Derrière la croissance globale de la fréquentation touristique à Charlevoix se cache une transformation plus discrète, mais structurante : la progression des périodes traditionnellement moins achalandées.
Depuis une dizaine d’années, l’industrie touristique de Charlevoix évolue. Les chiffres le confirment, mais sans éclat spectaculaire. En hiver, le taux d’occupation des établissements d’hébergement est passé d’environ 36 % en 2016 à près de 43 % en 2025. Une hausse d’environ sept points qui, à première vue, peut sembler modeste.
Mais pour Mitchell Dion, directeur général de Tourisme Charlevoix, cette progression s’inscrit dans une logique bien précise. « On croit vraiment à la théorie des petits pas. Le tourisme quatre saisons, c’est un vaste chantier », résume-t-il.
Une croissance réelle, mais graduelle
Les données montrent une progression irrégulière, marquée par des reculs ponctuels, notamment pendant la pandémie, mais aussi par un retour rapide aux niveaux d’avant crise. Depuis 2022, la remontée est notable, avec un gain de plus de 10 points en trois ans.
Pour l’industrie, il ne s’agit pas d’une explosion de la demande, mais plutôt d’un travail de fond.« On voit des exemples concrets : le virage quatre saisons des centres de ski, le développement d’hébergements insolites, des entreprises qui se diversifient », explique M. Dion.
Autrement dit, la croissance observée repose moins sur un afflux massif de visiteurs que sur une transformation de l’offre touristique elle-même.
Le vrai signal : les périodes creuses
C’est toutefois en dehors des saisons fortes que les changements les plus significatifs apparaissent.
Les mois de novembre et d’avril, historiquement difficiles pour l’industrie, affichent désormais des hausses notables. En novembre, par exemple, le taux d’occupation est passé de 28 % en 2016 à environ 40 % aujourd’hui. « Ce sont des signaux encourageants. Toute l’industrie se mobilise pour dynamiser ces périodes-là », souligne le directeur général.
Deux leviers expliquent cette progression : l’événementiel et le tourisme d’affaires. En attirant des visiteurs à des moments où la demande est habituellement faible, ces secteurs contribuent à lisser l’achalandage sur l’ensemble de l’année.
Une destination en transition
Malgré ces avancées, Charlevoix demeure loin d’une occupation optimale en hiver. Avec un taux autour de 43 %, plus de la moitié de la capacité d’hébergement reste inoccupée. Pour Mitchell Dion, cela reflète le stade actuel de développement de la région. « Les gens commencent à identifier Charlevoix non seulement comme une destination estivale, mais aussi comme une destination hivernale », observe-t-il.
Ce changement de perception est au cœur de la stratégie touristique. Il repose aussi sur une diversification plus large de l’offre : restaurants, musées, galeries et activités accessibles à l’année.
Des facteurs externes à surveiller
À plus court terme, plusieurs variables pourraient influencer la prochaine saison touristique. Le contexte géopolitique, la hausse du prix de l’essence et celle des billets d’avion pourraient inciter davantage de voyageurs à privilégier des destinations de proximité. « Ce sont des éléments qui peuvent jouer en notre faveur, même si on ne se réjouit jamais de ces situations », nuance M. Dion.
À l’inverse, certains phénomènes comme le mouvement de boycott des États-Unis, observé dans les dernières années, pourraient s’essouffler.
Un chantier toujours en cours
Au final, les données dressent le portrait d’une industrie en transformation plutôt qu’en pleine expansion.
La croissance touristique dans Charlevoix ne se mesure pas uniquement en nombre de visiteurs, mais dans sa capacité à mieux répartir ceux-ci à travers l’année. Et si les résultats restent encore partiels, ils témoignent d’une évolution bien enclenchée.« Ce n’est pas quelque chose qui se fait du jour au lendemain », conclut Mitchell Dion. « Mais on voit que ça avance. »
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