À la suite de la récente sortie de la ministre, Mme Sonia Bélanger, qui annonce un retour en arrière afin de redorer l’image des CLSC, je me questionne sérieusement sur la réalité dans laquelle elle évolue.
Le virage vers les GMF a coûté extrêmement cher, et bien qu’il ne soit pas parfait, il demeure fonctionnel à ce jour. Revenir à un modèle des années 1980, où les CLSC seraient la principale porte d’entrée, me semble difficilement justifiable, surtout quand on a déployé, à grands frais, le service 8-1-1, qui joue déjà ce rôle.
Concrètement, en quoi le fait que mon code postal soit rattaché à un CLSC améliorerait-il ma réalité? Il faut être déconnecté du terrain pour croire que cette mesure aura un réel impact.
Mme LeBel a-t-elle seulement pris le temps de visiter les CLSC actuels? D’évaluer leur état, leur capacité d’accueil, les espaces disponibles? A-t-elle chiffré les coûts réels d’une mise à niveau? Chez nous, à La Malbaie, le CLSC est désuet. Des employés travaillent à plusieurs dans des bureaux partagés, tandis que d’autres ont été relocalisés dans un autre bâtiment (le centre communautaire), où une équipe complète (TSA, DSI, DP) occupe déjà tout un étage.
A-t-elle pris le temps de parler aux intervenants sur le terrain? Permettez-moi d’en douter. Les CLSC ne sont déjà plus la porte d’entrée et, pourtant, ils sont débordés… eux aussi à bout de souffle. Mais, contrairement à nous, ils ne peuvent pas s’exprimer librement sans risquer leur emploi.
Et pendant ce temps, on multiplie les projets qui, sur papier, sont magnifiques… mais qui, dans la réalité, deviennent des symboles d’improvisation et de déconnexion.
Parlons des fameuses maisons des aînés. Celle de Charlevoix en est un exemple frappant. Même lorsqu’elle est ouverte, on n’est pas en mesure d’exploiter toutes les ailes par manque de personnel. Comment peut-on en arriver là? Comment un CIUSSS et le MSSS peuvent-ils autoriser et construire de telles infrastructures sans s’assurer, en amont, que les ressources humaines seront au rendez-vous pour les faire fonctionner?
On investit dans la brique, mais pas dans les humains. Résultat : des installations neuves… partiellement inutilisées.
Et ce n’est pas un cas isolé. Les exemples d’échecs ou de projets qui stagnent sont nombreux. Pensons notamment à l’hôpital de La Malbaie. Pensons aussi au CHSLD de Montmagny, qui aurait dû voir le jour depuis longtemps et qui fait partie des sept projets toujours coincés à l’étape de planification du PQI. Pendant ce temps, les besoins, eux, ne cessent d’augmenter.
Combien coûtera encore cette nouvelle idée? Encore une fois, on annonce des réformes sans valider les besoins du terrain. Soyons lucides : cette annonce arrive aussi dans un contexte où le mouvement « Le communautaire à boutte » prend de l’ampleur. Est-ce une tentative de détourner l’attention?
En quelle année, dans quelle langue faudra-t-il le dire pour que nos élu(e)s descendent enfin sur le terrain, sur le « plancher des vaches », et prennent le temps de travailler aux côtés de celles et ceux qui vivent ces réalités au quotidien : le communautaire, les enseignants, les paramédics? Ce sont eux qui connaissent les besoins réels. Pourtant, dans les hautes sphères, on semble encore passer à côté.
Je ne suis qu’une directrice générale d’un organisme communautaire, mais même moi, je sais qu’avant d’imposer des changements, il faut consulter et comprendre le terrain.
Ce matin, je ressens un profond malaise. Ce système ne fonctionne pas. Comment arrêter cette succession de réformes coûteuses et déconnectées? Comment faire comprendre à la ministre qu’elle fait fausse route?
J’ai mal à mon Québec. J’ai mal de voir des gens mourir de faim et de froid dans la rue, pendant que des décisions coûteuses sont annoncées sans fondement solide. On parle d’un investissement de 10 millions de dollars pour cette réforme — c’est irréaliste. Plusieurs d’entre nous le savent.
Voici un exemple concret. Le CIUSSS de la Capitale-Nationale a fait basculer mon organisme, L’Éveil, vers le Programme de réponse aux campements communautaires (PRCC – fonds fédéral). On peut donc présumer qu’après nous avoir amenés à réaliser des rénovations de l’ordre de 220 000 $ pour ouvrir un service, ils étaient conscients que cela nécessiterait un financement adéquat pour assurer l’opération d’un service d’hébergement d’urgence destiné aux personnes en situation d’itinérance.
Et pourtant, on nous offre 56 000 $ en financement récurrent.
Le reste provient d’appels de projets. À l’automne 2025, je dépose une demande de financement pour couvrir les besoins jusqu’au mois de mai — parce que, dans Charlevoix, en avril et en mai, il ne fait pas chaud. Au final, on m’accorde 114 000 $. Résultat : au 31 mars, les fonds sont épuisés.
Je redemande alors du soutien pour les six semaines restantes. On me répond que je dois produire une reddition de comptes si je veux obtenir davantage de financement, alors que cette reddition est déjà prévue au 15 juin 2026, ce qui est tout à fait normal. Mais cette fois, le ton est différent : des sous-entendus laissent croire qu’on doute de l’utilisation des fonds, comme si l’argent n’avait pas réellement servi à l’hébergement.
Pourtant, le calcul est simple : seulement en salaires, on parle d’environ 9 400 $ par semaine. Nous avons opéré pendant 12 semaines. Je vous laisse faire le calcul et je ne parle même pas ici des coûts liés au chauffage ou aux autres dépenses.
Peut-on, collectivement, lui dire clairement : « Mme Bélanger, vous êtes dans le champ »?
Je pourrais continuer, mais je vais m’arrêter ici.
Une simple DG à boutte !
Lucie Carré
L’auteure est directrice générale de L’Éveil
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Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.
Comment se fait-il qu’il n’y ait pas plus de personnes qui s’expriment. sur ce sujet??? Il est où le problème? Madame Carré a tellement raison….Qu’attendons-nous pour crier haut et fort que ça n’a pas de sens….On attend les prochaines élections j’imagine….
Nous constatons ici que plusieurs organismes sont propriétaires des lieux de service ce qui n’est pas rien en terme de besoin financier. Une maison il faut la faire vivre. Et elle fait aussi partie du budget. Pour certains, les levées de fond sont nombreuses et efficaces. Le statut d’un organisme définit ses règles de fonctionnement et son régime fiscal. Ils visent le bien être social sans gains pécuniers pour les membres tandis que les entreprises recherchent le profit. Il ne faut pas s’attendre au contraire.