Le parc de la Côte-de-Charlevoix vu par ceux qui l’habiteront
Baie-des-Rochers est un des trois pôles du futur parc de la Côte-de-Charlevoix.
Le rapport de la consultation ethnographique et participative menée en amont de la création du parc de la Côte-de-Charlevoix est désormais public. Y sont colligés sans complaisance, les réalités, attentes et préoccupations des communautés qui accueilleront les trois pôles du parc, soit Baie-Saint-Catherine, Saint-Siméon et Baie-des-Rochers.
Le rapport présente notamment les résultats de différents sondages et activités de consultations menés tout au long de l’étude déposée au Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs par une équipe sous la direction de l’anthropologue et chargée de projet Méralie Murray-Hall.

Au final, le rapport de plus de 150 pages propose diverses pistes d’action, dont l’adoption d’une «gouvernance socialement adaptée».
«Plusieurs résident·e·s apparaissent déjà disposé·e·s à s’impliquer, tandis que d’autres demeurent plus réticent·e·s, en retrait ou difficiles à rejoindre. Cette asymétrie invite à réfléchir à la manière dont un projet institutionnel peut réduire sa distance avec les groupes qui s’y reconnaissent moins ou qui sont davantage marginalisés. La gouvernance devient alors un espace de médiation plutôt qu’un simple cadre décisionnel», peut-on lire dans le rapport qui rappelle l’hétérogénéité des communautés concernées.
«Résident·e·s permanents, villégiateurs, chasseurs, écologistes, motoneigistes, organismes environnementaux et autres groupes d’intérêt entretiennent des rapports différenciés au territoire», écrit-on.

Parmi les préoccupations recensées dans le rapport, on note, de la part de certains, une fin de non-recevoir qui ne saurait toutefois être généralisée.
«Une quantité de résident·e·s ont ainsi refusé d’emblée de nous rencontrer même après moultes propositions et stratégies afin de les convaincre de l’apport de leurs perceptions dans la consultation. Cette attitude d’une partie de la population native du village n’est toutefois pas l’indication d’une opposition ferme au projet selon un résident rencontré dans notre dernier séjour», estime-t-on.
On évoque également un «attachement viscéral au lieu et une méfiance quasi réflexe des interventions de gouvernance» pour certains résidents du secteur Baie-des-Rochers. «Ce village, perçu et vécu comme un espace à l’écart, a été façonné par une longue histoire de marginalisation qui explique une résistance exacerbée au changement et une volonté forte de préserver le statu quo. (…) La nouveauté y apparaît comme une menace susceptible de rompre des équilibres déjà fragiles», analysent les auteurs du rapport.
Ces derniers recommandent d’ailleurs la mise en place d’un comité consultatif citoyen territorial «avec des représentant·e·s des différents hameaux, organisations intermédiaires destinées à des besoins locaux, microengagements (…), etc.»
La communication semble d’ailleurs une clé de voûte du succès de la mise en place du parc.

«Les résultats de la consultation confirment que la communication ne constitue pas un simple outil de diffusion d’information, mais la condition même d’un projet perçu comme négocié plutôt qu’imposé», écrivent les auteurs, ajoutant que «le manque d’information ou les risques de désinformation, la confusion perçue entre les mandats de conservation du MELCCFP et ceux d’exploitation (et de mise en valeur) de la Sépaq, les phases subséquentes de développement du projet de parc et les craintes et pertes tangibles ou symboliques y étant associées (chasse, usages historiques de sentiers, accès privilégié au fleuve ou à des territoires, etc.) peuvent éroder la confiance locale du projet si ces informations ne sont pas clairement communiquées.»
Le rôle de levier économique du parc, son attractivité et l’accessibilité à la nature ont droit de cité de même que de nombreuses propositions citoyennes. Rappelons que les plans initiaux ont déjà été modifiés pour répondre à certaines doléances.
Transparence, ouverture, ajustement, «humilité organisationnelle», «souplesse administrative», écoute, sont au nombre des mots clés de la conclusion du rapport.
«(…) Le parc national pourrait devenir un projet de réconciliation sociale, économique et écologique, attentif aux fragilités des milieux qui le portent et désiré par les localités», conclut-on.
La démarche d’accompagnement ethnographique et participatif a été coordonnée par la firme Humain Humain, en collaboration avec Arpent.
Le rapport peut être consulté ici.
Rappelons que le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les Changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) vient de confirmer son intention d’aller de l’avant avec la création du parc en lançant le processus de consultation publique.
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Je ne comprendrai jamais les étapes discordantes dans le processus gouvernemental d’acceptabilité sociale. Pourquoi faire une consultation publique à la lumière de ce rapport de 150 pages qui reflète le résultat? Et pourquoi annoncer que le gouvernement ira de l’avant avant même d’avoir entendu les principaux intéressés?