Je sais, ce n’est pas un oiseau…

Par Michel Paul Côté 6:00 AM - 5 avril 2026 Chroniqueur | oiseauxcharlevoix@gmail.com
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Presque toujours suspendue avec la tête en bas. Petite bête que plusieurs trouvent sympathique. J’en suis.

On m’a posé la question : « Pourquoi s’intéresser à la chauve-souris, vous savez, ce n’est pas un oiseau ? »

Effectivement, cette petite bestiole mal-aimée est un mammifère de la famille des Chiroptères. Le terme provient du grec et signifie « Main ailée ». Il existe 1400 espèces de chauves-souris sur terre, soit 20% de tous les mammifères. C’est le groupe de mammifères le plus important après celui des rongeurs.

Au Québec, nous avons 8 espèces. Trois espèces retourne dans le Sud l’hiver, les cinq hibernent ici, souvent dans de petites grottes naturelles et des cavernes, parfois dans des mines abandonnées.

C’est un animal assez fascinant, qui suscite sans raison la crainte, et qui rend des services incalculables à notre environnement pendant la nuit, alors que nous dormons. Les chauves-souris jouent un rôle vital au sein de la biodiversité en contrôlant la population d’insectes nuisibles et en contribuant à la pollinisation des fruits et des fleurs.

Une chauve-souris dévorera des milliers d’insectes à chaque nuit.

Le ciel, à la tombée du jour, nous permet souvent d’observer les chauves-souris qui débutent leur festin nocturne : quelques milliers d’insectes qui ne vous embêteront plus.

Une université de Floride a effectué une expérience en 1990. On installa un dortoir à chauves-souris capable d’accueillir 200,000 individus. Après des premières années difficiles (18 mâles la première année…), en 1998, 70,000 chauves-souris s’étaient établies. Elles consommaient chaque nuit 60 millions d’insectes nuisibles à l’agriculture, ce qui a permis aux agriculteurs du secteur de totalement éliminer l’utilisation de pesticides. Depuis, évidemment, c’est une méthode très répandue aux États-Unis pour réduire les frais associés à l’agriculture.

Le chiroptère se dirige grâce à un système sophistiqué d’écholocalisation. Il émet des ultrasons qui sont reflétés par les insectes, ce qui leur permet très rapidement de capturer leur proie.

Au niveau de la reproduction, c’est assez fascinant. La femelle est fécondée pendant l’hiver, mais contrôle le moment idéal pour ovuler et développer son embryon au printemps. Lorsque les conditions souhaitées de lieu et de température sont réunies, elle décidera alors d’aller de l’avant et de se reproduire. La période de gestation dure de 40 à 70 jours. Un seul chauve-souriceau naîtra. Si les conditions ne sont pas propices, les femelles peuvent décider de ne pas se reproduire. Pour l’élevage du petit, les femelles se regroupent. Les mâles sont totalement exclus du processus une fois que leur ‘3 secondes de gloire’ est terminé, l’hiver précédent.

Depuis plusieurs années, une maladie à fait beaucoup de dommage aux populations de chauves-souris en Amérique du Nord. Le syndrome du museau blanc. Il s’agit d’une infection fongicide causée par un champignon. Hautement transmissible entre les chauves-souris, la maladie a décimé plus de 90% de certaines espèces de chauves-souris. Les chauves-souris se réveillent pendant l’hiver, sortent même voler, ce qui les affaiblit énormément et les rend trop faibles pour survivre jusqu’au retour du beau temps. Cette maladie ne représente aucun danger pour l’homme. Des recherches pour trouver un traitement probiotique sont en cours et laissent entrevoir la survie du mammifère. Mais la route pour rebâtir les populations sera longue, et les chauves-souris auront besoin de notre aide.

C’est ici que la SHEC (Société d’Horticulture, d’Ornithologie et d’Écologie de Charlevoix) intervient.

Plusieurs centaines de nichoirs d’oiseaux furent installés dans les différentes municipalités de Charlevoix, en collaboration avec la SHEC. Les environnements fréquentés par les hirondelles et les chauves-souris sont très similaires, car les deux espèces ont les mêmes habitudes alimentaires et fréquentent les mêmes milieux.

En collaboration avec ses partenaires municipaux, la SHEC ajoutera en différents endroits propices quelques dortoirs à chauves-souris. Il est probable que le parcours des Berges de Clermont ainsi que la Pointe du Bout d’en Bas de l’île aux Coudres soient choisis pour effectuer les premiers tests. Les deux endroits offrent des milieux favorables, soit des plans d’eau, des espaces tranquilles et peu éclairés la nuit, et des insectes en très grande quantité…

Les nichoirs à vocation citoyennes comportent idéalement 2 ou 3 compartiments. On installe à environ 4 mètres de hauteur dans un endroit un peu dégagé, pas trop loin d’un plan d’eau, et loin d’un éclairage nocturne. On veut obtenir au moins 4 heures d’ensoleillement matinal. Un arbre peut être adéquat, mais un poteau est préférable.

Au niveau des citoyens, que pouvez-vous faire ? C’est ici que la « Science Citoyenne » prend toute son importance et devient indispensable. Des études récentes effectuées par des organismes ont démontré que peu de chiroptères étaient présents dans Charlevoix. Pourtant, ils sont présents partout au Québec… Nous croyons que le manque d’observateur est possiblement une cause de la sous-représentation de Charlevoix, de même qu’un manque de dortoirs. Des échanges récents avec des citoyens lors de conférences sur les oiseaux ont démontré que la chauve-souris est toujours présente chez plusieurs. La SHEC demande donc aux citoyens de leur identifier les endroits où vous observez régulièrement des vols de chauves-souris à la tombée du jour. Cela aidera grandement à évaluer où se trouvent encore nos petites bêtes afin d’établir un plan d’intervention. Il suffit d’envoyer un court courriel à oiseauxcharlevoix@gmail.com

La SHEC travaille avec le centre de jour de St-Placide pour fabriquer des dortoirs à chauves-souris qui correspondront aux normes recommandées par les organismes

officiels. Il est clair que les petits dortoirs à 2 ou 3 compartiments, vendus couramment dans le marché sur Amazon et Canadian Tire, contribuent positivement à accueillir de petites colonies chez vous. Ne vous privez pas de ce plaisir qui rend service aux chauves-souris et à notre environnement.

J’aurai l’occasion de revenir sur le sujet lors des prochaines semaines afin de vous faire apprécier cette mal-aimée.

Bonnes observations

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