La guerre tarifaire s’invite dans les galeries d’art de la région

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Par Jérôme Gagnon 3:00 PM - 24 août 2026
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La Galerie d'art Annick Perron à Baie-Saint-Paul  Photo Félix Côté | Le Charlevoisien

Dans Charlevoix, notamment à Baie-Saint-Paul, les œuvres d’art se retrouvent bien malgré elles au cœur de la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis. Les créations canadiennes font désormais partie des produits pouvant être frappés d’un droit de douane américain de 50 %, une nouvelle réalité qui commence à inquiéter galeries et artistes.

À la Galerie Iris de Baie-Saint-Paul, les clients américains représentent entre 10 et 15 % de la clientèle. Pour son propriétaire, Stéphane Bouchard, l’impact ne se mesure toutefois pas uniquement au nombre de tableaux qui traversent la frontière.

« Ce qui me peine le plus, c’est pour l’ensemble des PME ici. Si ces gens-là ne font pas de sous, n’achètent pas nos œuvres, ça crée de la morosité et on sera touché », explique-t-il au téléphone ce lundi.

Il trouve également difficile à comprendre que les œuvres d’art aient été placées dans le viseur américain.

« C’est vraiment incroyable de toucher aux œuvres d’art. Je ne vois pas en quoi ça protège leur marché », lance-t-il.

Pour l’instant, les effets sont encore difficiles à mesurer. Plusieurs clients américains ne seraient même pas au courant des nouvelles règles. Stéphane Bouchard raconte d’ailleurs une scène qui résume bien cette période d’incertitude.

La semaine dernière, un client américain est venu acheter une œuvre à la Galerie Iris.

« On avait vraiment hâte qu’il arrive chez lui avant samedi. Ça va être un gros travail de sensibilisation. Il va falloir les convaincre, notamment avec notre taux de change », anticipe le galeriste.

La situation fait aussi réagir Vincent Beauchamp, propriétaire des Galeries d’art Beauchamp, qui comptent notamment une adresse à Baie-Saint-Paul. Dans des propos rapportés dans La Presse, il qualifie la mesure d’incompréhensible.

Pour son entreprise, l’enjeu est loin d’être théorique. Près de 30 % de ses activités seraient liées au marché américain, soit environ 2 millions $ de chiffre d’affaires. Une œuvre vendue 20 000 $ pourrait, par exemple, entraîner 10 000 $ de droits supplémentaires.

Des artistes pris dans la même toile

La nouvelle réalité dépasse aussi les galeries. Les artistes qui souhaitent présenter leurs œuvres aux États-Unis doivent désormais calculer le coût du passage à la frontière.

L’artiste visuelle, Isabelle Bouchard, devait se rendre à New York cette semaine pour une exposition solo à Artifact Projects. Douze de ses œuvres allaient  y être présentées du 2 au 20 septembre. Cette dernière  est membre fondatrice de L’Expo du Plateau des Arts à Petite-Rivière-Saint-François.

La valeur déclarée de ses œuvres atteint 16 110 $ US. Si le tarif de 50 % devait s’appliquer, plus de 8 000 $ US pourraient être exigés à la frontière, avant même qu’une seule toile soit vendue.

À moins d’un changement législatif de dernière minute, l’artiste devra donc annuler sa présence à New York.

Pour Isabelle Bouchard, cette situation est particulièrement difficile à accepter. Cette exposition représentait une étape importante dans son parcours, puisqu’il s’agissait d’une consécration attendue depuis plusieurs années.

« C’était une consécration pour moi. C’était un contrat que j’avais signé en 2022 avec une galerie dans laquelle j’avais été sélectionnée », explique-t-elle en entrevue.

L’artiste dit se sentir impuissante devant une situation qui, selon elle, pénalise directement le milieu culturel. Elle estime avoir toujours fait le choix de demeurer fidèle à sa démarche artistique, sans chercher à rendre son travail plus commercial.

« Je suis fière de ne pas être commerciale et de rester authentique dans ma démarche, mais aujourd’hui, je me retrouve frappée par une loi comme celle-là. C’est l’art et la culture qui en paient le prix », déplore-t-elle.

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