Clermont veut mieux prévoir l’avenir de ses infrastructures
Aréna de Clermont Archives Le Charlevoisien
Alors que plusieurs municipalités du Québec peinent à entretenir leurs infrastructures dans un contexte de pressions financières croissantes, la Ville de Clermont souhaite prendre les devants en misant sur une meilleure gestion de ses actifs municipaux.
Le conseil municipal a récemment mandaté une firme spécialisée afin de dresser un portrait complet de ses infrastructures et planifier leur entretien à long terme. ” On veut avoir de la prévisibilité “, résume le maire de Clermont, Luc Cauchon.
Planifier sur 20 à 25 ans
Concrètement, la Ville a confié à la firme Techno-Consultance le mandat de réaliser un inventaire détaillé de ses actifs municipaux. « Ça inclut les bâtiments, les conduites d’eau potable, les infrastructures souterraines, même notre flotte de véhicules », explique la directrice générale, France D’Amour.
L’objectif : établir un calendrier d’entretien et de remplacement basé sur l’âge et l’état des équipements afin de mieux prévoir les dépenses futures. « On est obligés d’adopter un programme triennal comme municipalité, mais là, on veut aller beaucoup plus loin », précise-t-elle« On veut planifier financièrement pour les 20 à 25 prochaines années. »
Sortir du mode réaction
La démarche s’inscrit directement dans la réflexion actuelle entourant la gestion des infrastructures au Québec. Dans un récent rapport, l’Ordre des ingénieurs du Québec dénonçait d’ailleurs une « culture du court terme », où les municipalités et gouvernements interviennent souvent seulement lorsque les infrastructures sont déjà fortement détériorées.
Pour Luc Cauchon, la gestion des actifs permet justement de sortir de cette logique réactive. « Le but, c’est d’éviter d’arriver avec cinq, six ou sept véhicules finis en même temps ou avec des infrastructures qu’on doit remplacer d’urgence », explique-t-il. « Ça nous aide à prévoir les dépenses dans nos budgets futurs. »
« Personne ne voit ce qu’il y a sous la rue »
Au-delà des bâtiments visibles, la Ville souhaite aussi mieux suivre l’état de ses infrastructures souterraines. « Les rues, les gens les voient, mais personne ne sait vraiment ce qui se passe en dessous », souligne le maire. « Il y a déjà des suivis, mais là, on veut améliorer ça pour les prochaines générations et pour les équipes qui vont suivre. »
Même logique pour les équipements municipaux. « Si tu achètes une voiture et que tu sais qu’elle sera à remplacer dans cinq ans, tu commences à prévoir les sommes nécessaires », illustre la directrice générale. «C’est exactement le même principe pour une municipalité. »
Prévoir avant d’emprunter
Cette approche permet également de mieux gérer la capacité financière de la Ville. « Une municipalité a une capacité d’emprunt limitée », rappelle France D’Amour. « Donc, il faut prioriser les projets et savoir où on veut investir en premier. »
La planification pourrait notamment mener à la création de réserves financières dédiées à certains secteurs. « On a déjà des réserves pour certains projets, comme les parcs », explique Luc Cauchon. « Peut-être qu’on pourra faire la même chose pour les véhicules ou certaines infrastructures. »
L’objectif demeure d’éviter les mauvaises surprises et les investissements précipités. « C’est vraiment d’avoir une saine gestion », résume la directrice générale. « Il faut avoir l’information pour reconnaître les besoins futurs et à long terme. »
Un avantage pour les programmes de subvention
Selon les élus, cette préparation pourrait aussi permettre à Clermont d’être plus efficace lorsqu’un programme gouvernemental est annoncé. « Des fois, les programmes fonctionnent sur une logique de premier arrivé, premier servi », souligne France D’Amour. « Quand tout est déjà planifié et prêt à déposer, ça peut devenir un avantage. »
Même si les programmes changent fréquemment, la Ville estime qu’une meilleure connaissance de ses besoins lui permettra de réagir plus rapidement et de mieux prioriser ses demandes. « Ça ne veut pas dire que les programmes actuels seront encore là dans dix ans », nuance-t-elle. « Mais au moins, on saura où sont nos priorités. »
Une tendance appelée à grandir
La gestion des actifs prend de plus en plus de place dans le monde municipal, particulièrement dans un contexte où les coûts de construction augmentent et où plusieurs infrastructures arrivent à la fin de leur durée de vie utile.
Pour Clermont, cette approche représente avant tout un outil de planification à long terme. « On veut se donner les moyens de prévoir plutôt que subir », résume Luc Cauchon.
Une philosophie qui rejoint directement les recommandations formulées récemment par l’Ordre des ingénieurs du Québec : mieux connaître les infrastructures, mieux planifier leur entretien… et éviter que les municipalités se retrouvent constamment en mode urgence.
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