Les plans climat des MRC en construction

Par Emelie Bernier 4:59 AM - 22 avril 2026 Initiative de journalisme local
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Josée Bouchard et Tim Giger.

Inondations, glissements de terrain, feux de forêt, érosion : les changements climatiques risquent de causer bien des maux de tête aux instances municipales dans un avenir plus ou moins rapproché. Les MRC en sont conscientes et élaborent présentement leur premier Plan Climat, un outil pour mieux faire face aux défis qui s’annoncent.

Chacune des deux MRC de Charlevoix dispose d’environ 1 million $ pour mettre en place son Plan Climat. Un tiers environ de ce montant est destiné à l’élaboration du plan et les deux tiers à la mise en œuvre de projets qui y sont identifiés.

Ce programme, volontaire, a été mis sur pied par le ministère de l’Environnement, de la Lutte aux Changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP). Toutes les MRC du Québec ont levé la main.

Si certaines ont confié le mandat d’élaborer leur premier Plan climat à des ressources externes, les deux MRC de Charlevoix ont embauché des conseillers environnement et transition climatique soit Tim Giger à la MRC de Charlevoix-Est et Josée Bouchard à la MRC de Charlevoix.

« Notre responsabilité est de faire l’élaboration et on dispose de trois ans, soit jusqu’en mars 2027. Une fois le plan fait, on commence la mise en place de projets et ça, ça peut être nous ou d’autres ressources, mais on espère bien sûr que ce soit nous ! », indique Mme Bouchard.

Le choix d’avoir recours à des ressources internes n’est pas anodin. « Ça favorise l’appropriation et le développement des compétences localement. Quand tu fais tout faire à l’externe par des consultants, le défi de s’approprier les résultats, de les porter, n’est pas le même », commente Mme Bouchard.

Josée Bouchard.

Deux MRC, un territoire

La collaboration entre les deux conseillers est quasi quotidienne. « Charlevoix et Charlevoix-est ont des enjeux et problématiques similaires. La plupart des parties prenantes qui sont associées de près ou de loin aux changements climatiques ne s’arrêtent pas aux frontières des MRC, qu’on pense à la Région de la biosphère, à Tourisme Charlevoix, à Mobilité Charlevoix, par exemple, alors on essaie le plus possible d’arrimer nos approches. C’est le premier plan climat pour tout le monde, on s’entraide », ajoute-t-elle.

Pas question de dédoubler les efforts déjà consentis.

« Les actions déjà mises en place ont été répertoriées : les ouvrages de protection qui existent déjà, les plans de sécurité civile, les infrastructures de protection des berges… On va créer du contenu, mais on essaie de considérer tout ce qui se fait déjà », indique Tim Giger.

« Une des premières lignes, c’est de s’ancrer dans l’existant », renchérit sa collègue Josée Bouchard.

Au cours des prochaines semaines, des rencontres sont prévues dans toutes les municipalités de la région. Seront conviés à la table les représentants des travaux publics, de la sécurité civile, de l’urbanisme, les directions générales, les élus… »

 « Le plan est fait par les MRC, mais dans l’optique qu’on travaille pour les municipalités et avec elles. On a beaucoup de collaboration de leur part. Elles nous fournissent l’information. Nous, on est là en tant que conseiller, pour récolter l’information, faire l’analyse, mais ensuite tous les projets qui vont découler du plan seront faits avec les municipalités. Elles connaissent leur territoire », indique Tim Giger.

Grande région, grands défis

Les défis pour l’élaboration du plan sont grands, notamment parce que les changements climatiques, bien qu’intangibles, affectent plusieurs sphères de la gestion municipale.

 « C’est complexe, les changements climatiques. Ça touche à tout. Comment on fait pour tout intégrer sans faire d’oubli ? On fait de notre mieux. Le but est d’obtenir des résultats, on ne veut pas que ce soit tabletté », indique Tim Giger.

« Juste s’arrimer avec les travaux du Bureau de projet sur la prévention des risques d’inondations dans le bassin de la rivière du Gouffre, c’est complexe. La peur d’avoir des angles morts est très présente, disons », indique pour sa part Josée Bouchard.

Lors des inondations de mars 1936, les rivières Malbaie (photo) et du Gouffre sont sorties de leur lit, provoquent glissements de terrain, embâcles et bris de chemins. À noter que les aléas des 200 dernières années seront considérés dans l’élaboration du plan. Courtoisie Centre d’archives régional de Charlevoix.

Les contacts sont soutenus entre la Ville et La MRC pour arrimer les deux plans. «Dans le plan climat, il faut soulever tous les risques potentiels associés à tous les aléas. En 3 ans, on n’a pas le temps de creuser tous les aléas tandis que le Bureau de projet, ça fait déjà 2 ans qu’ils font des études alors l’aléa inondation pour la rivière du gouffre sera hyper creusé. On va mettre les connaissances en commun. C’est à ça qu’on travaille présentement », ajoute Mme Bouchard.

Du support de l’UMQ

L’Union des municipalités du Québec, la Fédération des municipalités du Québec (FQM) et le ministère de l’Environnement (MELCCFP) sont de précieuses ressources, estiment-ils.

