Dans Charlevoix, la reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) gagne du terrain. Portée par Avise Centre de formation professionnelle de Charlevoix, elle permet à des adultes de faire reconnaître officiellement des compétences développées en dehors du parcours scolaire traditionnel. Mais derrière cet outil encore méconnu se cache un levier beaucoup plus profond : celui de la justice sociale.
« Ça va très bien en ce moment, ça progresse bien », affirme Shany Tremblay, directrice des services éducatifs aux adultes, de la formation professionnelle et des services aux entreprises au Centre de services scolaire de Charlevoix. Selon elle, le principal défi demeure la complexité du dispositif. « C’est un processus qui est quand même complexe à s’approprier. Ça demande du temps pour former les équipes et faire comprendre le concept. »
La RAC permet à des travailleurs d’éviter de reprendre une formation complète en faisant reconnaître leur expérience. Pourtant, elle reste peu connue du grand public et même de plusieurs employeurs.
Pour y remédier, Avise Centre de formation professionnelle de Charlevoix multiplie les initiatives, dont des rencontres avec des entreprises locales au Manoir Richelieu. « On veut aller comprendre leurs besoins et ensuite entrer dans les milieux pour expliquer concrètement ce qu’est la RAC », explique Robert Croteau, conseiller aux services aux entreprises.
Une justice sociale concrète, mais incomplète
Au-delà de l’aspect administratif, la RAC s’inscrit dans une logique reconnue à l’échelle internationale : celle de corriger des inégalités d’accès à l’éducation.
La thèse de Évelyne Mottais montre que ces dispositifs sont conçus pour permettre à des adultes, souvent issus de parcours atypiques ou défavorisés d’obtenir un premier diplôme qualifiant et ainsi améliorer leurs conditions de vie.
Concrètement, la RAC agit sur ce que la chercheuse appelle les « capabilités » : la capacité réelle d’une personne à faire des choix et à accéder à des opportunités, comme obtenir un diplôme ou progresser professionnellement.
Dans cette perspective, la RAC ne sert pas seulement à reconnaître des compétences : elle élargit les possibilités de vie. « On rejoint des personnes qui ont développé des compétences dans l’ombre », résume Mme Tremblay. « Des gens qui n’ont pas eu la chance de suivre un parcours scolaire classique. »
La RAC vise justement ces individus : travailleurs expérimentés, adultes ayant quitté l’école tôt, souvent des personnes ayant appris sur le terrain. Selon les travaux de Mottais, ces dispositifs sont pensés pour être plus équitables, en facilitant l’accès, la participation et l’obtention d’un diplôme, notamment pour les groupes sous-représentés.
Mais cette promesse reste partielle. « Les études montrent que ce n’est pas encore tous les groupes qui en bénéficient réellement », nuance la recherche, pointant des obstacles liés au parcours de vie, à l’environnement social ou encore au fonctionnement même des institutions. Dans Charlevoix, ces limites prennent une forme bien concrète.
Des contraintes régionales qui freinent l’équité
Le principal frein demeure la densité de population. « Pour offrir un programme, il faut être capable de former environ 22 personnes par année sans saturer le marché. Dans Charlevoix, c’est difficile », explique Mme Tremblay. Résultat : l’offre de formation et donc de reconnaissance des acquis est restreinte.
Certaines compétences ne peuvent aussi être reconnues sans formation obligatoire, notamment en santé ou en construction. À cela s’ajoute l’absence d’incitatifs fiscaux disponibles dans d’autres régions ressources. « On est un peu entre deux chaises », résume-t-elle.
Malgré ces contraintes, un élément distingue fortement la RAC : sa capacité d’adaptation. « On rencontre les gens quand ils sont disponibles tôt le matin, en soirée, même directement dans leur milieu de travail », explique M. Croteau. Cette flexibilité est essentielle. Elle permet de rejoindre des travailleurs qui, autrement, n’auraient jamais accès à une démarche de formation.
Pour les intervenants, la clé réside maintenant dans le développement du dispositif. Car selon la logique mise de l’avant par la recherche, plus la RAC est accessible, plus elle contribue à une société équitable en offrant une « seconde chance » à ceux qui en ont été privés. « C’est vraiment une question de reconnaissance », conclut Mme Tremblay.
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