Par Patrice Bergeron
CHARLOTTETOWN — Le Canada est dans une « position plus forte actuellement qu’au début de la guerre commerciale avec les États-Unis », a assuré le premier ministre Mark Carney jeudi devant ses homologues provinciaux réunis à Charlottetown, trois jours après l’annonce de la plus récente série de sanctions économiques des États-Unis.
La première ministre Christine Fréchette devait rencontrer M. Carney jeudi et elle a formulé ses exigences, notamment un « plan clair » de négociations.
Elle a refusé d’accorder des mêlées de presse aux médias mercredi et jeudi, mais elle a pris le temps de préparer une allocution filmée avec le vidéaste du gouvernement où elle a fait part de ses demandes au fédéral.
Tout comme son homologue ontarien Doug Ford, elle demande donc à Ottawa d’avoir accès à la feuille de route, un « plan clair » de négociations.
Elle demande aussi à ce que « les intérêts du Québec soient pleinement pris en compte » en ce qui concerne sa spécificité culturelle ainsi que la gestion de l’offre en matière agricole.
Elle réclame aussi à Ottawa des mesures d’aide aux entreprises et aux travailleurs dans l’éventualité où les nouveaux droits de douane américains les toucheraient.
« Nous sommes en meilleure position en raison de la détermination des Canadiens eux-mêmes », a plaidé M. Carney dans son discours pour justifier que le pays s’en tirait mieux maintenant qu’au début des affrontements avec l’administration Trump il y a 18 mois.
Les droits de douane annoncés par Donald Trump frapperont 28 milliards $ d’exportations canadiennes à compter du 19 août, mais M. Carney a fait valoir que le pays a multiplié les partenariats et missions économiques et renforcé son économie intérieure et ses infrastructures.
Il n’a jamais évoqué de nouvelles représailles visant les États-Unis.
« Nous sommes en train de bâtir un réseau commercial qui fait l’envie du monde », avec l’accès à 1,5 milliard de consommateurs grâce à 16 accords de libre-échange supplémentaire avec 51 pays, a fait valoir le premier ministre.
Il a également évoqué son objectif de renforcer le réseau de transport d’électricité pancanadien. Or le Québec veut justement faire financer une future ligne de transmission électrique pour ses projets de centrales hydro-électriques additionnelles sur le fleuve Churchill au Labrador, en partenariat avec Terre-Neuve-et-Labrador.
M. Carney est toutefois resté silencieux sur une des revendications principales des provinces, soit accroître le financement fédéral en santé, qui atteindra bientôt un plancher historique à environ 21 % alors que les besoins ne cessent d’augmenter et qu’Ottawa a déjà couvert 50 % des dépenses autrefois.
Après deux jours de réunion à Charlottetown mardi et mercredi, les premiers ministres des provinces attendaient impatiemment l’arrivée du chef du gouvernement fédéral jeudi pour convenir d’une stratégie commune de riposte aux États-Unis et des divergences se dessinent sur la marche à suivre.
Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, est apparu comme un faucon qui souhaite que le Canada frappe encore plus durement les États-Unis en surtaxant l’énergie, l’exportation de l’électricité et des produits pétroliers dont les Américains ont besoin.
En mêlée de presse jeudi, il a exigé une « stratégie forte » de la part de M. Carney, mais n’a pas voulu préciser quelles étaient ses exigences pour cette stratégie.
Ses collègues des autres provinces semblent plus réticents à y aller de représailles visant les Américains et la première ministre Christine Fréchette a fait remarquer plus tôt cette semaine que les mesures prises par le Canada auparavant n’avaient vraisemblablement pas réussi à apaiser l’administration Trump.
La première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, a affirmé que l’objectif du sommet de jeudi était de concevoir une « stratégie unifiée ».
Elle a assuré que les premiers ministres n’étaient pas divisés même si les médias rapportaient autre chose.
Le premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Rob Lantz, qui s’est également adressé aux médias avant de se rendre à un déjeuner avec les autres premiers ministres provinciaux, a appelé à une approche « offensive » dans les négociations commerciales avec les États-Unis.
« Mettons tout sur la table, finissons-en », a soutenu M. Lantz.
Cette réunion des premiers ministres intervient quelques jours seulement après que le président américain, Donald Trump, eut signé des décrets imposant des droits de douane de 50 % sur divers produits canadiens, allant des bâtons de hockey au miel, en passant par le ciment.
Les responsables de l’administration Trump affirment que ces droits de douane, qui entreront en vigueur le 19 août, constituent une riposte aux interdictions provinciales visant les alcools américains, au système canadien de gestion de l’offre dans le secteur laitier et aux quotas imposés sur certains véhicules américains.
Les premiers ministres provinciaux ont appelé M. Carney et ses négociateurs à redoubler d’efforts pour apaiser les tensions commerciales et œuvrer au renouvellement de l’accord de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique.
Mais les 13 dirigeants provinciaux et territoriaux du pays viendront également à la table de négociations avec leurs propres demandes, notamment pour qu’Ottawa augmente le financement fédéral des soins de santé et accélère l’approbation des grands projets.
Cette rencontre entre les premiers ministres et M. Carney intervient à l’issue d’un sommet du Conseil de la fédération de trois jours organisé à Charlottetown par M. Lantz.
— Avec la contribution d’Eli Ridder
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