Emmanuelle Bouchard-Bastien et l’art d’ancrer les solutions dans les communautés rurales
Emmanuelle Bouchard-Bastien est professeure en mobilisation et participation citoyenne au Centre de ruralités durables de l'INRS. Photo Charles Dessureault
En juin, le Centre de ruralités durables (CRD) accueillait ses trois premiers professeurs. Prochainement, ces derniers plancheront sur les ébauches des premières recherches du centre de recherche de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) dédié exclusivement aux communautés et enjeux ruraux et basé à Baie-Saint-Paul. Le Charlevoisien vous en fait leur portrait.
Emmanuelle Bouchard-Bastien est professeure en mobilisation et participation citoyenne en milieu rural. Avec le CRD, elle compte faire « de la recherche qui émane des besoins des communautés et qui amène des solutions concrètes ».
Avant de rejoindre les rangs de l’INRS, l’anthropologue de formation travaillait en santé publique et environnementale, notamment sur des projets en lien avec les changements environnementaux, les bouleversements et les transformations des territoires ruraux.
Son expertise prévaut lorsque des projets de développement, comme l’arrivée d’un parc éolien ou des activités minières, sont susceptibles de modifier le milieu de vie des populations locales. Elle s’intéresse aussi aux catastrophes naturelles ou aux activités industrielles qui affectent la qualité de vie des populations.
Dans ces deux cas de figure, celle qui a fait la majorité de ses études à l’Université Laval en évalue l’acceptabilité et la perception sociale, tout en réfléchissant aux réponses que les individus peuvent mettre en place.
Exemple? « À la demande de la direction de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue, j’ai réalisé une recherche qui souhaitait mieux comprendre les expériences vécues par la population en lien avec les activités de la fonderie Horne [responsable de 87 % des émissions d’arsenic du Québec] et leurs perceptions des risques », détaille Mme Bouchard-Bastien.
Spécificités rurales
Sans « tomber dans une dichotomie ville-milieu rural », la nouvelle professeure de l’INRS observe que le sentiment d’appartenance est « très fort » entre les communautés rurales et leur milieu. « Quand il y a des changements environnementaux ou des bouleversements, ça peut vraiment générer des impacts sur l’identité des gens, sur des aspects culturels ou sur des aspects économiques », soutient-elle.
Ce grand attachement couplé à la grande diversité de milieux ruraux, comme les environnements côtiers, forestiers, miniers ou agricoles, complique la tâche des décideurs lorsque vient le moment d’établir et d’appliquer des programmes supposément universels aux régions.
Selon une étude qu’elle a récemment menée au sujet de la qualité de l’eau potable en milieu rural, la professeure constate qu’il « n’y a pas une recette unique qu’on peut appliquer dans tous les cas ». Elle ajoute que « ça vaut la peine de mettre en place un mécanisme de participation citoyenne pour construire une solution qui est ancrée localement, et qui est réaliste pour les communautés ».
« Il faut se donner la peine d’aller sur le terrain, puis de se donner un espace d’innovation pour ces éléments-là qui sont vraiment particuliers. » – Emmanuelle Bouchard-Bastien
Bien que l’anthropologue admet encore être « en train de comprendre les enjeux [et] les besoins des communautés » de Charlevoix, elle affirme que la gestion des risques fluviaux du bassin versant de la rivière du Gouffre a piqué sa curiosité, notamment en raison des inondations qu’a subi la région en 2023.
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