Une pièce de goélette ressurgit des marées
Gabrielle Léveillé, guide-interprète au Musée maritime, a remarqué cette pièce lors d'une promenade sur le rivage. Via le Musée Maritime de Charlevoix
Une découverte inusitée effectuée sur les berges du Musée maritime de Charlevoix pourrait permettre de retracer une partie de l’histoire d’une goélette bien connue de la région.
Tout a commencé lorsqu’un imposant morceau de bois a refait surface à la faveur des grandes marées printanières.
Quelques jours auparavant, Martin Desgagnés, également guide-interprète, chef jardinier et bénévole au musée, l’avait lui aussi aperçue sur les berges.
Intrigués par certaines inscriptions visibles sur le bois, les membres de l’équipe ont pris des photographies et les ont transmises à l’historien et conseiller scientifique du musée, Hubert Desgagnés.
« Ce qui a immédiatement attiré notre attention, ce sont les chiffres romains visibles sur la pièce. Ce sont des marques utilisées pour indiquer le tirant d’eau d’un navire. À partir de ce moment-là, il devenait évident qu’on n’était pas en présence d’un simple morceau de bois ou d’un vestige de quai », explique-t-il au Charlevoisien.
Selon lui, la forme même de la pièce confirmait rapidement son origine.
« On voyait clairement qu’il s’agissait d’une étrave, donc de l’avant d’un bateau. Une étrave est conçue pour fendre l’eau. Ce n’est pas une pièce carrée comme celles qu’on retrouve habituellement dans les anciennes structures de quais », précise-t-il.
Avant même de pouvoir entreprendre des recherches plus poussées, il fallait récupérer la pièce. Craignant qu’elle soit emportée par une autre marée, Michel Desgagnés, spécialiste reconnu des goélettes, et son cousin ont participé à l’opération de sauvetage.
Il aura fallu plusieurs marées favorables, un VTT, un treuil et beaucoup d’efforts pour ramener l’imposante pièce sur la terre ferme.
Une fois l’objet examiné de près, Hubert Desgagnés a pu confirmer ses premières impressions. Le morceau de bois mesure environ quinze pieds de longueur et présente toujours les marques de tirant d’eau gravées dans sa structure.
Un indice qui réduit les possibilités
Les chiffres romains observés sur l’étrave ont fourni un indice précieux aux chercheurs. L’échelle de tirant d’eau atteint 13 pieds, ce qui indique que le navire auquel appartenait la pièce pouvait s’enfoncer profondément dans l’eau lorsqu’il était chargé.
« Treize pieds, c’est beaucoup. Cela signifie qu’on parle d’un navire de bonne dimension. Il n’y avait pas énormément de goélettes dans la région qui présentaient de telles caractéristiques », souligne l’historien.
À partir de cet indice, plusieurs hypothèses ont été examinées. Trois navires ont retenu l’attention des chercheurs : la Mont Ste-Marie, L’Alcalmie et le Prince-Québec.
Les photographies d’époque ont toutefois permis d’écarter rapidement le Prince-Québec. Son échelle de tirant d’eau ne dépassait pas une dizaine de pieds.
« Ça nous a permis de réduire considérablement le nombre de possibilités », indique M. Desgagnés.
La Mont Ste-Marie dans la mire
Les recherches orientent maintenant davantage les spécialistes vers la Mont Ste-Marie, une goélette bien connue qui se trouvait à proximité du Musée maritime avant d’être en grande partie détruite par un incendie le 24 avril 1998.

La pièce retrouvée présente justement des traces pouvant être associées à un feu, ce qui constitue un élément supplémentaire en faveur de cette hypothèse.
« On pense que ça pourrait être un vestige de la Mont Ste-Marie. Les indices concordent, mais nous n’avons pas encore la preuve définitive », nuance Hubert Desgagnés.
Pour parvenir à une conclusion, les chercheurs tentent maintenant de mettre la main sur des photographies montrant clairement l’avant du navire.
« Ce qu’il nous faut, ce sont de bonnes photos de l’étrave. Malheureusement, plusieurs clichés connus montrent le bateau à quai ou sous un angle qui ne permet pas de voir les marques de tirant d’eau. »
Le Musée maritime lance donc un appel aux citoyens qui possèdent d’anciennes photographies de la Mont Ste-Marie.
« Il suffit parfois d’un détail sur une vieille photo de famille pour résoudre une énigme historique comme celle-là », fait valoir Hubert Desgagnés.
Si l’identification est confirmée, la pièce pourrait éventuellement être intégrée à une exposition permanente du Musée maritime de Charlevoix.
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L’Accalmie [M.P.Emilie] a aussi passé au feu. Elle a disparue du rivage il n’y a pas si longtemps.