Pour un accès public aux « Terres du Séminaire »
« Les principales activités sur la Seigneurie sont : les coupes de bois (environ 230 000 m3 annuellement), la location de 201 clubs de chasse et pêche et l’exploitation de parcs éoliens qui totalisent 363 MW d’électricité annuellement. » Source : site web du Séminaire de Québec Photo tirée de la page Facebook Une forêt pour tous sur les Terres du Séminaire
Alors que les travaux de la seconde phase du projet éolien des Neiges battent leur plein, un jeune groupe de citoyens revendique tant un accès public que la protection des vastes terres de la Seigneurie de Beaupré comprises entre Québec et Charlevoix.
Mise en ligne le 2 avril dernier, la page Facebook Une forêt pour tous sur les Terres du Séminaire, « un espace d’échange et de mobilisation citoyenne », réunit déjà plus de 530 personnes.
« Notre mission est de protéger et redonner les Terres du Séminaire de Québec (TSQ) au bien commun en assurant un accès public responsable, en préservant leur valeur écologique et paysagère, et en mobilisant les citoyens ainsi que les décideurs autour d’une vision durable et collective du territoire », peut-on y lire d’entrée de jeu. La page est une initiative d’Anika Bédard.
« C’est très nouveau », indique Mme Bédard, qui constate quotidiennement l’engouement suscité par la démarche. « La page Facebook a été mise en place il y a deux mois. Au début, on ne ciblait que Saint-Tite-des-Caps, mais on se rend compte que ça touche énormément de gens, de Stoneham à Baie-Saint-Paul. »
Anika Bédard a pris conscience de l’ampleur du territoire sous la coupe du Séminaire de Québec lorsqu’elle a fait l’acquisition d’un chalet à Saint-Tite-des-Caps et réalisé qu’elle n’avait pas accès à la forêt qui jouxte son terrain, sous peine d’amende.
« Je n’avais aucune idée de ce qu’étaient les terres du Séminaire, et je me suis rendu compte qu’il y a une grande méconnaissance à propos de ça. Ce sont des terres d’une superficie qui fait quatre fois la ville de Montréal ! Et on n’a pas le droit d’y marcher sous prétexte que c’est privé. »
Elle indique que des amendes de 600 à 700 $ ont été distribuées à des « contrevenants ».
Ces terres, rappelle-t-elle, ont été « données » au séminaire dans les années 170. « Ils ne paient pas d’impôt. C’est une subvention de tous les Québécois ! Donner un accès pourrait être un retour légitime », avance-t-elle.

D’une superficie de près de 1 600 km2, les « terres du Séminaire », nom usuel de la Seigneurie de Beaupré, forment une bande parallèle au fleuve, de plus ou moins 95 km de longueur par 20 km de largeur, partant à l’ouest de Stoneham et Ste-Brigitte-de-Laval jusqu’à la rivière du Gouffre à Saint-Urbain à l’est, peut-on lire sur le site du Séminaire de Québec. À la demande d’entrevue du Charlevoisien sur cette nouvelle mobilisation citoyenne, le Séminaire a fait parvenir une réponse laconique.
« Nous accusons réception de votre demande ou plutôt de votre offre, mais vous comprendrez que nous n’avons pas à nous justifier sur l’utilisation de notre propriété privée ou sur son accessibilité. »
Anika Bédard n’entend pas lâcher le morceau.
« Pourquoi ça nous dérange ? C’est l’arrière-cour de Québec. Toutes les municipalités accotent sur les terres du Séminaire, mais il n’y a que 1300 personnes qui ont le droit d’y entrer, les autres non ! Et en plus, on vous donne une contravention si vous vous faites prendre… »
Elle-même s’aventure régulièrement sur « la terre défendue ». « Je prends des photos, je veux que les gens voient comme c’est beau. »
Cette beauté, rappelle-t-elle, est toutefois fragile.
Selon elle, le Séminaire brade le territoire, notamment en favorisant les coupes forestières et le développement éolien.
« Que restera-t-il de ces paysages grandioses sur les Terres du séminaire après que Boralex et Energir seront passées ? Cette région devrait faire partie d’un parc naturel où tous les Québécois pourraient avoir accès. Ils n’ont aucun remords de détruire un paysage, un écosystème particulier. Comment se fait-il que des religieux catholiques ont toujours ce territoire, le gèrent comme une compagnie privée, mais ne redonneront rien aux communautés avoisinantes sans payer de taxes ou d’impôt ? C’est choquant ! », écrit Mme Bédard dans une publication.
De plus en plus de citoyens adhèrent à la page Facebook. Un comité a été formé et des réunions ont eu lieu.
« On n’a aucune idée où ça va aller, mais de semaine en semaine, des gens s’ajoutent. Les gens sont frustrés ! On a une lettre qu’on veut envoyer au Séminaire… On doit en parler. Est-ce qu’ils sont vraiment légitimes de faire ce qu’ils veulent avec un territoire qui fait partie de notre patrimoine québécois ? La question se pose », conclut Mme Bédard.
