Lac Nairne : plusieurs coups d’épée dans l’eau 

Par Félix Côté 5:30 AM - 11 juin 2026
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Les résidents étaient nombreux à la séance municipale du 10 juin à Saint-Aimé-des-Lacs Photo Félix Côté

Près de 45 citoyens ont assisté à la séance du conseil municipal de Saint-Aimé-des-Lacs, le 10 juin, alors que l’Association de protection de l’environnement du lac Nairne effectuait sa première intervention publique devant la mairesse Jo-Annie Bouliane et le nouveau conseil municipal.

Plusieurs résidents et membres de l’association ont réclamé des mesures plus restrictives afin de protéger le lac, notamment l’interdiction de la navigation et la fermeture de la barrière à la rampe de mise à l’eau. Des demandes qui se heurtent toutefois aux limites imposées par la réglementation fédérale.

La municipalité a rappelé qu’elle ne possède pas le pouvoir d’interdire la navigation sur le lac Nairne. Ces décisions relèvent de Transports Canada en vertu des lois fédérales encadrant la navigation de plaisance.

Une situation jugée plus urgente que prévu

Cette rencontre survient alors que les plus récents travaux d’arrachage du myriophylle à épis ont révélé une infestation plus importante qu’anticipée dans plusieurs secteurs du lac.

Selon les informations obtenues par la municipalité, les équipes de l’entreprise FYTO ont constaté une présence plus abondante de la plante aquatique envahissante que ce qui avait été observé initialement. Devant cette situation, l’entreprise prévoit accélérer la réalisation d’un nouvel herbier cartographique du lac.

«Cette cartographie constitue une étape déterminante puisqu’elle servira à localiser précisément les colonies de myriophylle et à planifier l’installation des bouées de navigation exigées dans les zones infestées», mentionne la mairesse.

La municipalité a d’ailleurs indiqué qu’elle devra prochainement solliciter certaines autorisations auprès de Transports Canada concernant l’échéancier d’installation des bouées, le temps de compléter les relevés nécessaires. À plus long terme, d’autres interventions comme le siphonnage ou le bâchage pourraient également être envisagées.

« Le lac Nairne est en crise »

Au cours des échanges, plusieurs citoyens ont demandé que les efforts de la municipalité soient concentrés prioritairement sur le lac Nairne.

L’un des membres de l’association, François Tremblay, a notamment suggéré que les surplus municipaux soient dirigés vers les interventions environnementales liées au lac, estimant que l’urgence de la situation justifie une mobilisation exceptionnelle des ressources.

Cette position reflète une préoccupation partagée par plusieurs résidents présents, qui souhaitent voir le lac Nairne devenir la priorité environnementale de la municipalité.

« Le lac Nairne est en crise. Le lac Nairne a vraiment une situation de santé qui est très préoccupante et qui nécessite effectivement des actions immédiates et une attention soutenue continue », soutient Luce Desroches, responsable du dossier au sein de l’association.

Selon elle, les actions actuellement mises en place demeurent essentiellement réactives. « On est en mode réactif au lac Nairne. On n’est pas en mode proactif. Il y a une urgence en ce moment, mais on répond avec des actions isolées », affirme-t-elle.

La mairesse rétorque que « ne pas être réactif à une situation d’urgence c’est être en retard. Le conseil travail très fort, et très rapidement compte tenu de la situation.

Un mandat confié au Groupe RAPPEL

L’Association de protection de l’environnement du lac Nairne a annoncé avoir confié un mandat au Groupe RAPPEL, un organisme spécialisé en gestion de l’eau. Dès septembre, les experts auront pour tâche de rassembler les nombreuses données déjà produites par différents intervenants afin d’établir un portrait global du lac.

« On a beaucoup de données. Ce n’est pas qu’on veut refaire les études. On veut consolider la connaissance qu’on a présentement parce qu’elle vient de partout », explique Luce Desroches.

L’objectif est ensuite de déterminer les priorités d’action et d’élaborer un plan structuré sur plusieurs années pour répondre aux principaux enjeux du lac, notamment le myriophylle à épis, les cyanobactéries et certaines questions de gouvernance.

Selon Mme. Desroches, la démarche vise davantage à mieux orienter les interventions qu’à produire de nouvelles études.

« On ne pense pas qu’on va apprendre quelque chose de révolutionnaire. On veut surtout prioriser les bonnes actions et les faire dans le bon ordre », résume-t-elle.

Bien que l’association souhaite se doter d’une vision sur trois ans, les experts en gestion de l’eau rappellent qu’aucun scénario ne peut prédire avec certitude l’évolution d’un écosystème de lac sur une aussi longue période. Ouranos souligne d’ailleurs que la gestion intégrée des ressources en eau repose sur une adaptation constante aux plus récentes données scientifiques et aux conditions observées sur le terrain. Dans un contexte où la progression du myriophylle à épis et les apports en phosphore continuent d’évoluer, les interventions devront vraisemblablement être ajustées au fil du temps. Dans les faits, ce plan demandé par l’APELN serait plus un outil évolutif que définitif.

La municipalité invitée à participer

L’association souhaite que la municipalité participe activement à cette démarche. Selon Luce Desroches, l’administration municipale a déjà été informée du projet et a reçu une présentation de l’offre de services lors d’une rencontre antérieure.

L’association affirme toutefois avoir choisi d’aller de l’avant même sans confirmation officielle. « S’ils viennent, tant mieux. S’ils ne viennent pas, il faut le faire pareil. Il faut agir. D’une façon ou d’une autre », affirme-t-elle.

La municipalité devrait faire connaître sa position lors d’une prochaine rencontre avec l’association.

Un autre point de friction : la communication

Au-delà des interventions environnementales, plusieurs citoyens ont également dénoncé ce qu’ils perçoivent comme un manque de communication et de concertation entre la municipalité et les résidents du secteur.

Des membres de l’association ont réclamé une participation citoyenne plus importante dans les décisions touchant l’avenir du lac ainsi qu’un meilleur partage de l’information disponible.

De son côté, la municipalité rappelle que certaines données ne peuvent être transmises intégralement puisqu’elles contiennent parfois des renseignements protégés en vertu des lois sur l’accès à l’information et la protection des renseignements personnels.

Malgré les divergences observées lors de la séance, les deux parties s’entendent sur un point : la situation du lac Nairne demeure préoccupante et les prochains mois seront déterminants pour orienter les interventions à venir.

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