Le gouvernement du Québec fait un pas en arrière dans le dossier des quais de la traverse de L’Isle-aux-Coudres, dans l’objectif de faire deux pas devant.
Après avoir suspendu son dossier d’opportunité et mis sur pause plusieurs années d’analyses, Québec annonce maintenant une nouvelle étude de faisabilité qui devra déterminer si une route reliant la route 362 au secteur de Cap au Diable peut être réalisée.
Cette nouvelle étape reporte encore la décision finale sur l’emplacement des futurs quais, alors que les infrastructures actuelles ont déjà atteint leur fin de vie utile. « Les quais ont atteint leur fin de vie. Il n’y a aucune ambiguïté là-dessus. Ils devront être reconstruits. La question est maintenant de savoir où », a résumé la députée de Charlevoix–Côte-de-Beaupré, Karianne Bourassa.
Selon elle, le gouvernement ne dispose toujours pas de toutes les données nécessaires pour comparer équitablement les scénarios. « Pour prendre une décision responsable, il faut avoir toutes les informations devant nous. »
Le ministère des Transports et de la Mobilité durable réalisera donc une étude portant sur la faisabilité de la route, ses coûts, les impacts environnementaux, les enjeux de sécurité ainsi que son acceptabilité sociale. Un rapport préliminaire est attendu au début de 2027.
En parallèle, Québec assure que des investissements continueront d’être réalisés afin de maintenir les quais actuels sécuritaires jusqu’à leur remplacement.
Un nouveau virage dans un dossier déjà chamboulé
Cette annonce constitue un nouveau revirement dans un dossier qui accumule les changements de direction depuis plusieurs années.
Une enquête réalisée par Le Charlevoisien révélait au printemps que le projet avait été largement développé dès 2022 avant d’être brusquement suspendu en 2023. Les documents internes démontraient que plusieurs analyses techniques, environnementales et de navigation étaient déjà complétées avant que les questions budgétaires ne prennent le dessus et que le gouvernement demande une révision complète du projet.
La nouvelle étude signifie donc que le dossier d’opportunité ne reprendra qu’une fois ces nouvelles données obtenues.
« On repart pratiquement à zéro »
Le maire de L’Isle-aux-Coudres, Christian Dufour, accueille favorablement l’annonce, mais il ne cache pas sa frustration devant les nombreux allers-retours. « Il faut péter l’abcès. Il faut savoir combien ça coûte », résume-t-il.
Selon lui, cette nouvelle étude permettra enfin d’évaluer correctement l’option de Cap au Diable, qui, selon les premières analyses qu’il dit avoir consultées, demeurerait l’emplacement le plus avantageux.

Karianne Bourassa, Emmanuel Deschêches, et Christian Dufour discutent après l’annonce. Photo Félix Côté
Il estime toutefois que les études précédentes n’ont jamais comparé des scénarios équivalents. « Ils avaient pratiquement pris le quai de Saint-Joseph-de-la-Rive pour le copier à Cap au Diable. Ce n’est pas le même environnement. Ce n’est pas le même quai qu’il faut construire. » (…) « Si on avait fait les premières études correctement, il n’y aurait pas eu de gaspillage de temps et d’argent. Mais, là au moins on sait qu’on regarde pour la bonne chose», ajoute-t-il.
Le maire espère qu’une conception adaptée permettra de réduire certains coûts, notamment ceux liés aux stationnements, afin de réinvestir ces sommes dans la construction de la route. Mais il demeure prudent. « Ça ressemble un peu à dire : on s’est trompé, on fait une page blanche puis on recommence. »
Rappelant au passage que plusieurs millions de dollars d’argent public ont déjà été investis en études. «J’espère qu’ils ne mettront pas tout à la poubelle. »
Les Éboulements prépare déjà l’après
Du côté des Éboulements, le maire Emmanuel Deschênes affirme qu’il s’attendait à cette annonce même s’il aurait espérer que les études antérieurs aient les informations nécessaires pour déterminer le futur endroit dès aujourd’hui. Pour lui, le dossier est encore loin d’être réglé. « Le quai, c’est un dossier qui va prendre encore beaucoup de temps. Il y a encore beaucoup de chemin avant qu’une décision soit prise. »
Même si le déménagement de la traverse vers Cap au Diable ferait perde à Saint-Joseph-de-la-Rive son rôle de porte d’entrée de la traverse, il affirme que la priorité demeure les citoyens de L’Isle-aux-Coudres. « Si, pour améliorer les bateaux et l’économie de l’île, ça doit passer par Cap au Diable, bien ça passera par Cap au Diable. »

Plusieurs touristes empruntent la traverse mais très s’arrêtent à St-Joseph-de-la-Rive Photo Félix Côté
Le maire indique toutefois réfléchir déjà à un plan B. Selon lui, la majorité des voyageurs qui utilisent actuellement la traverse ne s’arrêtent pratiquement pas à Saint-Joseph-de-la-Rive. «Près de 95 % des gens qui vont à L’Isle-aux-Coudres ne s’arrêtent pas ici. »
Advenant un déménagement de la traverse, il croit que la municipalité devra revoir sa stratégie touristique. « On pourra redynamiser autrement le secteur. Si ça arrive, on ne croisera pas les bras. On va travailler autrement. »
Il rappelle toutefois que rien n’est encore joué. « Il va passer encore plusieurs marées hautes et plusieurs marées basses avant qu’on ait un nouveau quai. »
Une décision reportée à 2027
Avec cette nouvelle étude, le gouvernement reporte donc encore le choix définitif de l’emplacement des futurs quais.
Une chose demeure toutefois inchangée : Québec confirme que les installations actuelles devront être entièrement reconstruites, peu importe le scénario retenu.
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