Un nouvel organisme veut faire de Charlevoix le premier territoire ” bioconnecté ” du Québec
Luc Provost, président de l'organisme des peupliers de Charlevoix Photo Félix Côté
Un nouvel organisme à but non lucratif souhaite transformer Charlevoix en véritable laboratoire vivant. Fondé en avril 2025, Peupliers Charlevoix a officiellement dévoilé sa programmation 2026 et son ambition : faire de la région le premier ” territoire bioconnecté ” du Québec.
Derrière ce concept encore peu connu se cache une volonté de mieux comprendre les liens entre les humains, les sols, les plantes, les animaux et les écosystèmes, dans une approche dite « Une seule santé ».
« Les mots-clés, c’est bio pour le vivant et connecté. On veut se connecter à la vie humaine, mais aussi à la vie sous la terre. La terre de Charlevoix a des secrets et on veut les révéler », explique le cofondateur et président de Peupliers Charlevoix, Luc Provost.
Un « laboratoire » à ciel ouvert
L’organisme souhaite réunir citoyens, chercheurs et acteurs du milieu autour d’un objectif commun : explorer le potentiel biologique et scientifique du territoire charlevoisien. « Oui, c’est une bonne façon de le présenter : Charlevoix devient un laboratoire », affirme Luc Provost. « On veut tirer des enseignements de ce territoire et éventuellement les partager avec d’autres régions dans le monde. »
Le projet s’appuie déjà sur plusieurs partenaires institutionnels et scientifiques, dont Université Laval, Génome Québec, la Région de biosphère de Charlevoix et le Géoparc de Charlevoix.
L’organisme a également amorcé une collaboration internationale avec l’Institut des sciences, des technologies et des études avancées d’Haïti afin de développer un second territoire bioconnecté dans une région montagneuse du nord d’Haïti.
Les sols de Charlevoix au cœur des premières recherches
Pour lancer ses travaux, Peupliers Charlevoix a choisi de commencer par l’étude des sols.
Selon Luc Provost, plusieurs questions alimentent déjà la réflexion des fondateurs. ” Malgré les contraintes géographiques de Charlevoix, les gens ont réussi à vivre de l’agriculture pendant des générations. On se demande pourquoi. Qu’est-ce qu’il y a de particulier dans ces sols-là? “
En collaboration avec des chercheurs de l’Université Laval spécialisés en agroforesterie et en microbiologie des sols, l’organisme participe actuellement à un projet de recherche financé par Génome Québec.
L’objectif : identifier ce que Luc Provost appelle « la signature propre des sols de Charlevoix » sur le plan microbiologique et génomique.
Des « rhizoboîtes » — des boîtes transparentes permettant d’observer le développement des racines et des champignons microscopiques dans le sol — seront notamment utilisées dans le cadre du projet. « On veut sortir la science des laboratoires universitaires et l’amener directement dans la communauté », résume-t-il.
Des applications encore inconnues, mais un fort potentiel
Même si les retombées concrètes restent encore à définir, l’organisme croit que ces recherches pourraient éventuellement mener à des innovations dans plusieurs domaines.
Agriculture, santé, fermentation, microbiologie, économie circulaire ou encore entrepreneuriat : les possibilités sont nombreuses, selon Luc Provost. « On n’a pas toutes les réponses aujourd’hui. On commence avec des questions de simples citoyens. Mais on pense qu’il y a quelque chose de spécial dans Charlevoix, au-delà des paysages. »
Le président de Peupliers Charlevoix évoque même la possibilité qu’un jour, des entreprises ou une éventuelle zone d’innovation puissent émerger autour des découvertes réalisées dans la région. « On est encore aux étapes préliminaires, mais oui, ça pourrait éventuellement mener à ce genre de développement », affirme-t-il.
Une approche axée sur la participation citoyenne
L’organisme mise fortement sur l’implication de la population.
Le coup d’envoi des activités aura lieu le 30 mai aux Éboulements, lors d’une journée citoyenne où des chercheurs et étudiants de l’Université Laval présenteront des microscopes et des démonstrations scientifiques autour des sols.
Le lancement officiel suivra le 5 juin à la Grande salle des Éboulements.
Par la suite, quatre événements baptisés « Mercredis du Faire » seront organisés entre juillet et octobre autour de différentes thématiques, notamment la fermentation, la gestion des données citoyennes et la filière du grain et du pain.
Un sondage citoyen sera également mis en ligne afin d’orienter les futures activités de l’organisme. « On veut découvrir des talents, des idées, créer une émulation entre les citoyens et les chercheurs », conclut Luc Provost. « On y va étape par étape, mais on pense qu’il y a un parcours très emballant devant nous. »
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