Au carrefour des savoirs épidémiologiques, il y a Samir Méchaï
Samir Méchaï est professeur d'épidémiologie rurale au Centre de ruralités durables de l'INRS. Photo Charles Dessureault
En juin, le Centre de ruralités durables (CRD) accueillait ses trois premiers professeurs. Prochainement, ces derniers plancheront sur les ébauches des premières recherches du centre de recherche de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) dédié exclusivement aux communautés et enjeux ruraux et basé à Baie-Saint-Paul. Le Charlevoisien vous en fait leur portrait.
« Les bibittes, je restais pendant des heures à les regarder sous le microscope », jubile Samir Méchaï en se rappelant les années de ses études agronomiques, en Algérie. « Il fallait les voir sous les loupes, c’était incroyable. »
Puis, il a complété l’équivalent de deux maîtrises en France, en épidémiologie et en bio-informatique, avant d’étudier la diversité génétique des agents infectieux de la maladie de Lyme à l’Université de Montréal lors de son doctorat.
« Quand on parle de maladies infectieuses, on pense directement au pathogène. Je parle de COVID, on pense au virus instinctivement, constate le professeur en épidémiologie à l’INRS. Or, ce virus a pris du temps pour se développer » en pathogène et pour qu’il se transmette à l’humain.
C’est justement là que souhaite agir Samir Méchaï. Selon lui, le système de surveillance de la santé humaine n’a pas la capacité de détecter les pathogènes émergents avec succès. Quand il y parvient, il est déjà trop tard. Les communautés tombent en gestion de santé publique, et le succès est coûteux, en dollars et en vies humaines. « Tu ne peux pas lutter contre toutes les tiques [les principaux porteurs de la maladie de Lyme], c’est compliqué », avance-t-il.
L’intérêt de la ruralité
Mais pourquoi s’établir dans Charlevoix alors que les risques de propagation se trouvent en milieux densément peuplés? Parce que c’est en territoires ruraux que le risque d’émergence viral est le plus grand, étant donné la proximité entre les humains et la faune sauvage, les animaux d’élevage et ceux qui sont porteurs, comme les moustiques ou les tiques.
À travers ses éventuelles recherches au CRD, il souhaite « développer un programme de recherche capable d’accompagner, d’identifier, d’évaluer correctement et puis d’anticiper à terme l’émergence des risques sanitaires en milieu rural ».
Pour ce faire, la science qu’il étudie fait appel à beaucoup de chercheurs, dont des agronomes, des virologues, des bactériologistes, des entomologistes ou des bio-informaticiens. Le hic, c’est qu’ils ne parlent pas tous le même langage.
C’est là que l’expertise variée du nouveau professeur du CRD est intéressante pour l’INRS, puisqu’il devient le « carrefour » des savoirs épidémiologiques nécessaires à l’étude des risques sanitaires ruraux. « Je peux naviguer entre ces sciences », résume M. Méchaï, fier de son parcours atypique qui lui sert bien aujourd’hui.
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