Interdiction du cellulaire : de nouveaux phénomènes émergent au Plateau
Les téléphones cellulaires ont été interdits au secondaire à partir de l'année 2025-2026. Photo Félix Côté
Près d’un an après l’entrée en vigueur de l’interdiction des téléphones cellulaires dans les écoles québécoises, les élèves de l’École secondaire du Plateau à La Malbaie semblent avoir trouvé un nouvel équilibre.
Réunis dans le cadre du conseil étudiant, cinq jeunes ont accepté de partager leur expérience avec Le Charlevoisien. Si aucun ne réclame ouvertement le retour du téléphone en classe, tous reconnaissent que la mesure comporte autant d’avantages que d’inconvénients.

Une école plus vivante
Le changement le plus souvent mentionné touche la vie sociale. « On voit quand même que les élèves s’impliquent plus dans les activités de l’école », observe Élise Carignan, élève de quatrième secondaire.
Selon elle, les pauses et les heures du dîner sont plus animées qu’auparavant. Les jeunes participent davantage aux activités organisées par les élèves et les intervenants.« C’est plus bruyant, mais c’est le fun », résume-t-elle.
Même son de cloche du côté de Raphaël Lapointe, finissant de cinquième secondaire. « Avant, tout le monde était sur son téléphone durant les pauses. Maintenant, les gens se parlent davantage et font plus d’activités ensemble », affirme-t-il.
Olivia Bouchard remarque également que l’absence du téléphone pousse parfois les élèves à sortir de leur cercle habituel. « Quand tes amis ne sont pas à l’endroit où tu pensais les trouver, tu vas voir d’autres personnes. »
Le téléphone caché : le nouveau phénomène
Un autre constat ressort clairement des témoignages : le téléphone n’a pas complètement disparu de l’école.
Plusieurs élèves affirment que certains jeunes continuent de l’avoir sur eux, même s’ils ne l’utilisent plus ouvertement.
Pour Émile Moisan, un nouveau comportement semble même avoir émergé. « Quand quelqu’un a besoin d’appeler un parent ou de gérer quelque chose d’important, il va souvent se cacher pour utiliser son téléphone », explique-t-il.
L’élève compare même la situation à celle du vapotage ou de la cigarette : les appareils sont moins visibles, mais certains usages persistent dans l’ombre. Cette utilisation discrète est toutefois décrite comme étant davantage liée à des besoins pratiques qu’au divertissement. « Je vois beaucoup moins de gens scroller sur TikTok qu’avant. C’est plus pour écrire rapidement à un parent ou gérer quelque chose », dit-il.
Moins de distraction, mais pas nécessairement de miracle scolaire
Les élèves interrogés reconnaissent que le téléphone représentait une source importante de distraction en classe. « Quand t’es dans tes cours, c’est important de te concentrer sur ce que dit le prof », souligne Olivia Bouchard.
Toutefois, personne n’a observé d’amélioration spectaculaire des résultats scolaires.
Les jeunes estiment plutôt que les habitudes d’étude ont été déplacées. Certains consacrent davantage de temps pour étudier à l’école, et que le temps d’écran est récupéré, le soir à la maison. « Au début de l’année, il y en avait plusieurs qui voulaient rattraper tout ce qu’ils n’avaient pas pu regarder durant la journée », raconte Maélya Dufour.
Un outil qui manque parfois
Même si les réseaux sociaux semblent être ce qui leur manque le plus, plusieurs élèves rappellent que le téléphone est devenu un véritable outil d’organisation.
Messages de parents, horaires de travail, calendrier personnel, rendez-vous et communications urgentes font désormais partie du quotidien. Maélya Dufour raconte notamment s’être déplacée inutilement à son emploi après avoir manqué un message de son employeur lui indiquant que son quart de travail était annulé. « Tout est organisé dans le téléphone pour plusieurs personnes. Quand tu ne l’as plus à l’école, tu te retrouves avec deux systèmes d’organisation différents », explique-t-elle.
Des souvenirs qui disparaissent
Un élément inattendu est revenu dans plusieurs témoignages : l’absence de photos.
Les élèves regrettent de ne plus pouvoir immortaliser spontanément certains moments de la vie étudiante. « À l’Halloween ou pendant les activités, on aimait ça prendre des photos avec nos amis », raconte Élise Carignan.
Le problème est particulièrement visible dans les projets de finissants. Maélya Dufour explique que l’album des finissants a dû être réalisé presque exclusivement à partir de photos prises avec un appareil dédié, réduisant considérablement le nombre de clichés disponibles. « Les photos spontanées entre amis, on les a beaucoup moins cette année », constate-t-elle.
Une génération qui apprend à vivre autrement
Au terme de cette première année, les élèves ne dressent ni un bilan entièrement positif ni entièrement négatif. La plupart reconnaissent avoir développé de nouvelles habitudes. « On est capables de faire sans », résume Raphaël Lapointe. L’ordinateur – pour sa part toujours disponible sur un réseau contrôlé par l’établissement – permet de former les élèves à l’utilisation d’outils éducatifs numériques. « On peut encore apprendre et se doter de logiciels et applications qui vont nous servir plus tard. C’est encadré, je ne pense pas qu’on est pénalisé. Même avec l’intelligence artificielle, on pourrait apprendre à s’en servir à l’école sur un ordi », apporte Émile Moisan.
Si les téléphones occupent toujours une place importante dans leur vie quotidienne, plusieurs constatent qu’une fois les premières semaines d’adaptation passées, les relations humaines ont repris davantage d’espace dans les corridors de l’école. Et malgré les frustrations liées à l’organisation ou aux communications, peu semblent souhaiter un retour complet à la situation d’avant.
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Un essai concluant pour vivre autre chose à l’école. Les yeux et l’attention sont attirés ailleurs pour le bénéfice de tout le monde. Bravo aux étudiants pour votre résilience.
Bravo aux élèves du conseil!! Et merci Félix pour cet article. J’ai des élèves fiers ce matin 🙂