À l’approche de la fête nationale du Québec et de la fête du Canada, le député conservateur de Montmorency–Charlevoix, Gabriel Hardy, lance une réflexion sur les rapports entre l’identité québécoise et l’identité canadienne.
Dans une lettre ouverte intitulée Le pont des nations, l’élu soutient qu’il est possible d’être à la fois « nationaliste québécois » et « patriote canadien », tout en dénonçant ce qu’il considère comme la centralisation croissante du pouvoir à Ottawa sous les gouvernements libéraux.
« On n’a pas à choisir entre le 24 juin et le 1er juillet. On a juste à exiger qu’Ottawa comprenne pourquoi les deux comptent », écrit-il.
Comprendre la montée du souverainisme
Sans adhérer au projet indépendantiste, Gabriel Hardy affirme comprendre les motivations de plusieurs souverainistes. « Il faut arrêter d’opposer le mouvement séparatiste et le mouvement patriotique canadien », soutient-il en entrevue. « Quand je parle avec des gens plus indépendantistes, ils ont souvent des points de vue qu’on partage. Ils veulent davantage d’autonomie pour le Québec et ils veulent être respectés. »
Selon lui, la résurgence des discours souverainistes observée au Québec, tout comme les mouvements autonomistes dans l’Ouest canadien, découle d’un même phénomène : l’intervention croissante du gouvernement fédéral dans des champs de compétence provinciaux.
« Le Canada devrait être un partenariat, pas une dictature. La fédération, ce n’est pas le patron des provinces. C’est une alliance », résume-t-il.
Le député estime que les périodes où le gouvernement fédéral devient plus centralisateur coïncident souvent avec une hausse du mécontentement envers Ottawa. « Ce n’est pas nécessairement parce que les Québécois veulent partir. C’est parce qu’ils veulent être respectés », affirme-t-il.
Une vision inspirée de Mulroney
Dans sa lettre, Gabriel Hardy évoque les tentatives de rapprochement entre le Québec et le Canada entreprises par l’ancien premier ministre progressiste-conservateur Brian Mulroney dans les années 1980 ainsi que la motion adoptée sous Stephen Harper reconnaissant que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni.
Pour lui, ces deux moments illustrent une conception du fédéralisme basée sur la reconnaissance des particularités du Québec plutôt que sur leur uniformisation. « Le fédéral devrait être excellent dans un minimum de choses et laisser les provinces se gérer », soutient-il.
Il compare d’ailleurs le rôle du premier ministre canadien à celui d’un préfet de MRC.
« Un préfet n’est pas le patron des maires. Il est leur porte-parole. J’ai l’impression qu’aujourd’hui le premier ministre est davantage perçu comme un patron. »
L’immigration comme exemple
Dans sa lettre ouverte, le député revient également sur l’Accord Canada–Québec en matière d’immigration.
Selon lui, Ottawa aurait contourné l’esprit de cette entente en augmentant le nombre de résidents temporaires admis au Québec par l’intermédiaire du Programme de mobilité internationale. « Le Québec accueille des gens du monde entier et c’est une richesse. Mais intégrer et franciser les nouveaux arrivants demande du temps et des ressources », écrit-il.
Il soutient que les seuils d’immigration doivent tenir compte de la capacité d’accueil du Québec ainsi que de ses objectifs linguistiques et culturels.
Un Québec qui peut inspirer
L’un des thèmes centraux de sa réflexion demeure toutefois le rôle que pourrait jouer le Québec dans la redéfinition de l’identité canadienne.
Selon Gabriel Hardy, le Canada anglais traverse actuellement une crise identitaire alors que le Québec possède encore des repères culturels solides. « Le Québec sait qui il est. On connaît notre langue, notre culture, notre histoire. On en est fiers », affirme-t-il.
L’élu croit que cette confiance identitaire pourrait servir de modèle ailleurs au pays. « Je veux que le Québec inspire le reste du Canada à se retrouver. Je ne veux pas qu’on se referme sur nous-mêmes. Je veux qu’on rayonne. »
À ses yeux, le nationalisme québécois ne devrait pas être synonyme de repli, mais plutôt de leadership. « Une personne qui est vraiment fière de ce qu’elle est ne cherche pas à s’isoler. Elle herche à influencer positivement les autres », soutient-il.
Redonner le goût de la politique
Gabriel Hardy profite également de sa lettre pour dénoncer le désengagement croissant des citoyens envers la politique.
Il estime que les débats se sont éloignés des préoccupations du quotidien et que les institutions se sont progressivement déconnectées de la population. « Beaucoup de citoyens se sont éloignés de la politique parce que la politique s’est éloignée d’eux », écrit-il.
Le député affirme vouloir ramener les discussions politiques sur des enjeux qu’il juge fondamentaux : l’autonomie provinciale, la préservation de la culture québécoise et la place du Québec au sein de la fédération.
À quelques jours des célébrations du 24 juin et du 1er juillet, il invite finalement les citoyens à réfléchir à cette double appartenance qu’il revendique lui-même. «On peut être fier d’être un nationaliste québécois et être patriote canadien en même temps. Mais il faut qu’Ottawa traite les Québécois comme des partenaires, pas comme des sujets. “
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