Reconnaissance des acquis : un pilier à la crise de la main-d’œuvre dans la région

Par Félix Côté 5:30 AM - 21 avril 2026
Temps de lecture :
viAse Centre de formation Charlevoix. Photo archive

Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre et de transformation du marché du travail, la reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) s’impose progressivement comme un levier stratégique dans Charlevoix. Longtemps méconnue, cette démarche permet aujourd’hui à de nombreux travailleurs d’obtenir une reconnaissance officielle de leurs compétences sans retourner sur les bancs d’école.

Il y a quelques années à peine, Charlevoix accusait un certain retard en matière de RAC. « On était vraiment en décalage par rapport au reste du Québec dans nos activités en reconnaissance des acquis », explique Shany Tremblay, directrice des services éducatifs adultes au Centre de services scolaire de Charlevoix.

Depuis environ trois ans, la situation a changé de façon marquée. L’offre de services s’est structurée, des équipes d’experts ont été mises en place et les résultats commencent à se faire sentir. « C’est hallucinant comment ça augmente », souligne Mme Tremblay, qui compare la RAC à une boule de neige qu’il faut constamment pousser pour qu’elle continue de grossir.

Cette progression s’inscrit directement dans le contexte actuel de pénurie de main-d’œuvre. De plus en plus d’entreprises embauchent des travailleurs sans formation formelle, qui développent leurs compétences sur le terrain. « La personne a été embauchée sur le tas […] puis après, elle a assez développé pour qu’on puisse dire : au regard du programme d’études, tu as développé des choses, on va te les reconnaître », explique-t-elle.

La RAC devient ainsi un outil pour rehausser les compétences d’une main-d’œuvre déjà en emploi, tout en valorisant les apprentissages informels.

Un levier stratégique pour les entreprises

Pour les entreprises de la région, les avantages sont multiples. La RAC agit d’abord comme un outil d’attraction et de rétention.

« Des personnes qui se sentent valorisées par leur employeur […] ça devient plus facile d’être plus attractif », affirme Robert Croteau, responsable de la RAC au centre Avise Charlevoix. Il ajoute que cette reconnaissance contribue aussi à fidéliser les employés, qui se sentent soutenus dans leur développement professionnel.

Certaines organisations ont déjà intégré cette approche dans leurs pratiques. Dans le réseau de la santé, notamment, la RAC est bien implantée. « Le CIUSSS connaît assez bien la RAC […] et ils sont en train de le proposer dans d’autres secteurs que la santé », mentionne Mme Tremblay, en citant notamment la reconnaissance des compétences en cuisine.

Dans le secteur de la restauration, des exemples concrets émergent également. « Même le propriétaire a obtenu son diplôme par la reconnaissance des acquis, puis il y a du personnel dans son restaurant qui a obtenu son diplôme par-là », raconte-t-elle à propos d’une entreprise locale.

Au-delà de la rétention, la RAC permet aussi d’assurer un certain niveau de qualité et d’efficacité. « Pour l’employeur, avoir des personnes compétentes, c’est important […] c’est un gage de sécurité pour la viabilité de son entreprise », souligne M. Croteau.

Une reconnaissance valorisante pour les travailleurs

Du côté des employés, la RAC représente souvent bien plus qu’un simple diplôme. Elle permet de reconnaître officiellement des années d’expérience souvent acquises dans l’ombre.

« Ce n’est pas tout le monde qui est capable d’aller à l’école traditionnelle », rappelle M. Croteau. Pour plusieurs, la démarche devient une seconde chance. « Quand la personne prend conscience que tout ce qu’elle connaît […] ça mérite un diplôme, ça lui donne beaucoup d’avantages. »

La reconnaissance joue également un rôle clé dans le bien-être au travail. « C’est vraiment la plus grosse différence entre le bonheur au travail ou le fait d’être jamais reconnu », affirme-t-il.

Sur le plan concret, l’obtention d’un diplôme ouvre des portes. Elle permet d’accéder à des promotions ou à de nouvelles opportunités. « Pour accéder à des postes supérieurs, il faut que tu aies ton diplôme », souligne Mme Tremblay. Une reconnaissance officielle peut aussi servir de levier de négociation salariale ou de mobilité professionnelle.

Un processus structuré, centré sur l’expérience

La démarche de reconnaissance des acquis repose sur un principe simple : reconnaître ce que la personne sait déjà, peu importe comment elle l’a appris.

« Ce qui nous intéresse, c’est : tu le sais-tu, oui ou non ? », résume Mme Tremblay.

Le processus se déroule en plusieurs étapes, clairement définies. D’ailleurs, le guide présenté dans le document d’information détaille une démarche en six étapes, allant de l’accueil jusqu’à l’acquisition des compétences manquantes.

Concrètement, tout débute par une prise de contact et une analyse du dossier. « On va commencer par lui demander son expérience […] ça va nous aider vraiment à procéder à l’analyse du dossier », explique M. Croteau.

Une fois cette étape franchie, la personne est rencontrée par un expert de contenu qui évalue ses compétences. « Il va faire un bilan de l’ensemble de ses compétences », précise-t-il.

Si certaines compétences sont manquantes, un plan d’accompagnement est mis en place. Contrairement à un parcours scolaire traditionnel, la RAC ne repose pas sur l’enseignement, mais sur la démonstration des acquis. « Ce n’est pas à nous autres à lui enseigner […] c’est à elle d’aller nous démontrer qu’elle connaît les compétences », insiste M. Croteau.

La démarche inclut ensuite une évaluation formelle, puis, au besoin, une phase d’acquisition des compétences manquantes. L’objectif final : obtenir un diplôme équivalent à celui délivré en formation professionnelle. Le document le rappelle clairement : « Le diplôme obtenu […] est le même que celui obtenu à la suite d’une formation dans un centre de formation professionnelle » .

Particularité importante : il n’y a pas d’échec en RAC. « Tu vas recommencer demain jusqu’à ce que tu réussisses », résume M. Croteau, mettant de l’avant une approche basée sur l’accompagnement et la persévérance.

Une reconnaissance appelée à croître

La reconnaissance des acquis gagne en notoriété, portée par le bouche-à-oreille et les expériences positives.

« Ça commence à faire des petits », observe Mme Tremblay.

Dans un contexte où les parcours professionnels sont de plus en plus atypiques, la RAC pourrait bien devenir un pilier incontournable du développement de la main-d’œuvre régionale, en conciliant expérience, reconnaissance et performance.

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

À lire également

Postes Canada annonce une perte record de 1,57 milliard $ en 2025

Québec et les médecins spécialistes parviennent à une entente de principe

Pas d’échantillonnages dans les rivières cet été dans Charlevoix

Horizon

Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.

Horizon

Toujours là pour notre monde

Présenté par Assemblée nationale du québec
Horizon

De Me Lise Robitaille à Dion Rhéaume : un passage de flambeau 

Présenté par cabinet Dion Rhéaume avocats et notaires
Horizon

S’établir à Saint-Hilarion : un choix de qualité de vie au cœur de Charlevoix

Présenté par Municipalité de Saint-Hilarion
Horizon

L&M Design : L’union de deux forces créatives pour vos projets de design d’intérieur dans Charlevoix

Présenté par L&M Design
Horizon

À l’agenda de la députée Kariane Bourassa, députée de Charlevoix-Côte-de-Beaupré

Présenté par Assemblée nationale du Québec
Horizon

Charlevoix, un modèle pour les familles du Québec

Présenté par Assemblée nationale du Québec