvent dans les prochains mois, même si au moment d’écrire ces lignes, j’ignore qui tu es.

Alors, comment tu te sens? L’euphorie de la victoire doit s’être estompée un peu, j’imagine. C’est grisant, gagner. Ça, Loto Québec l’a bien compris. Elle fait son pain et son beurre de cette sensation.  Mais bon, Loto Québec, ce n’est pas dans ta cour, c’est dans celle de la belle province. Et c’est un tout autre sujet.

Revenons-en à tes moutons.

Car voilà,  tu es officiellement notre bergère. Bon, allez, j’assume que tu es du côté féminin de la force. Le contraire serait vraiment très étonnant!  Tiens, profitons-en pour saluer ces messieurs Bernier, Guertin, Briand et Parent. La course est terminée, j’espère que vous n’êtes pas trop essoufflés. Vous avez fait votre effort de guerre et ne serait-ce que pour ça, vous méritez mon respect. Se lancer dans une course qu’on sait perdue d’avance nécessite du courage et de la résilience, qualités qui s’ajoutent au don de soi invariablement lié à l’engagement politique. Chapeau bas. Aux candidates déchues aussi, je dis salut. Vous avez mené une campagne sans trop de coups bas, la tête haute et les idées d’abord. Si on exclue l’épouvantablement cacophonique débat, vous avez bien fait ça.

Et toi, la bergère des moutons de la côte nord du fleuve, entre Stadaconé et le fjord du Saguenay, te voilà adoubée. Maintenant que les vivats et les bravos se sont tus, il faut te mettre au travail. Première tâche? Rassembler ton troupeau divisé. Les petits moutons bleus d’un côté, les rouges de l’autre, les bleus fleur de lys gambadant dans les hauts, les verts dans la vallée, les indépendants, les orangés et les autres dispersés à hue et à dia : tu es la bergère de tous ces moutons-là et même des brebis égarées qui ne sont pas allées voter ni pour toi, ni pour un autre. Ce sont les plus coriaces à rameuter, celles-là. De vraies têtes de mules. Mais tu ne peux pas les laisser dans le champ pour autant.

Qui que tu sois, tu nous as fait tout un tas de promesses en campagne. De beaux mots fleuris, un plein bouquet de bonnes intentions. Maintenant, il faut livrer.

À toi de veiller à ce que les moutons travailleurs saisonniers n’aient plus à s’inquiéter de s’enfarger dans le trou noir.

À toi d’empêcher qu’on détruise les prairies où paissent tes brebis et les cours d’eau où elles s’abreuvent à grands coups de forages, de pipelines et de ports méthaniers (GNL? Non merci!).

À toi aussi d’accueillir les transhumances dans la dignité et de faciliter l’intégration des nouveaux arrivés car nous avons grand besoin de moutons motivés à s’investir dans nos milieux et nos entreprises.

D’où viens-tu, bergère? Peu importe! C’est où tu vas qui compte à partir de maintenant. Tu as été choisie par la majorité, mais n’oublie pas que les idées des autres candidats bergers ont de la valeur. Ce n’est pas faible de s’en inspirer, au contraire.

Et si tu leur tendais la main?  Ce serait sans aucun doute une nouveauté, mais il me semble que tout le troupeau y gagnerait. Diviser pour mieux régner, c’est un concept qui a fait son temps.

Tu es la bergère de tout un comté, pas seulement de ceux qui ont voté pour toi.

Sur ce, bon mandat!

 

P.S. Au moment de rédiger cette chronique, le résultat de l’élection du 21 octobre n’était pas connu.

 

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