Nouvelles zones inondables : plus de transparence, mais aussi plus d’inquiétudes

Par Félix Côté 5:30 AM - 11 avril 2026
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Le déploiement progressif de la nouvelle cartographie des zones inondables par le gouvernement du Québec, amorcé en mars 2026, marque un tournant dans la gestion du risque lié aux inondations. Si cette mise à jour vise d’abord à mieux outiller les citoyens et les municipalités face aux changements climatiques, elle pourrait aussi entraîner des conséquences concrètes sur l’assurance habitation… et sur la valeur des propriétés.

« L’information, c’est le pouvoir », résume Suzanne Michaud, vice-présidente en assurance chez CAA-Québec. « Oui, ça peut être un choc pour certains de découvrir qu’ils sont désormais en zone à risque, mais ça permet aussi de poser des gestes pour se protéger. »

Une carte attendue… et plus sévère

La précédente cartographie n’avait pas été mise à jour depuis plusieurs années. Entre-temps, les événements climatiques extrêmes se sont multipliés, transformant la fréquence des inondations.

« Ce qu’on considérait comme des crues aux 100 ans arrive maintenant parfois aux cinq ou 25 ans », explique Suzanne Michaud. Résultat : davantage de propriétés pourraient désormais être classées en zone inondable.

Le gouvernement a opté pour une diffusion graduelle des nouvelles cartes, notamment afin de permettre aux municipalités de s’adapter. « Certaines personnes n’étaient pas en zone inondable auparavant, mais avec le vécu des dernières années, on réalise qu’elles sont plus à risque qu’on le croyait. »

Assurance : des primes à la hausse… et des limites

Cette reclassification aura un impact direct sur l’assurance habitation. CAA-Québec évoque notamment une possible hausse des primes, des limitations de couverture et une souscription plus complexe pour les protections liées aux inondations.

Contrairement à certaines perceptions, une maison ne devient pas « non assurable » dans son ensemble. « L’assurance habitation couvre plusieurs risques comme le feu ou la grêle. Mais pour l’inondation, c’est un avenant, et tous les assureurs ne l’offrent pas », précise Suzanne Michaud.

Dans les zones les plus exposées, certains assureurs pourraient refuser cette protection. « Quand ce n’est plus une probabilité mais une certitude que la maison sera inondée, l’assureur peut décider de ne plus couvrir ce risque », explique-t-elle. Des cas similaires ont déjà été observés, notamment à Montréal, où certaines propriétés ont subi des inondations répétées.

Une pression sur la valeur des propriétés

Au-delà de l’assurance, la nouvelle cartographie pourrait aussi influencer le marché immobilier.

« Une maison qui devient située en zone inondable doit être déclarée. Forcément, ça peut refroidir certains acheteurs », souligne Suzanne Michaud. Elle rappelle que l’information sur le risque est déterminante dans une transaction, surtout dans un contexte où les données sont désormais plus accessibles au public.

La prévention comme première ligne de défense

Face à cette nouvelle réalité, la prévention devient essentielle. CAA-Québec recommande plusieurs mesures concrètes pour limiter les dommages :

• installer un clapet antiretour ou une pompe de puisard;

• améliorer le drainage du terrain pour éloigner l’eau de la maison;

• utiliser des matériaux résistants à l’eau au sous-sol;

• surélever les équipements sensibles;

• éviter d’entreposer des biens de valeur en zone vulnérable.

« L’idée, c’est de ne pas reconstruire de la même façon après un sinistre », insiste Suzanne Michaud, évoquant l’importance d’adapter les habitations aux nouvelles réalités climatiques.

Un changement de culture en vue?

Le gouvernement du Québec prévoit d’ailleurs investir 425 millions de dollars sur cinq ans, notamment via un nouveau volet du programme Rénoclimat, afin d’encourager les travaux de résilience.

Pour Suzanne Michaud, cette cartographie envoie un message plus large : « On a tous une responsabilité collective. Si on choisit de se construire en zone à risque, il faut le faire en conséquence. »

Elle rappelle que les coûts des sinistres sont ultimement partagés par l’ensemble des assurés. « Ce n’est pas juste une question individuelle, ça a un impact sur le coût des assurances pour tout le monde. »

Mieux informés, mais face à des choix

En rendant l’information plus accessible, le gouvernement souhaite réduire l’écart entre ce que savent les assureurs et ce que connaissent les citoyens.

Une transparence nécessaire, mais qui place désormais plusieurs propriétaires devant une réalité plus complexe : celle d’habiter — ou d’investir — dans un territoire où le risque est appelé à évoluer.

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