Chronique

Charlevoix devient-elle un laboratoire à ciel ouvert?

Par Félix Côté 5:00 AM - 1 août 2026
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(Courtoisie: INRS) Jean-Benoit Legault

Quelque chose est en train de s’arrimer dans Charlevoix. On parle beaucoup de recherche, de science et d’enseignement supérieur. Trop souvent pour que ce soit une simple coïncidence.

Le Centre Ruralités durables de l’INRS s’installe à Baie-Saint-Paul. Un terrain lui a été cédé derrière Maison Mère pour construire ses installations permanentes. Ses premiers professeurs travailleront sur la participation citoyenne, les chaînes d’approvisionnement et l’épidémiologie rurale.

Aux Éboulements, Peupliers Charlevoix veut faire de la région le premier ” territoire bioconnecté ” du Québec. Avec l’Université Laval et Génome Québec, l’organisme étudiera la signature microbiologique et génomique des sols. On connaît le caractère des Charlevoisiens. On veut maintenant savoir si leur terre en a un aussi.

À La Malbaie, l’Espace Hubert-Reeves veut rapprocher les sciences de la Terre, l’astronomie, les chercheurs et la population. La Région de biosphère offre déjà un terrain propice à la recherche environnementale. Le Centre d’études collégiales est implanté depuis longtemps. L’Université du troisième âge propose des cours. Et Charlevoix-Est envisage maintenant d’attirer des formations universitaires au Campus Charlevoix, puis à la Maison Warren.

Ces projets sont-ils tous directement liés? Non. Pointent-ils dans la même direction? Assurément.

Pourquoi Charlevoix attire-t-elle autant?

Parce que la région réunit énormément de réalités dans un petit territoire : fleuve, montagnes, forêts, agriculture, tourisme, population vieillissante, éloignement, pénurie de main-d’œuvre, problèmes de transport et accès limité à certains services. Pour un chercheur, c’est presque un buffet à volonté.

Charlevoix est-elle représentative de tout le Québec? Non. Elle est plus rurale, plus âgée et plus dépendante du tourisme que la moyenne provinciale. Étudier 300 Charlevoisiens ne permettrait donc pas de parler automatiquement au nom de huit millions de Québécois.

Est-ce que cela diminue son intérêt? Pas du tout.

La région peut devenir un échantillon particulièrement révélateur des réalités rurales québécoises. Elle est assez petite pour suivre les transformations de près, mais assez diversifiée pour étudier plusieurs phénomènes : adaptation climatique, vieillissement, santé rurale, achat local, occupation du territoire, participation citoyenne et rapports entre développement et environnement.

Il existe aussi un autre avantage : la proximité. Ici, les chercheurs peuvent parler rapidement aux élus, aux agriculteurs, aux entrepreneurs, aux organismes et aux citoyens. Dans Charlevoix, tout le monde connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un. Ce qui est parfois agaçant dans la vie privée devient très pratique lorsqu’on cherche un échantillon.

Sommes-nous déjà un pôle de recherche québécois? Pas encore.

Un véritable pôle ne se construit pas seulement avec des annonces, des intentions et des bâtiments projetés. Il faut des chercheurs permanents, des étudiants, des budgets, des travaux publiés et des collaborations durables. Il faut surtout que les connaissances produites ici reviennent vers la population au lieu de repartir vers Québec dans le coffre d’une voiture.

Mais les fondations sont là. L’INRS apporte la recherche permanente. Peupliers Charlevoix développe des partenariats scientifiques. La biosphère fournit le territoire. L’Espace Hubert-Reeves pourrait diffuser les connaissances. Les projets universitaires peuvent attirer et retenir des étudiants.

Que manque-t-il? Un fil conducteur.

Ces initiatives doivent se parler. Sinon, Charlevoix aura plusieurs beaux projets scientifiques travaillant chacun dans son rang. Pour devenir un véritable pôle, la région doit créer un écosystème commun.

Charlevoix a longtemps vendu ce qu’on pouvait y voir. Elle commence maintenant à comprendre la valeur de ce qu’on peut y observer.

La région a été façonnée par une météorite. Quelques centaines de millions d’années plus tard, elle pourrait bien devenir un point de chute pour les chercheurs.

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Anne Jean
Anne Jean
15 jours il y a

Et la question est « À quoi ce remue ménage servira concrètement et surtout à qui?

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