Des corridors écologiques bientôt intégrés aux décisions d’aménagement
Lac Nairne tiré du Schéma d'aménagement MRC Charlevoix-Est 2012 Photo Félix Côté
Les nouvelles orientations gouvernementales en aménagement du territoire toucheront directement la protection des milieux naturels. Un changement de paradigme qui viendra repenser les enjeux de développement, et qui pourrait forcer certains promoteurs à adapter leurs projets en fonction de ce qui n’a pas de frontière : l’environnement.
Les deux MRC de Charlevoix devront désormais identifier plus clairement des « noyaux écologiques » ainsi que des corridors permettant de relier différents habitats naturels entre eux. Ces corridors pourraient notamment connecter des milieux humides, des forêts anciennes, certains habitats fauniques ou encore des secteurs jugés stratégiques pour les déplacements de la faune.
À la MRC de Charlevoix, l’aménagiste Alexandre Souillat explique qu’auparavant, plusieurs territoires d’intérêt écologique existaient surtout sous forme de listes ou de références générales dans les schémas d’aménagement. «Avant, c’était une liste. Là, il faudra aller plus loin », résume-t-il.
Une cartographie plus précise du territoire
Cette fois, les corridors devront être clairement cartographiés et intégrés aux outils officiels de planification. L’objectif est de mieux comprendre comment les écosystèmes fonctionnent à l’échelle régionale et de tenir compte de cette réalité dans les futures décisions d’aménagement.
Les MRC souhaitent notamment utiliser davantage les outils de géomatique afin de superposer différentes données environnementales et territoriales. Cela permettra d’évaluer plus précisément les impacts possibles de certains projets sur les milieux naturels. «Ça devient un outil d’aide à la décision », explique Alexandre Souillat.
Des impacts possibles sur certains développements
Cette nouvelle approche pourrait influencer certains projets futurs dans la région. Les aménagistes ne parlent pas d’interdire systématiquement les développements, mais plutôt d’imposer certaines conditions dans les secteurs jugés plus sensibles sur le plan écologique.
Un promoteur qui souhaiterait développer dans un corridor identifié pourrait par exemple devoir adapter son projet, préserver certains milieux naturels ou démontrer que son développement n’affectera pas les fonctions écologiques du secteur.
Les MRC insistent toutefois sur le fait que l’objectif n’est pas de « mettre le territoire sous cloche ». L’idée est plutôt de mieux organiser la cohabitation entre développement du territoire et protection des écosystèmes.
Une réflexion qui dépasse les frontières des MRC
Les aménagistes rappellent également qu’un corridor écologique ne s’arrête pas aux limites administratives d’une MRC. La réflexion devra donc se faire en collaboration avec les territoires voisins ainsi qu’avec différents organismes environnementaux.
Dans Charlevoix, plusieurs bases existent déjà grâce à la Réserve mondiale de la biosphère, aux parcs nationaux et aux nombreuses initiatives de conservation présentes sur le territoire. Mais les nouvelles orientations obligent maintenant les MRC à intégrer plus formellement ces réalités dans leurs schémas d’aménagement.
Une nouvelle façon de penser le territoire
Pendant longtemps, les schémas d’aménagement servaient principalement à déterminer où construire. Avec cette nouvelle orientation, les MRC devront aussi réfléchir aux milieux à protéger, à la préservation de la biodiversité, aux déplacements de la faune et à la capacité réelle de certains territoires d’accueillir de nouveaux projets sans fragiliser les écosystèmes existants.
Pour les aménagistes rencontrés, cette réflexion demeure encore en évolution. Mais une chose semble déjà acquise : dans les futurs schémas d’aménagement, les milieux naturels ne seront plus considérés comme de simples espaces vacants entre deux développements.
Ils deviendront eux-mêmes des éléments centraux de la planification du territoire.
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