Les champignons pourraient-ils transformer l’agriculture?
Les champignons et leurs propriétés offrent une multitudes d'avenues en milieu agricole. Photo Facebook
Face aux défis majeurs qui touchent aujourd’hui le secteur agricole — changement climatique, épuisement des sols et pression croissante sur la production alimentaire — plusieurs chercheurs explorent des solutions alternatives pour rendre les cultures plus durables. Parmi ces pistes figure un phénomène naturel encore peu exploité en agriculture : les mycorhizes, une connexion sous forme de réseau, entre les racines des plantes et certains champignons du sol.
Dans sa thèse de doctorat intitulée La mycorhize : un atout pour l’agriculture et l’agroforesterie, le chercheur Yoan Debranche s’intéresse précisément au potentiel de cette relation biologique dans les systèmes agricoles modernes. Il rappelle que l’agriculture doit aujourd’hui évoluer vis-à-vis la pression intensive du modèle actuel. Selon lui, « un changement de dogme est donc urgent » dans la manière de gérer les sols et les ressources agricoles.
Une symbiose vieille de centaines de millions d’années
La mycorhize désigne l’association entre un champignon et les racines d’une plante. Les deux organismes en tirent un bénéfice mutuel : la plante fournit au champignon des sucres issus de la photosynthèse, tandis que le champignon aide la plante à capter l’eau et les nutriments présents dans le sol.
Dans sa recherche, Yoan Debranche souligne l’importance fondamentale de cette relation dans le monde végétal. Il cite notamment le chercheur J. Garbaye, qui affirme que « étudier les plantes sans leurs mycorhizes revient à étudier des artéfacts ». Cette observation illustre à quel point cette symbiose est répandue et essentielle dans la nature.
Les traces fossiles indiquent que ce type d’association existerait depuis environ 400 millions d’années, ce qui en ferait l’un des mécanismes biologiques ayant contribué à l’expansion des plantes sur Terre.
Un potentiel agricole prometteur
Dans sa thèse, Debranche analyse différentes études portant sur l’utilisation des champignons mycorhiziens dans les cultures agricoles, notamment pour le blé, l’une des céréales les plus produites au monde.
Les résultats étudiés suggèrent que son utilisation pourrait améliorer l’absorption des nutriments par les plantes, favoriser leur croissance et, dans certains cas, contribuer à améliorer les rendements. Les champignons mycorhiziens agissent en quelque sorte comme une extension des racines, et augmente la capacité de la plante à explorer le sol.
Selon Debranche, ces champignons pourraient également «aider les plantes à faire face à certaines contraintes environnementales» . Les recherches évoquent une meilleure résistance aux pathogènes, une tolérance accrue au stress hydrique et une amélioration de la structure du sol.
Une solution encore à l’étude
Malgré ces perspectives intéressantes, l’utilisation des mycorhizes en agriculture demeure encore en développement. Les chercheurs doivent encore étudier la façon de l’exploitée efficacement.
La production d’inoculums fongiques — les cultures de champignons utilisées pour implanter des micro-organismes bénéfiques dans les sols — représente notamment un défi technique. Différentes méthodes existent, mais elles doivent encore être perfectionnées pour une application à grande échelle.
De plus, les effets observés peuvent varier selon le type de sol, les conditions climatiques ou les espèces végétales cultivées.
Un espoir pour une agriculture plus durable
Pour Yoan Debranche, les mycorhizes pourraient néanmoins contribuer à repenser certaines pratiques agricoles. L’objectif serait de «mieux s’appuyer sur les mécanismes biologiques naturels afin de réduire la dépendance aux intrants chimiques et d’améliorer la santé des sols ».
Dans un contexte où les ressources naturelles se raréfient et où les sols s’appauvrissent, ces recherches ouvrent la porte à de nouvelles approches. Comme le souligne le chercheur, la mycorhize pourrait représenter « une des techniques qui parviendra à enclencher un changement de mode de gestion des cultures ».
Si cette piste doit encore faire ses preuves, elle alimente déjà l’espoir de voir émerger une agriculture plus durable, capable de s’appuyer davantage sur les équilibres naturels des écosystèmes.
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