Les inondations du 1er mai 2023 ont marqué les esprits et mené à la mise sur pied du Bureau de projet sur la prévention des risques d’inondations dans le bassin de la rivière du Gouffre, un allié du Plan climat de la MRC de Charlevoix. Photo d’archives du 7 mai 2023.

« Le MELCCFP a de bonnes directives. On a des guides à suivre et la méthodologie nous a été fournie. Il y a de l’accompagnement, on n’est pas laissé à nous-mêmes », indique Tim Giger.

Des communautés de pratiques ont été créées, notamment à l’échelle de la Capitale-Nationale. Des rencontres ont lieu mensuellement.

Dans Charlevoix, le support de l’UMQ est apprécié.

« L’UMQ a une vision d’ensemble et nous dit : “acceptez que votre plan ne soit pas parfait, c’est un premier Plan climat qui va servir à mettre des actions concrètes en place pour être meilleur ensuite. L’objectif du programme est d’accroître les compétences locales”», rappelle Josée Bouchard. 

Une « montagne de données » est déjà disponible, mais le volet acquisitions de connaissances demeure fondamental dans la démarche. 

« Il y a vraiment beaucoup d’études et de rapport qui ont été faits, à divers niveaux, même à l’international, et il y a constamment de nouvelles choses qui sortent. Comment on fait pour avancer sans être bloqué par la paralysie de l’analyse ? », questionne Tim Giger. Sa collègue Josée Bouchard a une réponse.

Tim Giger.

«C’est un bon problème, trop de données. Il faut se rappeler que notre objectif n’est pas de faire un doctorat, c’est de faire un plan !», lance-t-elle avec un sourire.

Par exemple, illustre Mme Bouchard, chacune des MRC a son Plan de gestion des matières résiduelles, mais le Plan climat pourrait permettre de financer des actions concrètes pour, au final, réduire l’enfouissement et ainsi, ultimement, réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les deux MRC ont d’ailleurs désormais en main des inventaires exhaustifs de leurs émissions de gaz à effet de serre, une exigence du Plan Climat et un outil pour la suite.

«On peut être porteur de projet, mais la majorité du temps, on va être en soutien. S’il y a des actions à mettre en place, est-ce qu’on peut donner des ressources ? C’est ça, l’esprit. Le financement du plan climat pourra être utilisé pour des projets», indique Mme Bouchard.

Selon l’échéancier, le plan devra être soumis pour approbation en mars 2027 La mise en oeuvre du plan d’action pourrait profiter d’un second financement via le volet 2 de l’enveloppe du programme Accélérer la transition climatique locale (ATCL). 

Contrairement à l’élaboration du plan, sous l’égide du MELCCFP, sa mise en œuvre relèvera du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation.

«Une des raisons pour lesquelles ce sont les MRC qui font les plans climats, c’est pour alléger la tâche des municipalités qui ont énormément de choses à faire. Nous, on est un plan parmi d’autres qu’on leur rajoute et les municipalités ont des choses plus urgentes, très concrètes, alors comment on arrive à avoir des gains ? On travaille sur la perception des risques et on croit qu’il faut se préparer. Pourquoi ne pas, quand on fait de l’entretien de bâtiment, penser aux changements climatiques, par exemple ?», questionne Tim Giger qui rappelle que «pour chaque dollar investi dans la prévention, on économise 15 $ à long terme».

«L’inaction a un coût beaucoup plus important que la prévention», concluent-ils en chœur.

Un portrait avec la Société d’histoire de Charlevoix

La Société d’histoire de Charlevoix jouera un rôle dans le Plan climat. En effet, on lui a confié le mandat d’établir un Portrait climatique historique qui dresse un bilan des événements majeurs climatiques des 200 dernières années.

Inondation de 1936. Collection Jean-Luc Turcotte. Courtoisie Centre d’archives régional de Charlevoix.

« Ce portrait a pour but de nous aider à comprendre le passé. À partir de ça, on a commencé à faire des projections climatiques. Va-t-il faire plus chaud ? Va-t-il pleuvoir davantage ? On est en train de qualifier ça. S’il pleut plus ou plus intensément dans une courte période de temps, qu’est-ce qui arrive sur le terrain ? Où sont les risques ? Le passé est un source d’informations précieuses », estime Josée Bouchard.

Qu’est-ce qu’un Plan climat?

«Le plan climat est un document de planification stratégique qui a pour visée d’être itératif, donc mis à jour régulièrement. L’idée, c’est de faire un portrait territorial d’où on en est aujourd’hui en termes de changements climatiques. Quels sont les risques, qu’est ce qui s’est passé, qu’est-ce qui risque de se passer, dans le but de préparer les municipalités à faire face à tout ça. Où est-ce qu’il y a des risques d’inondations, des risques d’érosion, de glissement de terrain, et quels projets concrets pourrait-on faire pour limiter les risques, protéger la vie des habitants et les infrastructures.  En parallèle, le plan vise aussi à regarder quelles sont nos émissions de GES, tant au niveau des actifs municipaux-bâtiments, véhicules— mais aussi au niveau de la collectivité : transport, habitation, industries, agriculture… Une fois qu’on a ce portrait, qu’est-ce qu’on peut faire pour réduire ces émissions ? »

–Tim Giger 

NDLR: Ce texte est paru dans l’édition du Magazine Charlevoix de mars 2026.

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