La relève agricole, entre passion familiale et exigences d’un métier sans pause
Production laitière Photo Félix Côté
À Saint-Irénée et La Malbaie, dans Charlevoix, la relève agricole prend un visage jeune, engagé et lucide. Celui de Mya Boulianne-Tremblay, étudiante au cégep et déjà profondément enracinée dans l’entreprise familiale.
« Je suis encore à l’école, en troisième année. Mais quand je ne suis pas à l’école, je suis à la ferme. L’été, c’est à temps plein. Mes vacances, ma relâche, je suis ici », explique-t-elle.
Pour la jeune femme, reprendre la ferme ne relève pas d’un simple choix professionnel, mais d’un héritage à honorer. « Ce que j’aime le plus, c’est que c’est familial. C’est reprendre ce que les grands-parents, les parents ont bâti. Je pense que c’est une fierté pour eux de voir que je veux continuer. »
Une relève de plus en plus rare
Mais cette volonté de poursuivre la tradition agricole devient de plus en plus exceptionnelle. « Des relèves, il y en a de moins en moins. Souvent, ils n’en ont pas. Mettre la clé dans la porte, ce n’est pas l’idéal », souligne son père.
Selon lui, les jeunes sont confrontés à un mode de vie exigeant qui cadre difficilement avec les aspirations contemporaines. « Le côté social, c’est ce que les jeunes trouvent le plus dur. Ils veulent sortir, voir du monde. Mais ici, ce n’est pas évident. Tu ne peux pas te permettre de rentrer le matin à moitié fatigué. »
À la ferme, les contraintes sont constantes. « C’est beau temps, mauvais temps. Ça te tente ou ça ne te tente pas, les animaux n’attendent pas. Tu ne peux pas dire : “Aujourd’hui, c’est samedi, je prends congé.” »
Une dynamique familiale à apprivoiser
Travailler en famille comporte aussi ses défis. « Ce n’est pas tout le temps évident », reconnaît Mya. « Des fois, ça ne va pas bien. On trouve nos trucs. Il y a des matins où on rentre dans l’étable, on sait ce qu’on a à faire, et on se parle à peine. »
Une organisation implicite qui repose sur la connaissance du métier et la confiance mutuelle. « On connaît la ferme, on connaît les tâches. On sait ce qu’il y a à faire. »
Apprendre sur le terrain
Si Mya poursuit des études en agriculture, elle insiste sur l’importance de l’expérience concrète. « C’est quand tu es en avant que tu vois les problèmes arriver. Quand tu es derrière, tu aides, mais tu ne gères pas tout. »
Son père abonde dans le même sens, lui qui a bâti son entreprise sans diplôme officiel. « J’ai parti un troupeau de 30 vaches, je suis rendu à près de 100. L’expérience, ça ne s’apprend pas dans un bureau. »
Une vision tournée vers l’avenir
Malgré les défis, la relève ne manque pas d’ambition. L’objectif est clair : faire croître l’entreprise familiale. « On veut continuer de grossir. On vise au moins une centaine de têtes », précise Mya.
Face aux incertitudes du secteur, elle adopte une approche pragmatique. « Ça fait peur, c’est sûr. Mais je pense que ça va être d’y aller une bouchée à la fois. Rien ne se fait tout seul. »
Un engagement qui repose sur une conviction profonde, héritée de son père : faire un métier qui a du sens. « Il ne faut pas que tu fasses quelque chose parce que ça paraît bien. Il faut que tu sois heureux. Sinon, tu rentres le matin à reculons. »
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Bravo Mya, belle relève pour la famille ! 💐💐