Le trésor caché de Charlevoix, la batture aux Alouettes
Peu d’endroits permettent d’observer autant d’espèces différentes d’oiseaux en même temps. C’est ce qu’on appelle « Un trésor caché ».
Tel que le titre de cette chronique l’indique, pour les observateurs d’oiseaux, Baie-Sainte-Catherine est véritablement un trésor caché, un trésor ornithologique.
C’est un peu normal étant donné la situation géographique de la municipalité, située à l’embouchure du Saguenay, en plein centre de la route de migration des oiseaux.
Tous les oiseaux qui passent l’été au Nord de Tadoussac, jusqu’au Labrador, n’ont d’autre route pour retourner dans le Sud que celle qui passe par Baie-Sainte-Catherine, au-dessus de la batture aux Alouettes. On sait qu’ils sont des millions car l’OOT (Observatoire des Oiseaux de Tadoussac, situé juste à côté) en fait le décompte lors des migrations du printemps et de l’automne.
Pourquoi emprunter cette route ? À cause du Saint-Laurent. Plus précisément à cause du golfe St-Laurent. En aval de Tadoussac, les rives de notre fleuve s’éloignent l’une de l’autre, rendant la traversée du plan d’eau plus périlleuse pour les oiseaux. Canards, bruants, parulines, rapaces, oiseaux de rivages, toutes ces espèces décident chaque automne de retourner à la chaleur. Les oiseaux quittent leur aire de nidification nordique et se dirigent vers l’appel du Sud. Mais en arrivant à Natashquan, Sept-Îles, Port-Cartier, Baie-Comeau, ils se heurtent au golfe. Au lieu de traverser vers une rive lointaine qu’ils ne peuvent que deviner, ils décident de longer la côte pour trouver un endroit plus propice pour traverser le Saint-Laurent. Cet endroit, c’est l’embouchure du Saguenay. Entre Tadoussac et Baie-Saint-Paul, les distances entre les deux rives du fleuve sont courtes, et de nombreuses îles y sont présentes. On voit la rive Sud, Charlevoix sert de tremplin pour rejoindre l’autre rive.

À Tadoussac, sur les dunes de sables surplombant le Saint-Laurent, les biologistes les comptent, en capturent plusieurs dans des filets, les baguent, les étudient, les relâchent.
Prochaine destination pour nos migrateurs : la batture aux alouettes, juste devant, tout près, invitante, un immense garde-manger pour plusieurs espèces d’oiseaux migrateurs. Pour les amateurs d’oiseaux, le village de Baie-Sainte-Catherine est souvent éclipsé par la renommée maintenant mondiale de Tadoussac et de l’OOT. C’est bien dommage car la batture aux Alouettes offre des possibilités d’observation qui sont, selon moi, supérieures aux dunes. Tous les oiseaux migrateurs survolent les dunes, mais c’est sur la batture d’en face qu’ils se reposent et prennent un bon repas. Les marées apportent continuellement leur apport de nutriments.
C’est pourquoi l’endroit, dès le début d’août, accueille autant de grèbes, plongeons huards, garrots, harles, goélands, sternes, canards, bécasseaux, chevaliers, la liste est longue, très longue. On y rapporte plus de 211 espèces dans eBird. C’est plus qu’aux dunes de Tadoussac qui en a rapporté environ 165. Aux Dunes, c’est la grande concentration d’oiseaux, à certains moments de l’année, qui fascine. À Baie-Sainte-Catherine, c’est la variété qui impressionne, et ce 12 mois par année.


Les falaises environnantes, les lisières forestières, la forêt boréale, la batture vaseuse, les champs salins, et particulièrement la rivière aux Canards, tous ces milieux offrent une variété d’habitats différents qui accueillent chacun leurs propres oiseaux. Des sentiers de randonnée permettent d’explorer ces habitats sans devoir parcourir de grandes distances.
Soyez toujours à l’affut car le busard des marais et le pygargue à tête blanche patrouillent régulièrement ces habitats, le premier au-dessus des champs, le second survolant la batture.

Chaque saison permet d’y vivre une expérience différente : au printemps, c’est la folie migratoire, l’été est la période de reproduction qui se déroule lentement devant nous, l’automne est le théâtre de rassemblements massifs, et l’hiver est un éloge aux espèces qui surmontent les rigueurs d’un climat souvent implacable. L’hiver est également le moment d’y observer parfois des raretés, comme les lagopèdes l’hiver dernier, ou le harfang des neiges.


N’hésitez pas à vous rendre à Baie-Sainte-Catherine pour explorer l’endroit pendant quelques heures. Au-delà des oiseaux, le paysage y est inspirant, calmant, grandiose. Par surcroit, la brise du fleuve saura vous soulager momentanément des grandes chaleurs d’été. Baie-Sainte-Catherine possède d’ailleurs tous les atouts pour devenir une destination incontournable pour les ornithologues d’ici et d’ailleurs.
Si vous ne connaissez pas déjà Baie-Sainte-Catherine, la municipalité y tient une journée porte ouverte jeudi le 23 juillet. Une sortie aux oiseaux, guidée par Jessé Roy-Drainville, (Guide-biologiste de l’OOT) se tiendra de 7 h 30 à 10 h.
Une conférence sera par la suite donnée à la vieille église par Claude Dallaire. Claude est un conférencier de renom qui fera découvrir la riche histoire humaine et géologique de sa municipalité.
Toutes ces activités sont gratuites et toute la population de Charlevoix est invitée.
J’espère vous y rencontrer.
Bonnes observations.
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