Le mystère des quais : plongé dans un projet mis sur pause

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Par Jérôme Gagnon 5:30 AM - 7 avril 2026
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Une page d'un document obtenu à la suite de notre demande d'accès.

Des questions demeurent quant au projet du dossier d’opportunité des quais de Saint-Joseph-de-la-Rive-L’Isle-aux-Coudres. Comme c’est fréquemment le cas dans les demandes d’accès à l’information, plusieurs éléments ont été caviardés pour des raisons liées au secret professionnel. Le Charlevoisien a néanmoins obtenu 305 pages de documents auprès de la Société québécoise des infrastructures (SQI), couvrant la période d’octobre 2022 au 31 août 2023.

L’analyse des courriels, comptes rendus et documents techniques permet de retracer partiellement l’évolution du projet. Plusieurs éléments clés demeurent toutefois caviardés — notamment les options étudiées, certaines conclusions et les estimations de coûts — ce qui limite la compréhension complète des décisions prises. La demande initiale, qui visait une période plus large, a par ailleurs été refusée.

Un fleuve difficile à dompter

À l’automne 2022, le projet est structuré autour de plusieurs intervenants. La Société des traversiers du Québec (STQ) agit comme maître d’ouvrage, tandis que la SQI en assure la gestion. Des firmes externes sont impliquées, dont WSP pour les études techniques, Régis Côté et associés pour l’architecture, et Vertima pour l’animation du processus de conception intégrée (PCI).

Le 5 octobre 2022, une mise à jour de la modélisation hydro-sédimentaire est présentée. Elle indique notamment que le fond marin est en moyenne plus élevé que ce qui était estimé auparavant et que certaines données utilisées dans le modèle initial surestimaient la vitesse des courants. Une nouvelle stratégie de modélisation est alors recommandé.

Dès novembre 2022, le projet est organisé en ateliers de travail entre la SQI, la STQ et des firmes externes. Il est divisé en deux volets, soit la rive nord (Saint-Joseph et Cap-aux-Diables) et la rive sud (L’Isle-aux-Coudres), afin d’analyser les différentes options et leurs contraintes.

Plusieurs éléments techniques sont déjà définis. On y lit que les quais seraient construits de façon similaire, avec des infrastructures comparables d’un site à l’autre, tant sur le plan structural qu’électrique. Les analyses environnementales (sans la route) concluent également à peu de différences entre les options, ces impacts étant jugés « non discriminants ».

Les conditions de navigation sont également détaillées. Les marées sont similaires aux deux sites étudiés, avec un marnage pouvant atteindre environ 7 mètres. Le quai de Saint-Joseph-de-la-Rive pourrait ainsi être rehaussé afin d’assurer une profondeur minimale équivalente, lit-on. Les analyses envisagent un poste d’accostage abrité des tempêtes du nord-est et un quai principal conçu pour simplifier les manœuvres.

Les semaines suivantes, plusieurs scénarios d’aménagement sont alors étudiés simultanément, mais ceux-ci évoluent rapidement. Certaines options sont abandonnées ou modifiées au fil des discussions, sans que leur contenu précis soit accessible en raison du caviardage.

En décembre, le projet entre dans une phase plus structurée. Des rapports d’avancement sont préparés en vue d’un comité directeur, un registre des risques est élaboré et des grilles d’analyse sont mises en place pour comparer les scénarios.

Le budget prend la place

En janvier 2023, le projet fait l’objet de rencontres de coordination technique entre la SQI et la Société des traversiers du Québec. Des ingénieurs, architectes et gestionnaires de projet sont alors mobilisés pour structurer les analyses et faire avancer le dossier. C’est aussi à ce moment que des éléments concrets du chantier se précisent, notamment la nécessité de maintenir le dragage pendant les travaux.

Le 20 janvier, les pilotes de la traverse sont consultés afin de valider les conditions de navigation. Cependant, dès la fin janvier, le ton change. Des échanges internes confirment qu’un arrêt temporaire du projet est envisagé. Dans un courriel, il est mentionné qu’une « communication officielle de l’arrêt temporaire » est en préparation.

Les intervenants indiquent également qu’il n’est « pas bénéfique de faire plus d’activité à cette étape », et que les travaux reprendront seulement lorsque la portée du projet, le budget et les autorisations nécessaires seront confirmés.

Au fil des échanges, la question des coûts prend une place de plus en plus importante dans le dossier. D’abord abordés dans un cadre technique, les courriels font état d’une volonté « d’arriver à une compréhension commune du profil budgétaire », alors que plusieurs éléments demeurent à préciser.

Certaines communications font notamment référence à un « coût de projet de […] dollars », sans qu’il soit possible d’en connaître la valeur .

Le dossier prend alors une dimension politique. Un courriel daté du 3 février 2023 indique que la PDG de STQ, Greta Bédard, a rencontré la ministre des Transports et de la Mobilité durable, Geneviève Guilbault, afin de lui présenter le dossier d’opportunité et l’option retenue qui devait être recommandée.

Une demande est ensuite transmise pour faire suivre l’information au cabinet ministériel.

Mise à jour : La Société québécoise des infrastructures précise que la rencontre concernait uniquement le dossier de la traverse entre Rivière-du-Loup et Cacouna.

Mais un courriel daté du 24 avril marque un tournant. On y mentionne que les équipes « travaillent sur un plan de redémarrage […] histoire de ne pas trop se démobiliser ».

À la fin des documents transmis, le projet est toujours en cours, mais en révision. Début mai, il est indiqué que « les besoins seront révisés ».

Une réunion du comité directeur tenue le 29 juin 2023 apporte toutefois un éclairage plus clair. Il y est indiqué que le projet sera redéfini et qu’il « demeurera sur pause pour les prochains mois ». Les documents mentionnent également qu’un nouveau mémoire devra être rédigé afin d’obtenir les autorisations nécessaires pour la suite du dossier.

Les éléments les plus déterminants — choix d’options, conclusions techniques et coûts détaillés — demeurent caviardés, ce qui limite la compréhension des orientations prises.

Rappelons que la décision de reporter le projet a été annoncée le 18 août 2023 publiquement. À ce moment, la Société des traversiers du Québec indiquait que l’estimation préliminaire pour une reconstruction complète dépassait le milliard de dollars. La réfection des terminaux actuels a donc été priorisée.

Amorcé en 2020, le projet de renouvellement des infrastructures portuaires de la traverse de L’Isle-aux-Coudres devait être relancé en 2026, incluant également la route liée à l’option Cap-aux-Diable.

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Claude Harvey
Claude Harvey
1 mois il y a

Aucun elu de l’est. ́la MRC ou Tourisme Charlevoix ne réagit a cette position tres affirmé du maire de l’ile-aux-Coudres pour le déménagement de la traverse vers Baie-Saint-Paul. Déjà les commerces des Éboulements seraient les premiers perdants. Les gens de l’ile-aux-Coudres iraient chercher tout leur service a Baie-Saint-Paul alors qu’ils peuvent tourner a droite ou a gauche en haut de la Côte. Mais c’est surtout la dynamique touristique qui changerait. Les touristes de l’est seraient moins enclins a aller a l’ile-aux-Coudres et ceux en provenance de Baie-Saint-Paul n’aurait plus l’option de pousser leur découverte vers l’est et ses attraits. La Côte qui a été rénové a coûts de millions deviendrait a peu près inutile. Pas sur que l’ile-aux-Coudres sortira gagnant de son alliance avec le diable sauf peut-être pour un marin comme monsieur le maire.

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