Aire protégée pour le caribou : Groupe Lebel craint pour l’avenir de son usine
Les caribous adorent se nourrir de lichen. Photo Johannie Gaudreault
Le projet gouvernemental visant à mettre en réserve près de 1 900 km² de territoire pour protéger le caribou forestier de Charlevoix suscite de nouvelles inquiétudes dans le milieu économique régional. Groupe Lebel prévient que les restrictions envisagées pourraient fragiliser davantage l’approvisionnement de son usine de Saint-Hilarion et, éventuellement, menacer des emplois.
« On est préoccupés et inquiets pour nos opérations, mais aussi pour nos travailleurs », affirme Pierre-Olivier Morency, directeur croissance et innovation chez Groupe Lebel.
L’entreprise exploite à Saint-Hilarion la dernière scierie de bois résineux de Charlevoix. Selon M. Morency, l’usine éprouve déjà des difficultés à obtenir suffisamment de matière première pour fonctionner à pleine capacité. La soustraction éventuelle de nouveaux territoires à l’aménagement forestier ajouterait donc une pression supplémentaire sur ses activités.
« Une usine de sciage qui n’a pas de bois pour opérer ou qui n’a pas les volumes suffisants finit inévitablement par fermer. Les travailleurs ont raison d’être inquiets.»

Des répercussions encore difficiles à mesurer
Groupe Lebel ne possède toutefois pas encore les données nécessaires pour évaluer précisément les pertes potentielles de volumes forestiers. L’entreprise rappelle que le projet demeure, pour le moment, une intention gouvernementale et qu’aucune décision définitive n’a été communiquée.
L’incertitude est accentuée par l’appel à projets d’aires protégées actuellement mené dans Charlevoix. L’entreprise cherche à comprendre l’effet combiné de ces différentes initiatives sur son approvisionnement. « On n’a pas encore une vue complète de ces deux possibilités sur nos approvisionnements. Tout ça mis ensemble ajoute un niveau d’incertitude sur nos opérations », explique Pierre-Olivier Morency.
Selon les informations rapportées à Groupe Lebel par l’un de ses forestiers, environ 78 % du territoire charlevoisien serait déjà soustrait à l’aménagement forestier, notamment en raison des contraintes géographiques et des différents usages du territoire. L’entreprise estime donc que sa marge de manœuvre est déjà limitée.
Pierre-Olivier Morency refuse néanmoins d’affirmer que l’industrie forestière sera sacrifiée au profit de la protection du caribou, puisque les modalités finales du projet ne sont pas encore connues. Groupe Lebel prévoit d’attendre les précisions gouvernementales et le rapport attendu cet automne avant de mesurer les conséquences réelles.
Plusieurs acteurs attendent des réponses
Groupe Lebel n’est pas le seul acteur économique à réclamer davantage de détails. La mine SITEC demeure également dans l’attente d’informations sur les limites du territoire et sur les activités qui pourraient y être permises.
Les clubs de motoneige et de VTT espèrent eux aussi que leurs préoccupations seront considérées. Les restrictions potentielles pourraient avoir des répercussions sur certains sentiers, leur entretien et le développement des réseaux récréotouristiques. Pour le moment, ces organisations estiment ne pas être directement représentées à la table de discussion. Hormis les MRC, aucune organisation ne porterait véritablement la voix de l’ensemble des utilisateurs récréatifs concernés par le projet.
La MRC de Charlevoix avait d’ailleurs déjà demandé au gouvernement de préciser les limites du territoire proposé ainsi que les conséquences possibles pour la chasse, la pêche, les sports motorisés et la villégiature.
Une table régionale réclamée
Groupe Lebel souhaite participer à la table régionale de concertation proposée par le maire de Saint-Hilarion, Patrick Lavoie, afin que les enjeux forestiers soient pleinement considérés dans les discussions. « Nous avons répondu présents. Nous allons être là pour parler de nos enjeux, comme nous l’avons fait dans le passé, avec l’intention de continuer à opérer dans la région », indique M. Morency.
L’entreprise n’appelle pas directement la population à se mobiliser, mais insiste sur l’importance pour les travailleurs, les élus, les industries et les utilisateurs du territoire d’obtenir rapidement un portrait complet du projet.
Pour Groupe Lebel, la protection du caribou doit être accompagnée d’une analyse claire de ses conséquences économiques. Sans données précises sur les volumes forestiers qui pourraient être retranchés, l’entreprise juge impossible de déterminer si l’usine de Saint-Hilarion disposera encore d’un approvisionnement suffisant pour poursuivre ses activités à long terme.
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Groupe Lebel ne connait pas toutes les données mais menace déjà de fermeture.
La campagne de peur est débutée. La forêt de Charlevoix se fait écrémer depuis un siècle mais ce n’est jamais assez. Développer une foresterie moins invasive, adaptée aux nouvelles réalités territoriales ainsi que créatrice d’emplois et de prospérité ça se peut. On est plus dans les années 60. En même temps la Réserve de la biosphère de Charlevoix entreprend des démarches pour renouveler son statut chers élus. Mérite ou mérite pas?