Commercialisation du gibier sauvage: les détracteurs se prononcent

Par Emelie Bernier 12:00 AM - 02 avril 2014
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L’annonce par le gouvernement québécois du projet pilote de commercialisation dans une douzaine de restaurants québécois ne fait pas que des heureux. Le Regroupement contre la commercialisation du gibier sauvage veut faire entendre une autre voix, celle des chasseurs qui craignent les impacts négatifs des suites du projet. 


« À travers le temps, il n’y a jamais eu de gouvernement qui a eu la capacité de faire une gestion saine de la ressource naturelle », lance sans ambages Carlo Harrietha, fondateur du regroupement et chasseur passionné. Si le projet pilote concerne 5 espèces, soit l’écureuil, le rat musqué, le castor, le chevreuil et le lièvre, c’est davantage le chevreuil qui cause problème selon lui. «La chasse est une immense économie pour le Québec, un demi milliard de $ par an. Nous, on prend les permis pour pratiquer notre passion et quand on chasse, on étudie les habitats, les habitudes. Il y a une différence entre un droit et un privilège. Être chasseur nous donne le privilège de manger l’animal qui est libre », estime M. Harrietha.


Selon lui, la « mode » du gibier pourrait avoir des impacts terribles sur la ressource. « Tout le monde est à la recherche de consommer consciencieusement, le vert est très payant. Il va y avoir un marché et très grand. Là, on parle de 10 chefs qui ont le droit de servir du gibier sauvage dans leurs restos, mais une fois que le  projet pilote va être terminé, ils n’auront pas le choix d’ouvrir ça à tous les restaurateurs, les épiceries fines…Et la demande va grandir. Où est ce qu’ils vont aller chercher leurs chevreuils? C’est là qu’est la clé. Ce combat là c’est pas pour aujourd’hui,  c’est à long terme », lance-t-il, intarissable sur le sujet.


Dans Charlevoix, ses propos trouvent un écho, notamment chez Gilles Quintin, pourvoyeur. « On est surpris que les grandes fédérations comme la table faune n’ait jamais été consultées. Il y a plein de fausses informations. Ce n’est pas vrai que 75% de la viande est gaspillée. On se pose beaucoup de question aussi sur le contrôle. Comment le MAPAQ va contrôler tout ça, va inspecter  la viande? On craint le braconnage et les excès »,  avance M. Quintin.  Le flou autour du projet de loi l’irrite. « On dit que ce sera durant la saison de la chasse. Dans la zone 27, la chasse dure 10 jours, mais à Anticosti, elle dure 4 mois! Que quelqu’un qui a plus ou moins de connaissances là dedans parte un projet, ça nous « bogue»», poursuit-il.


Carlo Harrietha est plus virulent. Si les restos veulent servir du cerf de Virginie, ils ont juste besoin d’aller vers les fermes cynégétiques au lieu de commencer à épuiser une ressource naturelle en créant un marché qui n’existe nulle part en Amérique du Nord. C’est très accessible, vous allez créer de l’emploi et vous n’allez pas jouer dans les plates bandes des chasseurs! », s’enflamme-t-il, prêt à prendre son bâton de pèlerin pour que le projet pilote ne dépasse jamais cette étape.

« On n’est jamais contre le développement, il y a des façons de le faire et je pense que les priorités ne sont pas à la bonne place », de conclure Gilles Quintin.

 

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