L’illustratrice et entrepreneure montréalaise Catherine de Gongre a été choisie pour occuper la résidence d’artistes du Chalet Gabrielle-Roy au mois de juin 2026. Du 1er au 19 juin, elle y développera Nymphéa, un projet de roman graphique intime et poétique qui explore une étape charnière de la vie : le départ des enfants du foyer.
Au cœur de cette œuvre en devenir, une mère cherche à redéfinir son identité dans un univers symbolique inspiré des milieux humides. L’étang, baigné d’une lumière nocturne, devient un espace de transformation où cohabitent naissance et décomposition. « Nymphéa est une fable poétique illustrée qui aborde le thème du nid vide », explique l’artiste. Par fragments de vie qui se croisent et se répondent, le récit trace le chemin d’une renaissance.
Le nénuphar incarne cette métamorphose. À ses côtés, le cygne symbolise l’enfant, porteur de continuité et d’évolution. « En explorant les émotions liées aux grandes transitions de la vie, Nymphéa propose une réflexion sur l’identité, la résilience et le lien au vivant », précise-t-elle.
Une démarche ancrée dans l’émotion et le territoire
Active dans le milieu de la bande dessinée indépendante, Catherine de Gongre développe une pratique où l’image précède souvent les mots. Sa démarche repose sur l’empathie, l’observation et une sensibilité marquée aux émotions humaines. Inspirée par la faune et la flore québécoises, elle compose des récits où texte et illustration dialoguent pour donner forme à une poésie visuelle introspective.
Cette approche s’inscrit dans la continuité de ses œuvres précédentes, dont Crépuscule, lauréate des Prix Bédélys en 2023, ainsi que Ambroise & Iseult (2024) et Cœur de pomme (2025). Finaliste aux mêmes prix en 2022 pour Métamorphose, l’autrice poursuit un travail reconnu pour sa délicatesse et sa profondeur.
Charlevoix comme laboratoire sensible
Profondément attachée à la région qu’elle fréquente depuis plusieurs années, l’artiste voit cette résidence comme une occasion d’ancrer son projet dans le territoire. La nature, omniprésente dans sa démarche, agit comme un catalyseur de création. « Me rapprocher du vivant m’aide à ralentir et à ressentir », confie-t-elle.
Au-delà du travail en atelier, Catherine de Gongre souhaite aller à la rencontre des citoyens de la région. Elle prévoit organiser des échanges autour du thème du départ des jeunes vers les centres urbains, une réalité bien présente en milieu régional. Ces discussions pourraient nourrir la trame narrative de Nymphéa, en y intégrant une dimension collective.
« Partager et écouter les expériences permettra d’élargir mon regard. Ce projet pourrait devenir un véritable laboratoire d’idées imprégné de l’imaginaire charlevoisien », souligne-t-elle.
Une résidence pour amorcer un tournant
Cette immersion créative représente également une étape stratégique dans le parcours de l’autrice. En consacrant un temps soutenu à Nymphéa, elle souhaite structurer son projet en vue d’une première démarche auprès d’une maison d’édition.
« Écrire et dessiner sur papier est pour moi un acte de résistance », affirme-t-elle. Portée par une intuition forte et une charge émotionnelle persistante, Catherine de Gongre voit dans cette résidence l’occasion de donner forme à une œuvre qui l’habite depuis plusieurs années.
À l’issue de son séjour, une présentation des croquis, planches et textes réalisés pourrait être offerte au public, témoignant du dialogue entre création artistique et territoire.
Dans le calme du Charlevoix, Nymphéa amorce ainsi son éclosion, entre ombre et lumière, à l’image du nénuphar qui lui donne son nom.
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