Horizon
Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.
Même si mes voisins demandaient l’accès à ma terre pour faire du ski de fond, sans aucun dommage probable, je demeurerais tout à fait légitimé de me foutre de leur demande. Imaginons en plus, si j’avais sous-loué l’entretien de ma terre, des chemins d’accès, etc à un groupe de chasseurs. Mes voisins seraient encore moins les bienvenus avec leurs vélos et leurs bottes de marches. C’est plate mais le droit de propriété est dessus de tout ça.
La comparaison avec « ma petite terre privée et mes voisins qui veulent y passer » passe à côté de l’enjeu. On ne parle pas d’un citoyen avec un 40 acres derrière chez lui. On parle du plus grand terrain privé au Canada, hérité directement du régime seigneurial et de l’époque où l’Église catholique contrôlait pratiquement tout au Québec. Une anomalie historique qui existe encore en 2026. Le Québec a justement passé le dernier siècle à sortir de cette logique-là. On a nationalisé l’électricité. On a sorti l’Église des institutions publiques. On a démantelé les clubs privés qui monopolisaient les rivières à saumon et des pans entiers du territoire dans le temps de René Lévesque. Pourquoi? Parce qu’on a compris qu’un territoire d’une telle valeur ne devait pas être verrouillé pour une minorité. Pis c’est pas un banal lot boisé, c’est une des portions les plus impressionnante de toute la chaine des Laurentides, c’est là qu’on retrouve les plus hauts sommets de toute la chaîne, de l’Ontario jusqu’au Labrador, des vallées glaciaires majeures et des forêts boréales anciennes d’une valeur écologique immense, qui sont des habitats critiques pour le caribou forestier, la grive de Bicknell et plein d’espèces qui dépendent… Lire la suite »
Émile, vous initiez un débat qui ne peut exister. On en a autre exemple dans Charlevoix avec le projet de piste cyclable sur l’emprise de la voie ferrée du train de Charlevoix. Tu ne peux raisonnablement exproprier le Séminaire ou le CN par exemple. Et les usages actuels de ces 2 biens ne laissent pas de place à ce que souhaiterait en faire les signataires de pétition. Ils risqueraient leurs propres sécurités… Je ne défends pas la statu quo, je suis juste un réaliste pragmatique. Vous, p-ê un rêveur idéaliste et je vous en félicite:)
On disait exactement la même chose avant la création des ZECs, des parcs nationaux ou des territoires libres. Que les clubs privés faisaient partie de l’ordre normal des choses, qu’on ne pouvait pas remettre ça en question et que l’accès public au territoire était irréaliste. Pourtant, aujourd’hui, presque personne ne souhaiterait revenir en arrière. Personne ne parle ici d’exproprier du jour au lendemain ou de transformer ça en parc d’attraction. Ouvrir un débat public sur l’accès, la conservation et la gouvernance d’un territoire aussi immense et symbolique, c’est pas du délire idéaliste, c’est juste normal et sain dans une société moderne. Dire que « le débat ne peut exister », c’est précisément la mentalité qui a permis pendant des décennies de verrouiller des pans entiers du territoire québécois sans réelle discussion publique. Heureusement, l’histoire du Québec montre justement que ces débats-là finissent toujours par exister pareil.
Ça en prend, des “rêveurs idéalistes” pour construire un monde meilleur. Si on reste tous bien assis sur le statut-quo, il n’y a rien qui avance.
Je vais juste essayer de vous ouvrir une petite fenêtre de réflexion. Remontons au-delà des années 1600… à qui appartenaient ces terres? 😉 De quel droit est-ce qu’on les a “donné” au Séminaire de Québec?
Enfin quelqu’un qui prend action
“Ce sont les rêveurs qui mènent le monde, les autres n’en ont pas le temps”: je pense que c’est Albert Camus qui a écrit ça.
Bref,il faut se mobiliser. Il n’y a plus de plan d’eau où les citoyens peuvent se baigner à part les piscines publiques ou le fleuve trop souvent pollué (Baie de Beauport) dans les environs de Québec.Derrière la barrière empêchant l’accès à Ste-Brigitte de Laval, se trouvent des dizaines de lacs loués par le Séminaire à des citoyens privilégiés et dont l’identité est cachée. N’essayez pas de louer vous-même! Un après l’autre les accès aux plans d’eau sont privatisés et interdits…Lac Bonhomme (Val Bélair) Lacs de la municipalité de Ste- Brigitte de Laval. Des amendes de $600 sont prévus si vous êtes tentés d’y prendre l’air.
Autre temps, autres moeurs: on se contente d’écrire une pétition…il faudrait organiser une “visite organisée” des lieux en présentiel…mais bon…il faudrait se déguiser en ours….