Fonds de la Région de biosphère: serez-vous ours, saumon, castor ou merle d’Amérique?
Philippe Trudel, sa conjointe Marie-Josée et leur fils Vincent.
Le lancement de l’initiative Engagement Biodiversité Charlevoix, le 21 avril, a été l’occasion d’annoncer que près de 250 000 $ ont déjà été récoltés auprès de donateurs privés, entreprises, fondations et organisations partenaires. Chaque type de don ou d’engagement est assorti à un nom d’animal du territoire charlevoisien, un clin d’oeil à la biodiversité à protéger.
Plusieurs donateurs ont eu droit de cité lors du lancement et l’engagement de l’avocat Philippe Trudel n’est pas passé inaperçu. Il s’est engagé à remettre 90 000 $ sur trois ans. « Une grande partie de ma vie professionnelle a été dédiée à l’environnement », explique-t-il.
Son cabinet, le bureau d’avocats Trudel Johnston et L’Espérance de Montréal, a notamment remporté le très médiatisé procès contre les cigarettiers. Le succès de l’injonction pour empêcher le port en eau profonde à Cacouna dans l’aire de reproduction du béluga peut aussi lui être attribué. Le cabinet a également mis de la pression sur le gouvernement fédéral pour les forcer à mettre en oeuvre le plan de rétablissement du caribou forestier.
« Il y a un vraiment un impact direct dans Charlevoix. (…) J’ai ralenti ma pratique professionnelle et c’était naturel de revenir m’impliquer dans Charlevoix », dit l’homme qui a fait, avec sa conjointe, l’acquisition du Domaine Belle plage de Baie-Saint-Paul.

« J’ai œuvré dans l’entreprise privée toute ma vie et je trouve ça très important que l’entreprise privée s’implique activement. (…) Oui, le reçu fiscal, c’est génial, mais ce n’est pas la raison principale pour donner de l’argent. Ça permet d’en donner beaucoup plus. »
Il s’est engagé à faire la promotion d’un autre « mécanisme » soit les dons pour les fiducies de conservation. « Ça permet de geler le développement de certains territoires écosensibles à perpétuité. Je m’engage à travailler là-dessus dans les prochaines années et j’espère avec des beaux résultats qu’on pourra partager. »
« Ça avait toujours été logique pour moi de faire compenser mes clients pour leurs déplacements. Le 1er mai 2023, ç’a été mis en place sous forme de compensation pour les GES avec un fonds Planetair, mais mon idéal était que tout l’argent soit investi dans Charlevoix », dit celle qui voit enfin son vœu exaucé. « On est passé d’une compensation GES à une contribution pour la biodiversité et je suis extrêmement fière de ça. »
Le montant de 4,05 $ repose sur un calcul « très factuel » et apparaît sur la facture. « Parfois, certains clients posent des questions, mais sans plus », lance-t-elle, espérant inspirer d’autres entrepreneurs à mettre en place une telle initiative.
Josée Gauthier, propriétaire du Domaine Frais Air de Cap-à-l’Aigle, a pour sa part remis 5005 $ au Fonds pour une première année. Depuis 2023, ses clients paient une compensation carbone de 4,05 $ lorsqu’ils réservent un séjour en chalet.

Coup de pouce de la Fondation de la Faune
La Fondation de la Faune agira à titre de gestionnaire du fonds dédié, en remettant par exemple des reçus pour fins d’impôts, en plus d’avoir offert le premier don de 5000 $.
« À la Fondation, depuis nos débuts, on reçoit des redevances sur les permis de chasse, pêche, piégeage. On peut donc soutenir différentes actions au Québec et on développe des fonds qui permettent à des organismes de mettre de côté des sommes pour leur cause… Avec la mise en œuvre du Plan d’action de la RBC, on trouvait que c’était une belle façon de soutenir les actions de restauration, de conservation et de mise en valeur dans la région », résume Annabelle Avery, du Développement stratégique.
Il demeure d’ailleurs toutefois possible de compenser ses émissions de gaz à effet de serre via Planetair qui investit dans des portefeuilles de compensation carbone reconnus.

« Ça demeure intéressant pour les organisations qui doivent le faire pour maintenir une certification, par exemple », explique Jennie Barrette, directrice par intérim de la RBC.
Cette dernière a été « saisie » par la volonté collective de faire partie du mouvement et à investir dans la biodiversité.
« Je crois que les gens sentent qu’il faut se mettre ensemble. Je n’ai pas tordu de bras pour aller chercher ces sommes-là », souligne-t-elle. Il faudra toutefois « cinq fois plus que 250 000 $» pour assurer la mise en œuvre du Plan de conservation de la biodiversité et des milieux naturels, considérant qu’un important financement d’Environnement et Changement climatique Canada s’est conclu fin mars et n’a pas été renouvelé.
« Le fonds ne va pas financer les opérations courantes, on a d’autres mécanismes pour ça, dont notre offre de service, mais il va servir de levier pour aller chercher du financement qui va permettre de faire cheminer les actions inscrites dans le plan avec nos divers partenaires », conclut-elle.
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Là on commence à parler sérieusement de conservation des écosystèmes dans Charlevoix. Pourvu que le politique suive.