L’intelligence artificielle : un outil à apprivoiser pour les entreprises
Intelligence à portée de main, les entreprises veulent éviter le rattrapage. Photo Félix Côté
L’intelligence artificielle transforme progressivement les façons de travailler des entreprises, mais pour les conseillères en développement économique de la MRC de Charlevoix, il ne faut pas perdre de vue un principe fondamental : l’outil ne remplacera jamais l’humain.
« Ça peut accélérer certaines tâches, permettre d’aller chercher de l’information rapidement et soutenir la réflexion, mais ça ne remplacera jamais la connaissance du marché ni la passion derrière un projet », résume Claudine Labrie, conseillère en développement économique.
Depuis l’arrivée des outils d’IA générative, les intervenants du développement économique constatent une utilisation croissante de ces technologies, notamment lors de la préparation de plans d’affaires. « On voit parfois des documents qui se ressemblent beaucoup. Il y a une structure qui revient souvent et qui peut faire perdre un peu la couleur du projet », observe Mme Labrie.
Selon elle, l’IA peut toutefois représenter une porte d’entrée intéressante pour les entrepreneurs qui disposent de moins de ressources ou d’expérience.
« Quelqu’un qui n’aurait jamais été capable de produire un premier jet peut maintenant avancer plus rapidement. Mais il faut toujours se demander si l’information s’applique réellement à son projet et à son marché», ajoute-t-elle.
Un outil qui exige du jugement
Les deux conseillères établissent un parallèle avec le recours à des consultants externes. « Dans le passé, on voyait parfois des promoteurs arriver avec un plan d’affaires rédigé par quelqu’un d’autre. Lorsqu’on leur demandait d’expliquer leurs chiffres, ils n’étaient pas capables de les défendre. Avec l’IA, c’est un peu le même principe », explique Mme Labrie.
Pour elles, un projet d’entreprise ne repose pas uniquement sur des données ou des modèles. L’entrepreneuriat demeure avant tout une aventure humaine. « Une entreprise, ça part d’une passion, d’une idée et d’un besoin à combler. Si tu demandes simplement à l’IA de te proposer un projet sans que ça te corresponde réellement, ça risque d’être difficile à faire vivre sur le long terme », souligne-t-elle.
Les conseillères ne constatent d’ailleurs pas d’explosion du nombre d’entrepreneurs liée directement à l’intelligence artificielle. « L’entrepreneuriat reste exigeant. Ça demande du temps, de l’investissement et beaucoup d’engagement personnel », rappelle Mme Labrie.
Une question de visibilité
Même les entreprises qui n’utilisent pas directement l’intelligence artificielle dans leurs opérations ont avantage à s’y intéresser, estiment les conseillères.
Dans le secteur touristique, par exemple, les habitudes des consommateurs évoluent rapidement. « Les gens utilisent de plus en plus l’IA pour planifier leurs voyages ou leurs vacances. Les entreprises doivent réfléchir à leur présence numérique pour être visibles lorsque ces recherches sont effectuées », explique Mylène Armstrong, conseillère en développement économique.
Pour elle, l’enjeu dépasse largement la simple automatisation des tâches. « Il faut comprendre comment les consommateurs utilisent ces outils et comment les entreprises peuvent se positionner dans ce nouvel environnement. »
Curiosité et vigilance
À la MRC, plusieurs formations et conférences ont déjà été offertes afin d’aider les intervenants et les entrepreneurs à mieux comprendre ces nouvelles technologies.
Les conseillères rappellent toutefois que le développement de l’intelligence artificielle progresse à une vitesse fulgurante. « Un conférencier nous disait récemment qu’il devait revoir sa formation presque chaque semaine parce que les outils évoluent tellement vite », raconte Mme Armstrong.
Dans ce contexte, elles invitent les entrepreneurs à adopter une posture d’ouverture, sans tomber dans l’excès. « Il faut être curieux, explorer et essayer des choses, mais aussi rester vigilant », affirme-t-elle.
Selon les deux conseillères, le plus grand risque serait de perdre l’expertise humaine au profit de l’automatisation. « L’IA doit venir bonifier nos capacités, pas les remplacer », insiste Mme Armstrong. « Que ce soit pour les entreprises, les organisations ou les individus, l’objectif doit être d’ajouter de la valeur et non de réduire notre capacité à réfléchir et à analyser. »
Pour elles, l’intelligence artificielle demeure avant tout un outil. Comme n’importe quel autre outil, sa valeur dépendra toujours de la compétence et du jugement de la personne qui l’utilise.
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