À quelques mois des élections générales au Québec, le président de l’Association des médecins omnipraticiens de Québec (AMOQ), le Dr Pascal Renaud, demande aux formations politiques de cesser de faire des médecins de famille un enjeu électoral.
Selon lui, le débat public détourne trop souvent l’attention des véritables causes de la pénurie, alors que le Québec compte toujours près de 2 000 médecins (leur estimation) de famille de moins que nécessaire.
« On espère que la médecine ne sera pas encore une fois un enjeu politique. Les médecins ont souvent l’impression d’être utilisés. Quand le système ne fonctionne pas, on met ça sur le dos des médecins », affirme-t-il.
Le Dr Renaud rappelle que la santé occupe une place centrale dans les campagnes électorales depuis des décennies, sans que les problèmes structurels soient résolus.
« J’ai 50 ans et, à chaque campagne électorale dont je me souviens, la santé a toujours été un enjeu majeur. Pourtant, il manque encore environ 2 000 médecins de famille au Québec », souligne-t-il.
Le président de l’AMOQ estime que les décisions et les prises de position du gouvernement au cours des dernières années ont également nui à l’attractivité de la médecine familiale. Il cite notamment les débats entourant le projet de loi 2 qui, selon lui, ont laissé des traces importantes au sein de la profession.
« Les médecins ont été profondément choqués. Il demeure une certaine rancœur chez plusieurs. Nous avons réussi à faire retirer plusieurs éléments avec lesquels nous étions en profond désaccord, mais les conséquences sont encore présentes », dit-il au bout du fil.
Selon lui, certains médecins ont finalement choisi de demeurer au Québec, mais d’autres avaient déjà pris leur décision. La majorité (des départs) ont choisi de devancer leur retraite, tandis que certains ont quitté le Québec, dont un médecin de Charlevoix parti pratiquer au Nouveau-Brunswick afin d’exprimer son mécontentement. Ces départs ont contribué à accentuer la pénurie et à fragiliser le réseau.
« On le voit déjà dans certaines régions, notamment à Portneuf cet été, où l’urgence du CLSC de Saint-Marc-des-Carrières est fermée la nuit, de 21 h à 8 h, en raison d’un manque de personnel. Pour plusieurs médecins, la décision était déjà prise », ajoute-t-il.
Ses propos font écho aux témoignages recueillis récemment par Le Charlevoisien auprès des médecins de la région. Ceux-ci avaient communiqué avec notre rédaction pour dénoncer une charge de travail qu’ils jugent de plus en plus difficile à soutenir.
Plusieurs se disaient à bout de souffle, évoquant des semaines bien au-delà des heures normales, la pression constante liée au manque d’effectifs et la difficulté de maintenir un équilibre entre leur vie professionnelle et personnelle. Certains craignaient même que cette réalité finisse par décourager la relève et accentuer les difficultés de recrutement dans les régions comme Charlevoix.
Et la suite ?
Le problème se manifeste également dans les facultés de médecine. Le Dr Renaud souligne qu’une centaine de postes de résidence en médecine familiale demeurent vacants, contrairement aux autres spécialités, qui réussissent généralement à pourvoir tous leurs postes.
Il rappelle qu’avant le dépôt du projet de loi 2, un sondage réalisé auprès d’étudiants en médecine à l’Université de Sherbrooke révélait que 76 % d’entre eux avaient une opinion favorable de la médecine familiale. Après l’adoption du projet de loi, cette proportion serait tombée à 25 %.
« Pour répondre aux besoins de la population, il faudrait qu’environ 55 % des finissants choisissent la médecine familiale. En ce moment, nous sommes sous la barre des 50 %. Et, pour plusieurs, ce n’était même pas leur premier choix », affirme-t-il.
Le président de l’AMOQ soutient pourtant que les études démontrent qu’un réseau de première ligne solide améliore les résultats de santé tout en réduisant les coûts du système.
Il estime également que les médecins de famille compensent déjà largement par leur charge de travail.
« En moyenne, un médecin de famille travaille une cinquantaine d’heures par semaine au Québec. Les messages négatifs et le dénigrement constant n’aident pas. Il existe aussi un écart de rémunération d’environ 40 % avec plusieurs autres spécialités », soutient-il.
Pour améliorer le recrutement, le Dr Renaud plaide notamment pour une plus grande liberté dans le choix du lieu de pratique.
« Si on redonnait davantage de flexibilité aux médecins de famille, je suis convaincu qu’on aurait beaucoup plus de chances de combler les quelque 100 postes de résidence actuellement vacants », conclut-il.
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